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Perceptions de l’espace chez Frankétienne et Tahar Ben Jelloun

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Jean Norgaisse

Le présent ouvrage est une étude comparative entre deux grandes figures de la littérature d’expression française: Frankétienne, haïtien de souche, et Tahar Ben Jelloun, d’origine marocaine. Ils jouissent d’une renommée internationale, fondée sur une œuvre forte. Entendons: une œuvre visionnaire, pertinente, qui s’inscrit dans la mimésis spatio-temporelle, le vécu humain, et qui fait aussi entendre un cri perçant, un souffle envoûtant, une musique originale. Elle croise, à bien des égards, celle de René Depestre, d’Abdelkébir Khatibi, de Yasmina Khadra, de Soljénitsyne et de Zola.

Singulière, elle est à la fois géographique et dramatique, avec le nomadisme des personnages, la mise en scène de l’espace, des atrocités et conflits actantiels. L’espace-fiction chez les deux poètes-romanciers s’ancre dans l’horreur, le chaos et la psychose, qui constituent des thèmes fondamentaux de leurs œuvres.

L’étude, qui offre une nouvelle approche théorique et une méthode d’analyse efficiente, est présidée par la démarche anthropo-géographie sémiologique, qui suggère une lecture ouverte, interdisciplinaire, favorisant une pluralité de sens de l’œuvre de Frankétienne et de Ben Jelloun. Elle permet ainsi d’appréhender leur discours fictionnel et poétique, plein de fièvre et de colère, qui rend compte du monde claustral, sinistre, angoissant, et qui refuse que l’homme sombre dans la déchéance morale, l’inhumanité. D’où résulte une anthropologie poético-géographique et philosophique.

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Chapitre 4. signes et enjeux spatiaux

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SIGNES ET ENJEUX SPATIAUX

L’humanité est presque incapable d’acquérir une

connaissance sans y mêler d’émotion, de sentiment.

Ce qu’un homme a discerné comme le mal, il lui est

quasi impossible de se forcer à y voir également du bien.

—Alexandre Soljénitsyne, L’Archipel du Goulag

Il est commun, dans la quasi-totalité des œuvres fictionnelles de Frankétienne et de Ben Jelloun, de constater, d’entrée de jeu, quatre dimensions fondamentales caractérisant leur signifiance : le cadrage, leur thématique centrale, le ton et l’effet du langage. Elles y constituent une mise en perspective. Ce sont également des signes narratifs révélateurs par lesquels pourrait, à bien des égards, appréhender la signifiance de l’énoncé du récit. L’incipit du roman Les Affres, par exemple, exhibe un topos (lieu, espace, endroit, territoire) méconnaissable, à la dérive, qui crée chez le lecteur un horizon d’attente. S’y dessinent, poétiquement, des traits spatiaux ahurissants dont les éclats sombres caractérisent l’univers douloureux des habitants de Ravine-Sèche. On déambule, au fil de la séquence narrative, dans une cour sinueuse, obscure, chaotique, qui exprime l’engrenage des malheurs, l’incertitude de l’avenir de la population. C’est le combat entre la sérénité et la panique, la joie et le trouble, l’espérance et le désespoir. La narration met en scène l’état d’un lieu sombrant ←101 | 102→dans l’épouvante et la tourmente, fait...

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