Grammaire discursive du français 2
A. Étude des marqueurs discursifs quoi, comme ça, comme quoi, comme qui dirait, genre / B. Étude des interjections ah, oh, eh
Résumé
Cet ouvrage traite de deux sous-classes : les marqueurs discursifs ‘écran’ : quoi, comme ça, comme quoi, comme qui dirait, genre ; les marqueurs discursifs intersubjectifs : étude des interjections ah, oh et eh.
Les marqueurs discursifs ‘écran’ explicitent et reformulent ce que signifient les formes qui constituent la séquence correspondant à leur portée. Quant aux interjections ah, oh et eh, elles définissent leur portée comme un « dire - réaction » dans un rapport de continuité - discontinuité avec l’élément déclencheur (situation ou premier dire).
Extrait
Table des matières
- Couverture
- Page de titre
- Page des droits d'auteur
- Sommaire
- INTRODUCTION
- 1. La notion d’énonciation
- 2. La scène énonciative
- 3. Les « mots du dire »
- 3.1. MD « points de vue »
- 3.2. MD « catégorisants »
- 3.3. MD « particules »
- 3.4. MD « écran »
- 3.5. MD « vouloir + dire du locuteur »
- 3.6. MD « (inter)subjectifs »
- 4. Sémantique et syntaxe des MD
- 4.1. Sémantique des MD
- 4.2. Syntaxe des MD
- 5. Bibliographie
- PREMIÈRE PARTIE LES MARQUEURS DISCURSIFS « ÉCRAN »
- CHAPITRE 1 La notion de MD « écran »
- 1. Première approche
- 2. Les composants des MD « écran » et le statut du dire
- 2.1. MD « quoi »
- 2.2. Les MD « comme ça », « comme quoi », « comme qui dirait »
- 2.2.1. Comme ça : p est un « dire contingent »
- 2.2.2. Comme quoi q : q est une explicitation du vouloir + dire de p
- 2.2.3. Comme qui dirait q est une reformulation sur un mode fictif de p ou d’une composante de p
- 2.3. MD genre
- 3. Le dire dans l’espace intersubjectif
- 4. Corpus
- 5. Bibliographie
- CHAPITRE 2 Le marqueur discursif quoi : quoi ou le dire suspendu
- 1. Introduction
- 1.1. Quoi proforme
- 1.2. Corpus
- 2. Identité sémantique de quoi MD
- 3. Quoi dans des MD complexes
- 3.1. Brèves remarques sur ben quoi
- 4. Variation du MD quoi
- 4.1. Variation 1 du MD quoi : formulation / reformulation
- 4.1.1. Énumération
- 4.1.2. Reformulation
- 4.1.3. Répétition
- 4.1.4. Gradation – approximation
- 4.1.5. Synthèse
- 4.1.6. Bafouillage
- 4.2. Variation 2 du MD quoi : emplois argumentatifs
- 4.2.1. Quoi phatique
- 4.2.2. Quoi conclusif
- 4.2.3. Quoi et l’injonction
- 4.2.4. C’est vrai quoi
- 4.2.5. Merde, quoi
- 5. Synthèse sur quoi MD
- 6. Bibliographie
- CHAPITRE 3 Les MD en comme. Étude du MD comme ça
- 1. À propos des MD en comme
- 2. Le MD comme ça
- 2.1. Remarques générales
- 2.2. Comme ça n’est pas un MD
- 3. Identité sémantique de comme ça MD
- 4. Corpus oraux et corpus FRANTEXT
- 5. Comme ça dans les corpus oraux
- 5.1. La portée de comme ça est centrée sur un N ou un Adj
- 5.2. La portée de comme ça est un V
- 5.3. La portée de comme ça est une séquence plus longue
- 5.4. À propos de comme ça + quoi
- 6. Comme ça MD dans FRANTEXT
- 6.1. Alors (,) comme ça (,)
- 6.2. Dire (,) comme ça (,)
- 6.3. V + comme ça
- 6.4. Comme ça détaché en position médiane et finale
- 6.5. Comme ça en emploi absolu
- 7. Synthèse
- 8. Bibliographie
- CHAPITRE 4 A. Comme quoi. B. Comme qui dirait
- A. Comme quoi
- 1. Introduction
- 2. Identité sémantique de comme quoi
- 3. Valeurs et emplois de comme quoi
- 3.1. p contient un verbe de dire
