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L’ivresse entre le bien et le mal

De l’Antiquité à nos jours

de Matthieu Lecoutre (Éditeur de volume)
Collections 276 Pages

Résumé

L’ambivalence de la relation à l’ivresse est au cœur de l’histoire. Depuis l’Antiquité, des hommes et des femmes s’enivrent en s’appuyant sur des arguments complaisants et en laissant de côté les arguments moralisateurs.
Cet ouvrage a pour objectif de mieux comprendre cette particularité humaine qui consiste à pouvoir boire sans soif. Onze interventions scientifiques abordent les questions essentielles : Comment a-t-on justifié l’ivresse de l’Antiquité à nos jours ? Pourquoi et avec quoi s’enivre-t-on depuis l’Antiquité ? Dans quels cas l’ivresse est-elle perçue négativement au sein des sociétés ? Quelles solutions adopter aujourd’hui à l’égard des conséquences néfastes de l’alcool ?
Les réponses ne sont jamais univoques. Les sociétés, de l’Amérique à l’Asie, de l’Afrique à l’Europe, ont toujours réfléchi à l’endroit où placer le curseur, avec plus ou moins de succès, entre fermeté et empathie envers l’alcoolo-dépendant.
Dans cet ouvrage, des spécialistes en sciences humaines expliquent les fondements culturels, économiques et sociaux de l’ivresse et tous sont d’accord sur une solution à apporter aujourd’hui : l’éducation à la consommation.

Table des matières

  • Couverture
  • Titre
  • Copyright
  • Sur l’auteur
  • À propos du livre
  • Pour référencer cet eBook
  • Table des matières
  • Introduction : l’ambivalence de l’ivresse (Matthieu Lecoutre)
  • Un cas de légitimation religieuse de l’ivresse. La fête de Pourim dans le judaïsme ancien (Maureen Attali)
  • Le merum : un vin pour l’ivresse romaine (vers 250 av. J.-C.-vers 150 apr. J.-C.) (Christophe Badel)
  • Les représentations philosophiques et médicales du vin au cours des derniers siècles du Moyen Âge (Azélina Jaboulet-Vercherre)
  • L’ivresse dans l’Espagne du Siècle d’Or. Définition, effets et traitements (Nathalie Peyrebonne)
  • La croix et le vin. L’ivresse du clergé alsacien au XIXe siècle (Claude Muller)
  • L’alcool et le débit de boisson au cœur du système sardinier breton (1852-1914) (Jean-Christophe Fichou)
  • Y a-t-il une alcoolisation de la société tunisienne sous le Protectorat (1881-1956) ? (Nessim Znaien)
  • L’ivresse dans l’armée française pendant la Grande Guerre. Un mal pour un bien ? (Stéphane Le Bras)
  • « Le soûlard s’en fout » ? Manières de boire et manières de voir l’ivresse en milieu urbain burkinabè (Raphaëlle Héron)
  • L’expérience de l’excès d’alcool dans les fêtes autochtones des Otavalos (Andes équatoriennes). De la performance ludique et sensorielle aux morales en compétition (Jérémie Voirol)
  • S’enivrer au Japon : de l’habitus culturel du saké à l’expression sociale du lien entre nature et culture (Nicolas Baumert / Nobuhiro Ito)
  • Conclusion (Jean-Robert Pitte)
  • Présentation des auteurs
  • Titres de la collection

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Introduction : l’ambivalence de l’ivresse

« Beuveurs tresillustres »1, l’ambivalence de la relation rabelaisienne à l’ivresse est au cœur de l’histoire humaine, comme elle est au cœur de cet ouvrage. L’homme est bien le seul animal à boire sans soif. Pour autant il ne s’agit ni d’un ouvrage vantant une joyeuse ivresse, ni d’un livre luttant contre l’alcoolisation de la société. Il s’agit des actes d’un colloque souhaitant donner des clés de compréhension à la société civile, aux citoyens éclairés, aux acteurs de la res publica2.

Lors de sa création, je voulais ce projet logique : approfondir la réflexion initiée par ma thèse sur l’ivresse dans la France moderne3.

Je le voulais si possible ambitieux : réunir dans le Val de Loire des spécialistes de l’excès de boisson à travers le temps et l’espace. Cela signifiait tenter de comprendre un phénomène intime à l’échelle internationale, en passant des antiques ivresses à celles du temps présent, du croissant fertile au Japon contemporain, du banquet à la « biture express ».

