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les commissions d’historiens dans les processus de rapprochement (Pologne-Allemagne, Pologne-Russie)

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Emmanuelle Hébert

Cet ouvrage analyse le travail des commissions d’historiens dans les processus de rapprochement en Pologne. Deux d’entre elles sont privilégiées : la commission polono-allemande portant sur les manuels scolaires et le groupe polono-russe sur les questions difficiles. Cette étude se fonde sur deux sources principales : une série d’entretiens et des recherches dans les archives, auxquelles s’ajoutent des ressources complémentaires : observations participantes et analyse de discours politiques, de sondages et de la presse. Le dialogue sur l’histoire auquel d’aucuns font appel correspond tout à fait à ce qui est demandé aux commissions d’historiens. Dès lors, pourquoi ces commissions ont-elles été créées ? Comment fonctionnent-elles et pourquoi continuent-elles de fonctionner ? Nous formons les hypothèses que, premièrement, ces commissions ont été créées dans un objectif de rapprochement, voire de réconciliation. Deuxièmement, leur fonctionnement — et sa prolongation — dépend de trois variables : le contexte, les mandats, les acteurs.

Cet ouvrage s’articule en cinq axes. Les trois premières parties portent sur chacune des trois variables évoquées : contexte, mandats, acteurs. La quatrième partie concerne les sphères d’influence de ces commissions et les débats qu’elles engendrent : politique et religion, débats publics, débats scientifiques. La dernière partie se concentre sur les projets de ces commissions : l’ouvrage commun ou les centres de dialogue du côté polono-russe, le manuel commun d’histoire du côté polono-allemand. Au travers de toutes ces pratiques, les commissions d’historiens cherchent, dans le cadre de la transformation des conflits, à réconcilier par l’histoire, c’est du moins l’un des arguments défendus dans cet ouvrage.

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Chapitre 1. Expertise et spécialisation scientifique

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Les individus qui prennent part aux commissions étudiées sont des experts reconnus dans leur domaine. L’expertise est en effet l’un des principes de fonctionnement des commissions d’historiens3.

L’expertise des acteurs est mise en avant tout au long de notre recherche. Ce sont des professeurs « éminents » [« wybitni »], « les meilleurs » [« najlepsi »] qui participent aux projets. Mais sur quels critères l’expertise se fonde-t-elle ? Ces critères sont-ils identiques dans les deux commissions ?

Dans le premier chapitre de la partie précédente, portant sur les motivations initiales, nous avons utilisé la distinction établie par Marie-Claire Lavabre et Dominique Damamme en 20004 à propos des trois initiatives possibles de l’expertise historienne. S’agit-il d’une fonction de conseil, d’une expertise auto-instituée5 ou bien d’une expertise judiciaire ? Philippe Roqueplo retient deux versions du mot « expert » : l’adjectif, qui signifie « compétent, qualifié dans un domaine donné » et le nom, qui ←209 | 210→désigne une personne « dont la fonction est de formuler une expertise »6. Au sein des commissions, il s’agit plutôt d’individus experts – selon le sens de l’adjectif – c’est-à-dire des chercheurs reconnus dans leur domaine d’étude. La nuance est toutefois ténue : ils sont chargés de fournir une analyse des manuels scolaires. Au-delà de ces catégorisations, nous différencions deux types d’expertise dans ce chapitre, fondés sur la source des compétences acquises. La première catégorie porte sur l’expertise scientifique, à la différence d’une expertise plus « militante ».

Nous entendons par expertise...

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