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Le journalisme flexible

Insertion professionnelle et marché du travail des jeunes journalistes de Belgique francophone

Olivier Standaert

Cet ouvrage s’intéresse à l’influence croissante des logiques de flexibilité sur les débuts de carrière des jeunes journalistes belges francophones. Marquées par une crise de l’emploi d’une ampleur inédite ainsi que par une mutation de leurs modèles d’affaires, les entreprises journalistiques ne garantissent plus systématiquement un avenir stable et prévisible aux nouveaux arrivants sur le marché du travail. La gestion du recrutement, de l’évaluation et de l’assignation des tâches répondent à des mécanismes modulables et incertains, posant d’emblée la question de la stabilité des trajectoires des jeunes journalistes. Ceux-ci, à leur tour, développent des stratégies d’acteur marquées par diverses formes de flexibilité les conduisant notamment aux marges ou en dehors du journalisme pratiqué dans les grands médias d’information générale.

La déstandardisation des débuts de carrière crée des « identités jeunes » partiellement éloignées des idéaux d’avant carrière et des valeurs traditionnelles ayant fait du journalisme une profession plus ou moins reconnue. La logique flexible reconfigure les statuts sociaux, la mobilité et la fluidité professionnelles, la vision de son propre avenir et les comportements de socialisation. À son stade ultime, elle agit comme un facteur clé de la séparation entre l’emploi et le travail, qui oblige la majorité des nouveaux journalistes à assurer par eux-mêmes la continuité de leur carrière. En découle un renforcement de l’individualisation du fait professionnel, lourde de sens dans le marché du journalisme, marqué par la faible cohésion entre ses parties prenantes et la place centrale qu’il accorde à la valorisation de compétences intrinsèquement individuelles.

Cette étude a reçu en 2016 le Premier prix du jeune chercheur de la Société française des sciences de l’information et de la communication (SFSIC). 

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Introduction

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1. Devenir journaliste à l’heure de l’emploi incertain

Sur une petite table ronde en métal, entre deux boissons, une jeune journaliste de télévision locale dépose la chronologie de son parcours professionnel. Elle a préféré consigner par écrit chacune des étapes, de peur que l’entretien de recherche auquel elle participe ne les noie dans l’oralité et les digressions. Sans doute tient-elle aussi à souligner, marqueur fluorescent à l’appui, le rythme auquel se succèdent ses employeurs, ses statuts sociaux et ses contrats de durées systématiquement différentes. Il est vrai, qu’en moins de trois ans de carrière, le récapitulatif de cette journaliste audiovisuelle recense pas moins de dix positions d’emploi distinctes, entre des piges au noir et plusieurs contrats de remplacement pour deux télévisions locales, un mi-temps dans l’enseignement secondaire et des prestations, en tant que freelance, pour deux quotidiens. Le tout entrecoupé de quelques périodes d’inactivité forcée, le temps que d’autres remplacements lui ouvrent les portes d’une rédaction. Au cours de cet entretien consacré à son insertion professionnelle dans le marché du journalisme, cette journaliste parlera beaucoup, voire surtout de ses emplois, de ses rémunérations, de ses statuts et de toutes les manières dont ces paramètres influencent son travail quotidien, son goût pour le journalisme et la confiance qu’elle a en ses propres capacités. Avant même d’avoir accompli son insertion professionnelle au sens traditionnel du terme, et avant...

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