Je le voulais utile : l’ivresse, à savoir une réaction psychique et physique due à une boisson consommée en excès, fait partie de la culture mondiale de l’Antiquité à nos jours. L’Organisation Mondiale de la Santé la considère aujourd’hui comme un problème à l’origine de plus de 2,5 millions de décès/an (essentiellement des cirrhoses alcooliques, des cancers des voies aéro-digestives, des psychoses alcooliques) et de nombreux problèmes sociaux et développementaux graves dans le monde : violence, maltraitance, négligence des enfants, absentéisme sur le lieu de travail. ← 11 | 12 →

Je le voulais problématisé : l’ivresse est ambivalente. Elle oscille entre le bien et le mal, au contact d’une réalité évidemment mortellement pathologique mais aussi d’une culture complaisante, sociabilisante, structurante voire transcendante aux conséquences économiques parfois positives4. Pour autant, les acteurs du secteur viticole et alcoolier ne sont pas à pointer du doigt : les producteurs ne sont pas responsables de la manière avec laquelle leurs produits sont consommés. Au cœur des positionnements à l’égard de l’ivresse, à travers le temps et les espaces, se trouve la question de la responsabilité. C’est selon : responsabilité à l’égard des dieux, responsabilité à l’égard des autres, responsabilité à l’égard de soi-même. Mais aussi la question de la connaissance : connaître les effets négatifs de l’ivresse certes, mais connaître aussi les constructions culturelles élaborées à travers les âges pour positiver cet excès. Faute de quoi, les différents acteurs médicaux, politiques, culturels, économiques, sociaux ne pourront jamais agir avec efficacité.

J’ai l’intime conviction que le présent doit être éclairé objectivement par le passé, que les comparaisons temporelles et spatiales permettent de mieux comprendre nos spécificités, que la synergie facilite le raisonnement, et finalement que toute histoire se doit d’être utile. L’histoire « maîtresse de vie » ? Pourquoi pas ? L’histoire accoucheuse de vérités destinées au grand public ? Bien sûr ! Pour trop de nos concitoyens, l’histoire n’est plus qu’un divertissement intellectuel qui ne sert à rien. Jouons donc notre rôle : mobilisons-nous scientifiquement autour de questions qui traversent la société d’aujourd’hui, et l’ivresse en est une.

C’est pourquoi nous avons souhaité, à travers 11 interventions scientifiques et une table ronde, poser les questions essentielles : comment a-t-on justifié l’ivresse à travers les époques ? Pourquoi et avec quoi s’enivre-t-on depuis l’Antiquité ? Dans quels cas l’ivresse est-elle perçue négativement au sein des sociétés ? Quelles solutions adopter ? Les réponses ne sont jamais univoques. Les sociétés, de l’Antiquité à nos jours, de l’Amérique à l’Asie, de l’Afrique à l’Europe ont réfléchi ← 12 | 13 → à l’endroit où placer le curseur : de la fermeté à l’empathie envers l’alcoolo-dépendant.

C’est dans cette optique que le colloque s’est achevé par une table ronde posant à la société civile une question centrale : quel positionnement adopter aujourd’hui à l’égard de l’ivresse ? Le médecin explique qu’il est souvent démuni au sein d’une société marquée par la pression publicitaire, par la rupture du lien social, par l’absence de régulation collective à l’intérieur des lieux de consommation (absence d’exo-contrôle) mais aussi par le déni : déni du consommateur alcoolique mais aussi déni de la société qui ne veut pas voir la réalité en face. L’alcoolo-dépendance est du domaine de l’hypersensibilité. C’est un fléau affectif qui blesse tant le consommateur que la société. C’est une maladie des émotions. Les spécialistes des sciences humaines en perçoivent les fondements culturels, économiques et sociaux mais tous sont d’accord sur une solution : l’éducation à la consommation. La prohibition est un échec historique.

