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L'urgence de dire

L’Irlande du Nord après le conflit

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Fabrice Mourlon

Depuis la fin des années 1990 et la signature de l’Accord du Vendredi-Saint à Belfast en 1998, un nombre croissant de témoignages de survivants du conflit nord-irlandais ont été recueillis et publiés et occupent une place importante dans l’espace public, tant dans la presse que le monde de l’édition. Le sentiment de n’être pas véritablement reconnu par la société et par ses institutions, d’être exclu du récit historique dominant, et le manque de consensus sur le statut de « victime » contribuent au besoin de raconter sa propre histoire, donnant ainsi l’impression d’une polyphonie de points de vue.

Alors que la plupart des études ont analysé la fonction et la portée politique et sociale des témoignages en Irlande du Nord, cet ouvrage montre dans quelle mesure ces récits permettent aux affects et aux émotions de s’exprimer et de s’élaborer, tant du côté du narrateur que de celui du lecteur. En adoptant une approche pluridisciplinaire et en soulignant le rôle de l’intersubjectivité, ces récits, adressés à un Autre, sont ici analysés par le prisme d’un lecteur bien particulier : celui du chercheur, qui accepte sa subjectivité et se situe délibérément dans l’interaction entre le narrateur et lui-même.

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Introduction

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L’idée de cet ouvrage m’est venue à l’occasion de la participation au colloque de Cerisy intitulé « Écritures de soi, Écritures du corps » en 2015, auquel j’avais été convié par un collègue, Jean-François Chiantaretto, professeur de psychopathologie à l’Université Paris 13 et psychanalyste. Nous nous étions rencontrés lors d’un séminaire de mon laboratoire et avions échangés quelques mots sur notre intérêt commun, les récits de survivants, lui de la Shoah, moi du conflit nord-irlandais. Étant civilisationniste et spécialiste d’études irlandaises, je me posais la question de ma légitimité à communiquer lors d’un colloque regroupant exclusivement des psychanalystes. Cette question de la légitimité a aussi été évoquée par certains de mes collègues en études irlandaises, selon qui une formation diplômante était nécessaire pour envisager une telle étude. Ma formation en psychanalyse est issue de mon expérience d’analysant lors d’une cure psychanalytique. Cette expérience, par la pratique, est beaucoup plus fructueuse qu’une simple lecture du corpus des écrits des grands auteurs du domaine. En effet, à travers la cure, qui s’étale sur plusieurs années, l’analysant est à même de comprendre ses propres blocages et dysfonctionnements, et la connaissance intime et profonde de lui-même lui permet de comprendre l’Autre. C’est après ces années de travail avec mon analyste que j’ai pu lire et comprendre plus aisément les ouvrages théoriques. Mon expérience s’appuie notamment sur les psychanalystes de l’école...

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