- 3.2. Le verbe dans p a pour complément un N avec un contenu informatif
- 3.3. p et q sont deux propositions indépendantes
- 3.4. Emplois absolus de comme quoi
- 4. Synthèse
- 5. Bibliographie
- B. Comme qui dirait q
- 1. Introduction
- 2. Corpus
- 3. Identité sémantique
- 4. Les différents types de portée de comme qui dirait q (non détaché)
- 5. Non détachement et détachement de comme qui dirait
- 6. Synthèse
- 7. Bibliographie
- CHAPITRE 5 Le MD genre
- 1. Introduction
- 2. Identité sémantique de genre
- 3. Corpus
- 4. Genre est un N
- 4.1. Genre + Adj ou genre + relative
- 4.2. Le (un, ce) genre de N
- 4.3. Mon (ton, son) genre
- 4.4. Tout / tous genres
- 4.5. Synthèse sur genre N
- 5. Genre comme MD
- 5.1. Du genre / dans le genre
- 5.1.1. du genre
- 5.1.2. dans le genre
- 5.2. Genre
- 5.3. Genre sans réalisation de Y
- 5.3.1. monologue
- 5.3.2. dialogue
- 6. Synthèse
- 7. Bibliographie
- Conclusion
- MD quoi
- MD comme ça
- MD comme quoi
- MD comme qui dirait
- MD genre
- DEUXIÈME PARTIE. LES INTERJECTIONS AH, OH, EH
- CHAPITRE 1 Interjection et marqueur discursif
- 1. Introduction
- 2. Plan du travail
- 3. Les interjections comme dire - réaction
- 4. Corpus
- CHAPITRE 2 Identité sémantique de ah, oh et eh
- 1. Introduction
- 2. Identité sémantique de ah
- 3. Identité sémantique de oh
- 4. Identité sémantique de eh
- 5. Synthèse
- CHAPITRE 3 Comparaison de ah, oh et eh avec la même portée
- 1. Comparaison de ah, oh et eh avec merde comme portée
- 2. Comparaison de ah, oh et eh avec oui et non comme portée
- 2.1. Ah oui
- 2.2. Ah non
- 2.3. Oh oui
- 2.4. Oh non
- 2.5. Eh oui
- 2.6. Eh non
- 3. Synthèse
- CHAPITRE 4 Étude de eh bien et de ah ben, oh ben, eh ben
- 1. Introduction
- 2. Étude de eh bien
- 2.1. Identité sémantique de eh bien
- 2.2. Valeurs et emplois de eh bien
- 3. À propos de ah bien et oh bien
- 4. Ah ben, oh ben, eh ben
- 4.1. Ah ben
- 4.2. Oh ben
- 4.3. Eh ben
- 4.4. Synthèse
- CHAPITRE 5 Étude de ah ça, oh ça, de ah mais, oh mais, de ah bon, oh bon et de ah bien sûr, oh bien sûr
- 1. Introduction
- 2. Étude de ah ça et oh ça
- 2.1. Ah ça (ça est la portée de ah)
- Synthèse
- 2.2. Oh ça
- 2.3. Synthèse
- 3. Ah mais, oh mais
- 3.1. Ah mais
- Synthèse ah mais
- 3.2. Oh mais
- Synthèse
- 3.3. À propos de eh mais
- 3.4. Synthèse
- 4. Ah bon et oh bon
- 4.1. Ah bon
- Synthèse
- 4.2. Oh bon
- 4.3. Synthèse
- 5. Ah bien sûr, oh bien sûr
- 5.1. Ah bien sûr
- Synthèse
- 5.2. Oh bien sûr
- Synthèse
- 5.3. Synthèse sur ah bien sûr et oh bien sûr
- 6. Conclusion
- Conclusion
- Bibliographie
INTRODUCTION
Ce volume est le tome 2 de la Grammaire discursive du français. Le premier tome, consacré aux MD1 « catégorisants » en -ment, est paru en 20212. Ce second tome est consacré à des MD appartenant à deux classes de MD :
- Partie I : les MD « écran » : quoi, comme ça, comme quoi, comme qui dirait, genre ;
- Partie II : les MD « intersubjectifs » : étude des interjections ah, oh et eh.
Le terme de « grammaire » renvoie à notre hypothèse de travail : les MD constituent une classe d’unités de la langue, au même titre que les Noms, les Verbes, les Adjectifs, etc. À ce titre ils ont une sémantique et une syntaxe, c’est-à-dire un ensemble de propriétés formelles. Mais, comme nous le verrons, les critères permettant d’identifier les éléments de cette classe sont d’un tout autre ordre.
