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L’extrait et la fabrique de la littérature scolaire

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Edited By Anissa Belhadjin and Laetitia Perret

Pour Barthes, « La littérature, c’est ce qui s’enseigne, un point c’est tout » : le lien entre l’école et la fabrication du littéraire semble indissociable. C’est pour tenter de comprendre comment la littérature s’est constituée comme objet scolaire que le réseau Helice (Histoire de l’Enseignement de la Littérature, Comparaison Européenne), composé d’une vingtaine de chercheurs de pays européens ou du Québec, a été créé en 2010.

Les travaux du groupe s’organisent à partir de plusieurs approches (didactique, historique et comparatiste) dont l’intérêt est de dé-naturaliser la relation qui existe entre la littérature et l’école et d’interroger l’enseignement d’une discipline qui semble souvent aller de soi.

Après la fable et la lettre, le groupe Helice s’attache maintenant à étudier l’extrait appréhendé comme un objet susceptible de rendre compte des processus de scolarisation de la littérature.

Dans cet ouvrage, les chercheurs d’Helice ont étudié la façon dont l’œuvre littéraire est scolarisée sous la forme particulière de l’extrait, qui en retour fabrique la littérature de l’école. Le premier chapitre étudie l’émergence de l’extrait au fil du temps et son usage, indissociable de sa relation avec l’œuvre dont il provient. Le deuxième chapitre envisage de manière comparatiste les usages de l’extrait dans la formation du lecteur et du scripteur, dans différents pays et segments scolaires, à différents moments, voire dans différents contextes disciplinaires. Le troisième chapitre analyse comment les œuvres de plusieurs grands auteurs patrimoniaux sont lues à l’école.

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Nathalie Denizot: Qu’est-ce qu’un « extrait » ?

Qu’est-ce qu’un « extrait » ?

Extract

Nathalie Denizot,Université de Cergy-Pontoise (France)

Sur le plan de l’histoire de la discipline, l’extrait est d’autant plus intéressant qu’il existe en France à toutes les périodes et dans toutes les configurations, depuis les collèges des Jésuites1 jusqu’aux établissements modernes, quelle que soit la filière. Sous des formes variables, l’extrait est au cœur des pratiques d’enseignement de la littérature.

Il fait cependant l’objet – au moins depuis la fin du XIXe siècle – de critiques et remises en question qui n’ont jamais faibli : Bréal (1872 : 213) demande ainsi (à propos de l’exercice de version) : « comment veut-on que notre jeunesse apprenne à connaitre et à aimer l’antiquité quand on la lui sert ainsi découpée en morceaux ? » ; Kuentz (1972) s’attaque au « système des extraits », « niveau où se jouent les opérations d’occultation [des conditions de production, de distribution et de consommation de l’objet littéraire] les plus importantes » ; Halté et Petitjean (1974 : 48) dénoncent le « mécanisme complexe de désancrage » qui conduit à la « belle page » ; Coste (1991) pointe les incidences psycholinguistiques et culturelles d’une confusion entre extrait et texte2 ; etc. Comme le souligne Fraisse (1997 : 215), toutes ces critiques ont en commun de dénoncer l’« image faussée de la littérature et de son accès » que donnent ←25 | 26→les extraits, qui seraient ainsi « un agent de la déformation intellectuelle des élèves »3.

Pourtant, si l’on essaie de comprendre la pérennité de...

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