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L’enfant esclave dans l’oeuvre d’Hector Malot

Une figure ambivalente du roman naturaliste

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Myriam Kohnen

Dans l’histoire de l’art et dans la littérature du XIXe siècle, la thématique de l’esclave occupe une place prépondérante. Que ce soit l’exploitation des jeunes au travail ou une forme plus moderne de l’abus des opprimés, on retrouve régulièrement une réflexion sur la position des enfants dans la peinture et les romans. Dans ce contexte, Hector Malot occupe une place à part dans la littérature française, dans la mesure où la figure de l’enfant esclave présente dans son œuvre de multiples formes d’exploitation à l’époque de l’industrialisation. Considéré par de nombreux confrères comme un auteur secondaire par rapport aux noms célèbres tels que Flaubert ou Zola, le père de Sans Famille recherche surtout la « probité », selon l’expression de la journaliste Séverine. En tant qu’ancien juriste, il estime en effet que le roman populaire doit présenter une réflexion historique sur les mœurs de son époque, tout en restant fidèle à l’esthétique réaliste-naturaliste. Pompon représente par exemple l’ambition des gens de lettres à analyser le colonialisme, l’esclavage des Noirs et la quête d’indépendance des adolescents. Après les travaux de Montesquieu et d’Arthur de Gobineau sur la diversité des races humaines, l’auteur propose un discours sociologique sur la discrimination des Africains et la situation des marginaux. En attribuant une mission salutaire à l’art, à la musique et à la sculpture, les romans de Malot dévoilent ainsi une poétique ambivalente, basée sur l’objectivité des faits réels et la subjectivité du créateur. En reproduisant en miroir l’antithèse même de l’existence, les récits invitent le lecteur à la compassion. Cet ouvrage met en lumière la spécificité d’un écrivain célèbre en son temps et tombé dans l’oubli de nos jours. En se fondant sur une approche comparative, historique et poétique, ce livre réhabilite une personnalité, dont la modernité inspire encore aujourd’hui la littérature de jeunesse.

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CHAPITRE II. LES DISCOURS : L’ENFANT ESCLAVE ET LA TYRANNIE DE L’« OPINION »

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Conformément à l’esprit du romancier naturaliste, Hector Malot considère que l’observation du réel ne suffit pas pour comprendre les mœurs de son époque. Il souhaite au contraire que le lecteur se fasse une opinion sur la société, à travers la mise en scène des lieux communs et des discours. Voilà pourquoi il place ses personnages dans des milieux donnés, afin d’analyser les facteurs extérieurs qui influencent le comportement de l’individu. L’auteur procède à une véritable expérimentation, en étudiant le fonctionnement de la société et le rôle de l’opinion publique. L’étude de l’homme s’apparente alors à une expérience. Comme le souligne Pierre Larousse dans son Grand Dictionnaire universel du XIXe siècle, l’opinion implique en effet le « sentiment d’une classe » et un « jugement favorable ou défavorable » que l’on porte sur autrui133. En s’opposant à la science, elle incarne « une source perpétuelle de querelles, de luttes et de persécutions134 ». Elle crée le sentiment d’appartenir à un groupe ou donne l’impression d’être exclu de la communauté. Dans le contexte de l’esclavage moderne, cette question des discours est particulièrement intéressante pour comprendre la poétique de Malot.

Comme Balzac, Flaubert, Zola et Daudet, Malot prête en effet attention aux questions sociales qui préoccupent son époque ; ainsi peint-il le clergé et les fausses croyances dans Un Miracle (1871–1872), aborde-t-il la guerre de 1870 dans les Souvenirs d’un blessé (1871–1872) ou dénonce-t-il le...

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