Une telle proposition ne relève d’aucune évidence, elle est même très largement minoritaire dans l’ensemble des travaux consacrés aux MD. De fait, il n’existe aucun consensus ni sur la définition de ce que sont les MD, ni sur leur fonction. La terminologie utilisée est proliférante et non consensuelle : mots du discours, connecteurs discursifs, particules, etc. : Kerstin Fisher (2006) parle de « jungle ». Cette hétérogénéité terminologique se retrouve dans la diversité des phénomènes pris en compte : les approches sont extrêmement diverses et divergentes3. Le plus souvent, les études se limitent à l’étude d’un ou deux marqueurs apparentés. Enfin, on notera que dans une langue comme le français, les MD n’ont pas de forme régulière : beaucoup ne sont pas des formes simples et sont composés de plusieurs unités : cf. comme ça, en revanche. D’une certaine façon, les MD ne sont pas considérés comme faisant partie du système de la langue et en tant que tels ils ne figurent que de façon très marginale dans les grammaires et dans les dictionnaires.
1. La notion d’énonciation
Le terme « sciences du langage » désigne trois grands domaines complexes : a. la cognition, b. la langue comme système (les unités de différents ordres et leur combinatoire), c. le discours. Les MD, selon les approches, relèvent à des degrés divers, de ces trois domaines, même si la référence à la langue comme système est privilégiée. Les termes de « grammaticalisation » et de « pragmaticalisation » sont souvent utilisés, mais dans un mouvement inverse : d’un côté, intégration dans le système de la langue avec la grammaticalisation, de l’autre, extériorité à la langue avec la pragmaticalisation.
Le recours au mot dire4 pour définir la classe des MD vise à leur donner une pleine visibilité dans l’activité de langage en tant que production / reconnaissance d’énoncés. Étymologiquement, dire renvoie à la racine indo-européenne deik, définie comme « montrer par la parole »5, ce que l’on reformulera comme : « utiliser des formes de la langue pour rendre visible / accessible une représentation (mentale) d’un état de choses ». De ce point de vue, les MD entretiennent des rapports étroits avec l’énonciation en tant que production par un sujet d’un énoncé, ce qui amène à dépasser la distinction entre les trois grands domaines mentionnés ci-dessus, dépassement clairement présent dans la définition de l’assertion par Antoine Culioli (2018) : « je tiens à parler - dire (rendre public) que je pense / crois / sais que p est le cas » où p désigne les formes de la langue utilisées pour rendre compte de l’état de choses. Dans cette perspective, on ne sépare pas le dire du dit.
La notion d’énonciation est fréquemment mise en jeu dans les travaux concernant les MD, à commencer par ceux d’Oswald Ducrot. Il définit l’énonciation comme « l’événement que constitue l’apparition d’un énoncé » et il précise que « l’énoncé véhicule une image de son énonciation » (1981), au sens où certains éléments de l’énoncé sont considérés comme des traces de l’énonciation. Dans les travaux d’Oswald Ducrot, mais aussi dans ceux de Jean-Claude Anscombre, Maria Luisa Donaire et Pierre Patrick Haillet, ces éléments sont en premier lieu considérés comme renvoyant à une pluralité des « sujets » en jeu dans un énoncé, avec la notion de polyphonie ou encore celle de pluralité de points de vue. Dans le cadre de notre approche, le recours au mot dire renvoie à une conception plus large de l’énonciation : elle renvoie à tout le processus énonciatif (cf. ci-dessus la définition de l’assertion par Antoine Culioli). Comme l’a mis en évidence Oswald Ducrot le terme « énonciation » a deux interprétations : d’un côté, l’activité d’énoncer, en tant que telle inaccessible, de l’autre, l’énonciation énoncée accessible à travers les formes en jeu mais aussi la prosodie et les gestes6.
