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Mémoires de conflits, mémoires en conflits

Affrontements identitaires, tensions politiques et luttes symboliques autour du passé

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Edited By Olha Ostriitchouk

Cet ouvrage part du postulat que le degré d’effervescence mémorielle est proportionnel au degré de violence subie dans le passé ou de silence imposé et perçu comme une injustice non réparée. Les mobilisations mémorielles autour d’un devoir de mémoire prennent souvent la forme violente de « guerres de mémoire ». Leur violence symbolique (ou autre) est en corrélation avec la violence des conflits passés : violence résultant de la conquête de territoires, violence politique des régimes dictatoriaux, violence des vainqueurs envers les vaincus, violence des empires à l’égard de leurs sujets, violence de guerres civiles et de luttes de libération nationale… Querelleuses, les mémoires de conflits alimentent des tensions politiques, susceptibles de déclencher de nouveaux conflits.

Comment ces revendications à caractère purement mémoriel deviennent-elles un enjeu de lutte sociale et politique ? Quelle est l’attitude de l’État face aux visions alternatives, non officielles du passé ? Ces dernières parviennent-elles toujours à modifier le paradigme du grand récit national ? À quelles conditions peut-on arriver à un apaisement mémoriel durable ? Quelles sont les stratégies pour le rapprochement entre deux nations, autrefois belligérantes, ou pour la recherche d’une cohésion au sein d’une société divisée ? Un devoir de mémoire ne devrait-il pas s’accompagner d’un devoir de vérité pour toutes les parties impliquées dans le conflit ? C’est à ces questions, d’ordre d’abord éthique, que tentent de répondre les auteurs de cet ouvrage.

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La mémoire des expulsés allemands à l’est de la ligne Oder-Neisse en 1945 : quelle place dans le récit national ?

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Lionel Picard

Professeur agrégé à l’Université de Bourgogne

Les Allemands vivant dans les territoires situés à l’est de la ligne Oder-Neisse ont été expulsés ou ont pris la fuite devant l’avancée de l’Armée rouge à partir du printemps 1945. Plus de quatorze millions de personnes se retrouvent alors sur les routes et plus de deux millions d’entre elles meurent avant d’avoir atteint ce qui reste du territoire allemand à l’issue des Accords de Potsdam. Les expulsés vont participer à la reconstruction de l’Allemagne en ruines et s’intégrer plus ou moins difficilement dans leur nouvel environnement en attendant un hypothétique retour dans leurs territoires perdus. En RDA, la solidarité idéologique avec la République populaire de Pologne oblige le régime communiste à ignorer leur existence, tandis qu’en RFA, ils se rassemblent au sein de grandes associations nationales organisées selon leur région d’origine, les Landsmannschaften, ou bien dans de petites structures locales communes à tous les expulsés. Jusque dans les années 1960, l’ensemble de la classe politique s’engage en faveur du retour des expulsés dans les provinces de l’Est1. Le Bund der Vertriebenen (« Fédération des expulsés ») (BdV) voit le jour en 1957 et devient une sorte de lobby pour soutenir les expulsés et défendre leurs revendications sociales et politiques.

C’est en 1970 que s’opère le premier tournant dans les relations entre les expulsés et le monde politique, lorsque le...

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