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Pour une histoire connectée et transnationale des épurations en Europe après 1945

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Edited By Marc Bergère, Jonas Campion, Emmanuel Droit, Dominik Rigoll and Marie-Bénédicte Vincent

Au sortir de la Seconde Guerre mondiale, l’Europe libérée est traversée par une même soif de justice à l’égard des anciens ennemis et de leurs collaborateurs. Ce livre interroge ce « moment 1945 » comme une expérience, sinon totalement commune, du moins largement partagée par delà la coupure Est-Ouest du continent qui s’installe rapidement. Dans une perspective d’histoire comparée, son objectif premier est de faire dialoguer des historiographies nationales des « épurations » déjà riches mais qui s’ignorent le plus souvent. Au-delà, le pari de cet ouvrage collectif réside dans sa capacité à proposer de manière originale les bases d’une histoire connectée et transnationale des épurations européennes. Pour ce faire, les auteurs portent une attention particulière aux phénomènes de circulation et de transferts en matière de normes, de pratiques, voire d’acteurs des épurations, puis des « dés-épurations ». De même, ils accordent une place privilégiée aux populations « déplacées » dans ce contexte, en considérant les expulsés, exilés et réfugiés comme un autre phénomène marquant de l’histoire chaotique de l’Europe post-1945 qu’il convient de relier à l’histoire des épurations.

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Chapitre 2 — « Les indiffusables ». L’interdiction des artistes sur les ondes belges et françaises à la Libération : une épuration contagieuse ? (Céline Rase)

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CHAPITRE 2

« Les indiffusables ». L’interdiction des artistes sur les ondes belges et françaises à la Libération : une épuration contagieuse ?

Céline RASE

FNRS, Université de Namur

Ils étaient dans la lumière pendant les années noires. Artistes, chanteurs, acteurs, littérateurs, ils ont connu pendant la guerre des heures de gloire. L’historiographie récente montre à suffisance combien, sous l’occupation, la foule s’est jetée dans les salles de spectacle, de concert et de cinéma, étanchant sa soif de liberté dans le divertissement1. Sur les planches françaises, elle a applaudi des Charles Trenet, Tino Rossi, Édith Piaf ou autre Suzy Solidor. En Belgique, en revanche, la scène n’a jamais été aussi belge que sous l’occupation allemande : frontières fermées, places vacantes et politique de nationalisation de la programmation ont dopé les perspectives de carrière des talents wallons et flamands, jusque-là éclipsés par les grandes vedettes françaises. Des jazzmen, comme Stan Brenders et Fud Candrix, des chanteuses telles que Tohama, en ont profité pour se faire un nom et enregistrer des disques à grands tours de sillon. De 1940 à 1944, cette gent musicienne défilait dans les cabarets et les music-halls ; elle posait à la une des magazines ; elle s’égosillait à la radio. La radio volée par l’ennemi.

Dès leur entrée à Bruxelles en mai 1940, les Allemands ont colonisé les locaux désertés de l’Institut national de...

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