2. La scène énonciative
Pour rendre compte de cette conception élargie de l’énonciation en tant que processus complexe associant le dire et le dit, nous avons introduit la notion de « scène énonciative » (Paillard, D. (2009)) avec trois composantes. Une telle approche a des conséquences sur le mode de prise en compte du locuteur et du co-locuteur, mais aussi du monde en tant que « à dire ». Ni le locuteur auteur de l’énoncé, ni le monde, c’est-à-dire l’état de choses pris comme « à dire », ne sont posés comme premiers dans un rapport d’extériorité à l’énoncé produit : ils ne sont pris en compte qu’à travers ce qu’en rend visible l’énoncé :
Nous avons défini la notion de scène énonciative comme un espace où, à partir des agencements de formes (y compris les marques prosodiques) constituant un énoncé, il est possible de restituer les positions subjectives en jeu, et le statut du dire en tant que donnant une forme linguistique à un état de choses du monde. La scène énonciative se présente comme un espace dynamique, où, en fonction de déterminations multiples et hétérogènes, est représentée, de façon infiniment variable mais régulière, la rencontre entre des sujets [locuteur, co-locuteur], des formes linguistiques et le monde. Paillard, D. (2009), p. 126.
La scène énonciative est définie par trois composantes :
- le dire - dit : un énoncé p est une façon partiale et partielle de donner une forme linguistique à la représentation (mentale) d’un état de choses Z, objet du dire. « Façon » signifie qu’a priori il y a plusieurs énoncés possibles ; « partiale » met en avant le fait que l’énoncé exprime ce qui, pour un sujet, est de l’ordre de la croyance, du savoir ou encore de la perception - représentation de l’état de choses ; enfin, « partielle » signifie que l’énoncé (ou une suite d’énoncés) échoue à dire pleinement l’état de choses en question.
- le vouloir + dire ne désigne pas une intention du locuteur7, mais ce qui, pour lui, est en jeu dans l’énoncé qu’il produit (cf. to mean en anglais). Il n’y a pas nécessairement coïncidence entre le vouloir + dire et p. Des énoncés comme (a) tu vois ce que je veux dire par là ? ou encore (b) je ne vois pas ce que tu veux dire questionnent le vouloir + dire du locuteur, mettant en évidence cette non-coïncidence possible entre le vouloir + dire du locuteur et l’effectivement dit (l’énoncé). En même temps, le vouloir + dire n’a pas de visibilité propre : il se révèle au fur et à mesure de la production du discours, en particulier à travers le travail de reformulation, comme dans (c) Il y a des jours où je me dis que j’aurais voulu savoir parler, et quand je dis parler, je veux dire assembler des mots de manière à fermer la bouche à mes adversaires ou à la leur faire ouvrir d’étonnement, enfin briller, convaincre. GREEN Julien, Journal T. 2. De plus, la capacité du co-locuteur à reconstruire à partir des formes de l’énoncé la représentation par le locuteur de l’état de choses Z est un enjeu sans garantie8.
En dehors du vouloir + dire du sujet - locuteur, on distinguera :
- le vouloir + dire des formes constituant un énoncé : les formes ne sont pas de simples outils au service du locuteur, elles disent ce qu’elles disent, ce qui peut déboucher sur un travail d’explicitation / reformulation ;
- le vouloir + dire du monde : cf. la notion d’évidentialité9.
- l’espace intersubjectif construit autour de trois positions renvoyant aux modes de présence des sujets (locuteur et co-locuteur) dans un énoncé donné :
(S0 [S’0) S1]
Il faut insister sur le fait que locuteur et co-locuteur sont co-présents dans toute production langagière. Un fait rarement pris en compte dans la majorité des études qui ne prennent en compte que l’auteur de l’énoncé. Dans différents textes et dans le livre Logique et langage (1990), Jean-Blaise Grize insiste sur le fait que tout discours, associant un locuteur A et un co-locuteur B, met en jeu un ensemble de représentations de A concernant son rapport à B mais aussi à l’objet de son discours. Cela vaut aussi concernant B dans son rapport à A et à l’objet du discours.
S0 et S1 désignent deux positions dans un rapport d’altérité (S1 est second par rapport à S0) renvoyant aux modes de présence du locuteur et du co-locuteur. La position S1 est une position correspondant virtuellement à une remise en cause de la position S0 telle qu’elle s’actualise dans un énoncé. Quant à S’0 il désigne une position relevant à la fois de S0 (S’0 est l’image en miroir de S0) et de S1 (S’0 est la représentation que S0 se fait de S1). Dans une assertion simple, a priori seule la position S0 est actualisée. En revanche, dans l’interrogation et l’injonction deux positions sont actualisées : dans le cas de l’interrogation, la question associe (p, p’) à la position S0 (non-sélection mais avec une pondération éventuelle sur p ou sur p’), et la sélection, possible mais non nécessaire, de p ou de p’ à S1 (position en attente) ; dans une injonction, d’un côté, p est représenté comme visé (position de S0), de l’autre, la validation de p est en attente, soit (p, p’) qui renvoie à la position S1 ; cela peut déboucher sur la sélection de p ou de p’, ou encore rester en suspens.
