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Déracinés, exilés, rapatriés?

Fins d’empires coloniaux et migrations

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Edited By Olivier Dard and Anne Dulphy

Déracinés, exilés, rapatriés, ces trois termes sont des marqueurs importants de la mémoire collective dans la France du second vingtième siècle où ils sont particulièrement associés à la fin de l’empire colonial français. Nombre d’images, comme la photographie illustrant ce livre, ont marqué les esprits. Pourtant, pour emblématique qu’il soit, le cas des centaines de milliers de rapatriés d’Algérie de l’été 1962 est loin d’être unique. Cet ouvrage aborde ainsi nombre de migrations consécutives à la fin des empires coloniaux. Privilégiée jusqu’ici, l’échelle nationale – les anciennes métropoles vers lesquelles se sont dirigés les flux formés des « rapatriés » d’origine européenne mais aussi, dans une moindre mesure, de populations dites à l’époque « indigènes » – n’y est pas la seule prise en compte. Car ces « déracinés » ont pu opter pour d’autres pays européens, l’Espagne comme l’Italie, ou gagner les Amériques pour s’installer au Canada ou en Argentine. C’est donc au prisme d’une perspective comparative et transnationale que sont prises en compte les fins d’empire et le sort, fort divers, des populations qu’elles concernent.

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Bruna Bagnato: Les Italiens de Tunisie et du Maroc après l’indépendance

Les Italiens de Tunisie et du Maroc après

l’indépendance

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Bruna Bagnato

Università degli Studi di Firenze

En avril 1956, quelques semaines après la proclamation de l’indépendance du Maroc et de la Tunisie, l’ambassadeur italien à Paris, Pietro Quaroni, ne cache pas ses préoccupations sur le devenir des collectivités italiennes qui résident dans les deux protectorats.

« J’espère – écrit-il à Rome – que ce ministère ne partage pas l’euphorie de certains Italiens de Tunis avec qui j’ai eu l’occasion de m’entretenir. Ces derniers disent : maintenant en Tunisie – et partout en Afrique du Nord – les Français, pris de panique, vont liquider leurs entreprises : il y aura des choses très intéressantes dont s’emparer pour quatre sous. » Or « il ne faut pas se tromper », avertit l’ambassadeur, « des biens à faible coût, dans la mesure où il y en aura, ce seront les Arabes qui les acquerront et non les Italiens. Et si quelque chose est laissé aux Italiens, ce ne sera que pour le leur enlever par la suite. » Il ne s’agit pas – explique-t-il – de douter des assurances « qui ont été données », mais « je crois que l’indépendance de l’Afrique du Nord ne sera pas ce qu’elle aurait pu être il y a trente ans, un simple passage du pouvoir : les Français partent et demeurent les Arabes. C’est une révolution politique, nationaliste, islamique et sociale… Nous devons accepter le fait que cette révolution va bouleverser nos collectivités… Au cours des prochaines années, en Afrique du...

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