Il faut au contraire diffuser collectivement la norme d’une consommation légère, encadrée, socialisée, responsable et porteuse de sens gastronomique de toute boisson alcoolisée. C’est la démarche, à leur niveau, de ceux qui ont engagé le processus de classement du « repas gastronomique des Français » au patrimoine culturel immatériel de l’humanité par l’UNESCO (2010), notamment à l’IEHCA, et c’est l’esprit dans lequel les échanges scientifiques développés au sein de l’Équipe alimentation de l’Université François Rabelais (EA 6294) ont pu être construits, sans être liés par les actions d’autres organismes5.

L’histoire de l’alimentation est aujourd’hui incontournable dans le champ historiographique. Mais ce n’est pas encore le cas de l’histoire des excès alimentaires malgré les remarquables travaux de certains collègues qui, à l’instar de Florent Quellier ou de Didier Nourrisson, mobilisent la thématique de la gourmandise, de la bonne chère ou de l’alcoolisme. Pourtant, les préoccupations alimentaires de nos sociétés actuelles peuvent gagner à être davantage mises en perspective par les historiens, qu’il s’agisse du phénomène de binge drinking, de la conduite en état d’ivresse ou d’autres formes de pratiques excessives. ← 13 | 14 →

En France, les historiens universitaires commencent véritablement à s’intéresser à la question de la boisson à partir des années 1930. Auparavant, l’histoire de l’alimentation ressemble plutôt à un « catalogue de curiosités » anecdotique et peu scientifique6. Cette approche anecdotique, dite de la « gastronomie historique », explique en partie pourquoi les historiens positivistes de la IIIe République se détournent du champ alimentaire : trop anecdotique, trop folklorique, pas assez scientifique à leurs yeux. L’histoire de l’alimentation n’ayant pas d’historiens à son service, elle n’existe pas avant les années 1930. Elle est alors confinée dans les caves de l’Université.

Le courant historiographique des Annales renouvelle l’approche en 1938 sous la direction de Lucien Febvre en cherchant à comprendre l’histoire des structures alimentaires du territoire français. La nourriture est alors intégrée à la sphère des recherches « sérieuses » que peut produire un universitaire. La question des volumes absorbés commence à être évoquée dans les amphithéâtres universitaires. Pour autant, l’histoire des excès alimentaires n’existe toujours pas.

Le premier chercheur à saisir en France le thème de l’enivrement est Roger Dion ‒ un géographe faisant ici œuvre d’historien ‒ à la fin des années 1950 avec l’Histoire de la vigne et du vin en France. Des origines au XIXe siècle7. Mais l’histoire alimentaire doit attendre les années 1960-1970 pour connaître une véritable impulsion. L’objectif alors est surtout de proposer une histoire quantitativiste des structures du quotidien. L’approche est donc faiblement sociétale et culturelle : elle est surtout économique et structurelle. Dans ce cadre-là, les excès alimentaires sont peu abordés. Mais finalement, les historiens comprennent que s’alimenter n’est pas seulement une addition de volumes et de boissons, c’est aussi et surtout un choix culturel.

Dans les années 1980-1990, l’histoire de l’alimentation connaît une réorientation sous l’influence historiographique du cultural turn anglo-saxon. On parle alors en France d’histoire des mentalités. La première grande synthèse date de 1996 : Jean-Louis Flandrin et Massimo Montanari dirigent une quarantaine de contributeurs et éditent l’Histoire ← 14 | 15 → de l’alimentation8. Son succès de librairie est un argument d’autorité : c’est désormais un champ de recherche qui compte. Au XXIe siècle, l’histoire de la boisson et de ses excès entre enfin à l’Institut de France par l’intermédiaire de chercheurs comme Jean-Robert Pitte – spécialiste notamment de la géohistoire du vin. Les études sur les excès de boissons sont dès lors passées en moins d’un siècle des caves de l’Université à la coupole de l’Institut. Ce champ de recherche peut aussi s’appuyer sur une dynamique internationale qui soude de nombreux chercheurs autour de la thématique des Drinking Studies, symbolisée notamment par le pôle d’impulsion joué par l’université anglaise de Warwick ou par la revue européenne Food & History depuis 2003.

Le thème de l’enivrement ne concerne bien sûr pas seulement les historiens ou les géographes. Il est même souvent laissé à des médecins, chercheurs en littérature, philosophes, sociologues, psychologues ou phénoménologues, voire à des journalistes ou à des écrivains. De nombreuses anthologies de la littérature sont ainsi régulièrement publiées. Mais faisant la part belle à la découverte d’extraits plus ou moins connus et plus ou moins chantants, allant de Jean Molinet à Roland Barthes, en passant par la Pléiade ou Molière, elles ne permettent pas toujours une analyse globale et une contextualisation approfondie.

