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De l'Ancien Régime à quelques jours tranquilles de la Grande Guerre

Une histoire sociale de la frontière

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Jean-François P. Bonnot and Sylvie Freyermuth

Soldat de l’armée d’Orient, le caporal télégraphiste Henri Chabos entretiendra durant la guerre de 14–18 une correspondance quasi quotidienne avec son amie institutrice. L’absence de saillance sociale du scripteur – commis des Postes saisi par la guerre – rend l’étude approfondie de ce cas particulièrement pertinente : ces données constituent en effet autant de traces micro-historiques éclairant les représentations d’une fraction sociale formée d’individus nés dans les dernières années du XIXe siècle, exerçant des professions d’employés d’administration ou d’enseignant du premier degré. Ce n’est toutefois pas au caporal Chabos que les auteurs s’intéressent au premier chef, mais à l’individu préexistant à la guerre, un jour contraint « d’y aller », rapidement las et soumis, et lui-même produit d’une longue histoire.

Dans une première partie, les auteurs reconstruisent la trajectoire d’une lignée d’individus (1780–1920), douaniers et enseignants, originaires du haut Doubs, qu’ils livrent dans une représentation dynamique, en interaction permanente avec un milieu marqué par un écotype singulier, celui de la frontière, fonctionnant comme un système de valeurs environnementales interdépendantes, qu’il s’agisse d’indices sociaux, économiques, culturels, historiques ou géographiques. La seconde partie est entièrement consacrée à la mise en perspective du courrier envoyé par Henri Chabos à sa fiancée, puis épouse – correspondance révélant des êtres de chair soumis aux mouvances du cœur, à l’incertitude accrue par la distance et à l’impuissance devant la séparation.

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Chapitre 6: Culture de la paix

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CHAPITRE 6

Culture de la paix

On connaît le débat passionné portant sur les notions de « consentement » vs. « contrainte », de « brutalisation » et de « culture de guerre » vs. « culture de paix », qui a opposé deux écoles d’historiens, celle de « Péronne », menée par Jean-Jacques Becker, Annette Becker, et Stéphane Audoin-Rouzeau, et celle des « Sudistes », pour reprendre l’expression d’Élise Julien, organisée autour de Rémy Cazals, Frédéric Rousseau (2008) et de quelques autres. Pour ceux-ci, comme le souligne Julien (2004, pp. 59-60), « il faut voir avant tout dans la guerre une violence imposée. Si les soldats ont tenu aussi longtemps, c’est parce que, pris dans un réseau de contraintes, ils n’ont pas eu le choix. En premier lieu, la justice militaire était implacable et l’arsenal répressif, impitoyable. Si les armées ont été prises au dépourvu par la durée et les aspects de la guerre, cela n’a pas été le cas pour le maintien de la discipline. […] Face au réseau des contraintes, il faut parler d’obéissance et de soumission plus que de consentement ».

Et Julien propose une solution : faire varier les échelles d’analyse – idée reprise par Loez et Offenstadt (2014, p. 184). En effet, si au plan global, celui des sociétés européennes engagées dans la guerre, il est possible de parler de « consentement », il en va bien différemment au plan d’une...

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