Show Less
Restricted access

Le «care», face morale du capitalisme

Assistance et police des familles en Amérique latine

Series:

Edited By Blandine Destremau and Isabel Georges

    L’Amérique latine est souvent considérée comme un laboratoire de politiques publiques, qui accompagnent le développement de formes néo-libérales de capitalisme. Après les années 2000, l’État social signe son « retour », marqué par une nouvelle génération de politiques sociales d’assistance dites conditionnelles, dans des contextes de réduction des dépenses publiques, d’extension de la marchandisation et d’intense concurrence politique.

    Cet ouvrage explore les nébuleuses d’acteurs engendrées par la mise en pratique de ces politiques, à partir d’enquêtes ethnographiques menées dans cinq métropoles d’Amérique latine. Il montre comment elles instituent une police des familles, centrée sur les femmes et fondée sur une économie morale valorisant l’éthique du care et de la responsabilité. La gestion et la répartition du travail reproductif s’opèrent par des dispositifs d’activation, d’incitations comportementales et de contrôle de proximité. Ce mode de gouvernement moral des pauvres tend à instaurer un ordre politique qui organise la reproduction sociale et économique et repose sur une division du travail entre sexes, générations et classes sociales. Il nourrit l’essor des opportunités de profit marchand et des positions d’intermédiation. Cette face morale des politiques économiques néolibérales a permis un compromis de gouvernement, qui s’est estompé.

    S’il se démarque de ce cadre général, le cas de Cuba, aux prises avec une réforme de sa politique sociale, confirme la centralité du care et des injonctions morales dans les politiques publiques.

    Show Summary Details
    Restricted access

    Universalisme, inégalités, famille. Du tournant des politiques d’assistance cubaines (Blandine Destremau)

    Extract

    ← 378 | 379 →

    Universalisme, inégalités, famille

    Du tournant des politiques d’assistance cubaines

    Blandine DESTREMAU

    Centre National de la Recherche Scientifique (CNRS), Institut de recherches interdisciplinaires sur les enjeux sociaux (IRIS)/École des Hautes Études en Sciences Sociales (EHESS), Paris

    Introduction

    Ce chapitre analyse le « tournant » des politiques sociales cubaines à l’aune de leur capacité à maintenir le principe d’universalisme1 qui les sous-tendait. L’universalisme a été posé par la Révolution comme un principe politique, au service duquel un certain nombre de moyens institutionnels et financiers étaient dédiés : socialisation des moyens de production, démarchandisation de la reproduction sociale, services sociaux égalitaires, protection sociale et mesures d’assistance destinées à des individus ayant des besoins spécifiques. Dans un contexte où les politiques sociales sont soumises à une crise et à un processus de réforme, à quel point l’universalisme du système social cubain est-il ébranlé par la transformation du « régime de bien–être » (Gough, Wood, 2004) et par la multiplication des « programmes » différenciés et peu ou prou sélectifs ? Comment analyser les changements récents des fondements universalistes et égalitaristes des politiques économiques et sociales, ← 379 | 380 → notamment au regard d’une intensification des sollicitations de la famille comme prodigueuse de soins, de protection et de solidarité ?

    Ce travail est construit sur plusieurs types de matériaux, élaborés en particulier au cours d’une demi-douzaine de missions de terrain (de plusieurs semaines chacune) réalis...

    You are not authenticated to view the full text of this chapter or article.

    This site requires a subscription or purchase to access the full text of books or journals.

    Do you have any questions? Contact us.

    Or login to access all content.