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De Kleist à Döblin

Littérature, Histoire, Politique

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Michel Vanoosthuyse

Cet ouvrage réunit des études sur la littérature de langue allemande écrite à l’orée du romantisme jusqu’au XXe siècle. Le but est d’explorer les rapports complexes entre le texte littéraire de fiction et l’Histoire. Quelques études, moins centrées sur la thématique historique, envisagent le travail littéraire dans sa dimension d’identification et d’interrogation du sujet sur lui-même. Mais quelle que soit la thématique, le texte de fiction est ici compris comme un acte, un processus singulier de connaissance. Aucune différence d’approche n’existe dès lors entre des œuvres définies, par exemple, comme des processus compliqués d’affranchissement des idées révolutionnaires françaises et des textes interprétés comme des quêtes de solution aux problèmes personnels posés par la vie.

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Jünger et ses dévots

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Il était une fois dans la bonne ville de Hanovre, au temps de l’Empereur Guillaume, un fils de pharmacien au cœur aventureux. Il rêvait d’Afrique : il se retrouva à Sidi Bel Abbés, parmi les cactus et les légionnaires. Ce fut son premier contact militaire avec la France, laquelle en ce temps-là s’étendait encore de Dunkerque à Tamanrasset et même jusqu’à Ouagadougou. À peine fut-il ramené au bercail par son père qu’un miracle eut lieu, satisfaisant sa soif d’aventures : la guerre mondiale. Le jeune Jünger y déploya un courage extraordinaire qui lui coûta vingt cicatrices, si l’on prend en compte tous les trous de balles, ceux d’entrée comme ceux de sortie, et lui valut, comme à Goering, l’Ordre pour le Mérite et le respect indéfectible du futur Führer. De ses expériences du soldat du front, il tira le plus beau livre de guerre qui soit : Orages d’acier, suivi de quelques petits opuscules sur la volupté du sang, d’où s’élève un chant sauvage, viril, allemand, qui le mit très en vue dans les milieux de la révolution conservatrice. Mais son œil stéréoscopique veillait, grâce auquel il proposa dans son essai Le Travailleur (1932) l’une des descriptions les plus lucides du potentiel destructeur de la modernité technique et reconnut à temps la perversité fondamentale du national-socialisme. Car il n’était pas antisémite : s’il jugeait que les juifs ne pouvaient être allemands et s’il s’aperçut,...

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