A contrario, certains chercheurs comme Véronique Nahoum-Grappe ont produit des travaux fondateurs en tentant une approche diachronique de l’enivrement, mêlant une démarche globalement sociologique à des approches historique, anthropologique et ethnologique, le tout dans une optique phénoménologique9. Les sociologues ont bien montré que boire est un fait total perçu comme utile par le buveur. Son sens n’est pas qu’organique ou culturel, il est global. Le buveur n’a pas qu’un « statut bio-culturel » (Jean-Pierre Poulain et Claude Fischler) ou qu’une « complexité bio-psycho-socio-anthropologique » (Edgar Morin)10. D’autres déterminants sont à prendre en compte. Boire (en excès ou non) s’explique aussi par les fondements politiques, économiques, sociétaux ← 15 | 16 → et contextuels de l’environnement dans lequel vivent les buveurs. Selon Pierre Bourdieu (La distinction, 1979), nos choix s’expliquent par notre « habitus », c’est-à-dire les habitudes apprises au sein de notre catégorie sociale d’origine en lien avec les ressources disponibles. Les individus seraient alors fortement conditionnés. L’expérience culturelle héritée déterminerait ainsi l’appréhension de l’alimentation par l’individu. Mais cette conclusion se discute. La réalité de l’analyse historique montre au contraire que le concept d’habitus n’est pas totalement opératoire dans le domaine alimentaire. On s’aperçoit au contraire que le buveur est certes déterminé par ses origines mais qu’il dispose d’une réelle marge d’action fondée sur la capacité d’initiative individuelle dans un cadre historique évolutif. Au quotidien, le buveur appréhende la boisson en fonction de son goût personnel et des possibilités de l’offre. Mais il l’aborde aussi à travers une dynamique lui permettant soit de maintenir son identité traditionnelle soit de s’ouvrir à d’autres identités, à d’autres pratiques et à d’autres significations. Boire permet donc d’intégrer (en créant du lien avec son groupe d’origine ou avec d’autres groupes) mais aussi d’exclure de la normalité autorisée certaines boissons, certains buveurs ou non-buveurs, et certaines manières de boire. Ces normes évoluent évidemment en fonction des individus et du temps.

C’est notamment ce genre de réflexions diachroniques que cherche à exposer l’ouvrage en proposant une mise au point pluridisciplinaire sur les dernières avancées de la recherche en sciences humaines concernant les ivresses antiques, médiévales, modernes, contemporaines européennes et extra-européennes. L’alimentation étant un processus global, il est nécessaire d’introduire une dose comparatiste, même dans une collection consacrée à l’Europe alimentaire. C’est pourquoi certaines communications, minoritaires, portent sur l’Afrique, l’Asie ou l’Amérique selon une perspective de Global History, dans la continuité par exemple des travaux de Jean-Louis Flandin et de Massimo Montanari ou de Mack P. Holt11. La comparaison avec des territoires extra-européens favorise évidemment le processus de compréhension. Ainsi, le contrepoint d’autres cultures doit permettre d’éclairer la particularité européenne. Par ailleurs, la mondialisation génère une hybridité culturelle entre l’Europe et le reste du monde. ← 16 | 17 →

Comme l’explique Maureen Attali dans sa contribution, à travers l’exemple de la fête de Pourim, l’ivresse peut être légitimée pour des raisons religieuses dans le judaïsme ancien. Ce constat permet de dépasser la lecture traditionnelle et finalement trop simplificatrice du « lien » (du latin religio d’où dérive le mot religion) que l’on pensait nécessairement distendu entre le monothéisme originel et l’excès de boisson.

Certes, les ivresses de Noé ou de Lot sont fondatrices d’une perception négative, dangereuse, corrompue de la consommation de boisson. Certes, Tobit recommande à son fils Tobie : « Ne bois pas de vin jusqu’à t’enivrer12. » Certes, le buveur ne doit pas commettre d’excès pour ne pas renverser les normes sociales et religieuses : les ivresses de Noé et de Lot sont édifiantes car elles génèrent des transgressions sexuelles. D’une part, cette perception négative fait de l’ivresse une transgression sociale intégrée au récit pour instruire et, d’autre part, elle oblige les juifs à contrôler leur consommation de vin afin de ne jamais dépasser le stade de la festive allégresse. Tout excès serait alors déstructurant.