3. Les « mots du dire »
La notion de scène énonciative concerne tout énoncé en tant que « dire - dit ». En l’absence d’un MD on a une pondération sur le dit. La présence d’un MD actualise une des composantes de la scène énonciative. C’est en ce sens que nous définissons les MD comme formant la classe des mots du dire.
En référence directe aux trois composantes de la scène énonciative (a. dire - dit, b. vouloir + dire, c. espace intersubjectif) nous proposons de distinguer six grandes classes de MD, chaque classe renvoyant à l’une des composantes ou sous-composante de la scène énonciative. Ces six classes sont non seulement pertinentes pour le français mais aussi dans de nombreuses autres langues (sur ce point, cf. Paillard, D. (2017b)).
En relation avec la scène énonciative et ce que nous avons désigné comme le « vouloir + dire du monde », on peut faire l’hypothèse d’une septième classe de MD qui renverraient à la notion d’évidentialité. En français, à la différence d’un grand nombre d’autres langues, l’évidentialité n’est pas marquée par des MD.
Ci-dessous, nous présentons les six classes de MD.
Les MD « points de vue » et les MD « catégorisants » sont deux classes de MD qui relèvent du mode de façonnage du « à dire », au sens où p est une façon10 de dire le « à dire » : comme perception du « à dire » (MD « points de vue »), d’une part, comme catégorisation du « à dire » (MD « catégorisants »), d’autre part. On notera que dans certains cas, une même base peut servir à former un MD « point de vue » et un MD « catégorisant » : en vérité, à la vérité / vraiment, etc.
3.1. MD « points de vue »
Ces MD sont formés d’un N et d’une unité qui a, par ailleurs, le statut de préposition11 : en fait, par exemple, au contraire, de plus, à la vérité, etc.12.
Avec un MD point de vue, p nomme ce que le locuteur perçoit du « à dire ». La notion de point de vue est une notion plurielle : le point de vue p est en rapport avec un premier point de vue q. Le second point de vue p est dominant : il complète, modifie, corrige ou encore disqualifie le premier point de vue q. À ce titre, p est une reformulation de la perception - représentation de l’état de choses pris comme « à dire ». Un MD « point de vue » se présente sous la forme (prép + N), la préposition spécifie le rapport de p à q, et le N définit la singularité du point de vue p. Concernant le rôle de la préposition, plus exactement sa sémantique, on peut comparer les MD en fait, de fait et au fait qui ont en commun le N fait :
- Au fait : (a) F. Xavier vient prendre le téléphone dans la chambre d’Hippo […] Au fait, les parents nous attendent à 7 heures. ROCHANT Éric, Un mode sans pitié. À marque une discontinuité entre les deux points de vue.
- De fait : (b) Mais ce qui se passa dans la cabine où Jules était entré, je l’ignore et de fait je n’ai pas voulu le savoir. GUIBERT Hervé, À l’ami qui ne m’a pas sauvé la vie. De marque une continuité entre les deux points de vue.
- En fait : (c) Ses doigts fourrageaient dans sa poche, en sortirent un billet : – Pour toi. Pour te dédommager. – Tu as l’air vexé. – Non. En fait nous l’étions. Horriblement. SCHREIBER Boris, Un silence d’environ une demi-heure. En ne spécifie pas le rapport au premier point de vue. Le second point de vue, en fonction de la sémantique du N deuxième composant du MD, peut infirmer ou au contraire prolonger le premier point de vue.
3.2. MD « catégorisants »
En français il s’agit des formes en -ment (du latin mente ablatif de mens « esprit, réflexion, activité intellectuelle ») dont la base est un adjectif à valeur prédicative : heureusement, probablement, visiblement, généralement (cf. Paillard, D. (2021)).
Résumé des informations
- Pages
- XIV, 222
- Année de publication
- 2026
- ISBN (PDF)
- 9783034353823
- ISBN (ePUB)
- 9783034353830
- ISBN (Broché)
- 9783034353816
- DOI
- 10.3726/b22647
- Langue
- français
- Date de parution
- 2026 (Avril)
- Mots Clés (Keywords)
- Mots du discours énonciation syntaxe et sémantique interjections
- Publié
- Bruxelles, Berlin, Chennai, Lausanne, New York, Oxford, 2026. xiv, 222 p.
- Sécurité des produits
- Peter Lang Group AG