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André Malraux et l’art

Une révolution intellectuelle

Derek Allan

Cette étude présente une explication systématique des éléments clés de la théorie de l’art d’André Malraux. Se basant sur des œuvres telles que Les Voix du silence, Le Surnaturel, L’Irréel et L’Intemporel, elle aborde des sujets cruciaux comme la nature de la création artistique, la psychologie de notre réaction à l’art, la naissance de la notion d’« art » et sa transformation après Manet, la naissance et la mort de l’idée de beauté, la question cruellement négligée de la relation entre l’art et le passage du temps, l’émergence de notre « premier monde de l’art universel », le rôle contemporain du musée d’art et du Musée Imaginaire, et la question épineuse du lien entre l’art et l’histoire.

Contrairement aux critiques négatives parfois émises contre la pensée de Malraux, l’étude soutient qu’il nous offre une théorie de l’art mûrement réfléchie, entièrement cohérente et très éclairante. De surcroît, et malgré des allégations occasionnelles que la pensée de Malraux manque d’originalité, cette analyse montre que sa théorie de l’art est hautement originale et constitue un défi radical aux explications traditionnelles de l’art issues des Lumières qui ont dominé la pensée occidentale pendant quelque trois cents ans. En bref, l’étude dévoile une façon de comprendre la nature de l’art qui n’est rien de moins qu’une révolution intellectuelle.

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Chapitre 3: La création artistique

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L’esthétique moderne se divise grosso modo en deux camps : l’esthétique « analytique », qui, comme le suggère son nom, est une ramification de la philosophie analytique anglo-américaine, et l’esthétique « continentale », plus largement influencée par la tradition hégélien-marxiste et par des penseurs ultérieurs tels que Husserl et Heidegger. Aucune de ces deux écoles de pensée n’a traité la création artistique comme un sujet d’intérêt majeur, et certaines voix dans le camp continental ont même cherché à le neutraliser en avançant que la création dans l’art est essentiellement illusoire et que l’artiste ne réalise jamais qu’une forme élaborée d’imitation. Ainsi, Roland Barthes, dans son célèbre essai « La Mort de l’auteur », affirme qu’« un texte est […] un espace à dimensions multiples, où se marient et se contestent des écritures variées dont aucune n’est originelle », ajoutant que « l’écrivain ne peut qu’imiter un geste toujours antérieur, jamais originel1. » Dans une veine similaire, l’auteur américain Fredric Jameson parle de « l’omniprésence [contemporaine] du pastiche » et des producteurs culturels qui « ne peuvent plus se tourner vers autre chose que le passé : l’imitation de styles morts, un discours qui emprunte tous les masques et toutes les voix emmagasinées dans le musée imaginaire d’une culture désormais mondiale2. »

La pensée de Malraux est bien différente. La nature de la création artistique est un aspect essentiel de sa théorie de l’art et...

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