Mais l’ivresse rituelle autorisée lors de la fête de Pourim (au mois de février ou de mars) existe bel et bien. Et elle permet de tisser des liens originaux au sein de la communauté des croyants. Pour l’historien, toujours à l’affût des changements, cette célébration est un tournant culturel au Ve siècle av. J.-C. Pour la première fois dans l’Antiquité, les rabbins légitiment l’ivresse. Cette fête est une commémoration par les communautés juives de l’Empire perse de l’échec d’un pogrom ourdi par Haman, le principal ministre du roi Assuérus/Artaxerxès au Ve siècle av. J.-C.

Ce paradoxe apparent repose sur trois causes qui, associées, permettent de comprendre l’existence de cette ivresse religieuse.

La première est bien évidemment liée à la consommation d’une boisson enivrante, ici le vin. Contrairement à ce que certaines traductions hébraïques hâtives ont laissé croire, le vin ‒ plus que la bière ‒ est bien la boisson de l’ivresse biblique originelle.

La deuxième renvoie à une origine diasporique : au V e siècle av. J.-C., des juifs exilés participent à des rites polythéistes orientaux selon une logique d’intégration culturelle et sociale caractéristique des ← 17 | 18 → sociétés diasporiques. Souhaitant fêter l’échec du pogrom, ne pouvant remercier Yahvé par un sacrifice au temple de Jérusalem, les juifs de Babylone inventent une fête différente, sans sacrifice, associant des éléments festifs babyloniens ou perses compatibles avec le récit du Livre d’Esther : banquets, rites d’inversion, déguisements. Les rabbins préconisent alors de se saouler lors de Pourim. Maureen Attali met donc en évidence un syncrétisme des traditions perse, babylonienne et juive. Cette hybridité renvoie tant à une dynamique alimentaire centrifuge permettant de s’intégrer partiellement à un milieu culturel différent, qu’à une dynamique d’innovation puisque ce sont les rabbins qui sont à l’origine de la fête, pas Dieu.

La troisième explique le maintien de la fête de Pourim au fil du temps. À l’époque hellénistique, notamment au IIe siècle av. J.-C., dans le très dionysiaque royaume lagide, certains philosophes grecs comparent le judaïsme à une thiase : Yahvé est perçu avec des attributs de Dionysos. Par la suite, l’Occident chrétien identifie cette fête au rite du renversement carnavalesque. Ainsi, la fête de Pourim survit car ce qui est devenu désormais la tradition (logique désormais centripète au cœur du processus de socialité) est compatible avec le milieu culturel hellénistique puis occidental médiéval.

En somme, Pourim est l’adaptation d’une fête polythéiste normalisant une transgression alimentaire calendaire pour répondre à une situation politique, religieuse, culturelle et sociale diasporique. Il s’agit donc d’un cas fondateur d’une ivresse normée encore pratiquée aujourd’hui. Ainsi, le monothéisme judéo-chrétien peut bien légitimer l’ivresse dès l’Antiquité. Voici un cas, parmi d’autres, des nombreux écarts rencontrés par l’historien de l’excès alimentaire entre un discours religieux traditionnel et une pratique culturelle nouvelle.

Résumé des informations

Pages
276
ISBN (PDF)
9782807606715
ISBN (ePUB)
9782807606722
ISBN (MOBI)
9782807606739
ISBN (Broché)
9782807606708
Langue
Français
Date de parution
2017 (Décembre)
Published
Bruxelles, Bern, Berlin, Frankfurt am Main, New York, Oxford, Wien, 2018. 272 p., 18 graph., 4 tabl.

Notes biographiques

Matthieu Lecoutre (Éditeur de volume)

Agrégé et docteur en histoire moderne, Matthieu Lecoutre est chercheur au Centre Georges Chevrier (UMR 7366) de l’Université de Bourgogne. Il enseigne en CPGE au lycée Édouard Herriot de Lyon.

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Titre: L’ivresse entre le bien et le mal