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Les pionniers de la Nouvelle peinture en Iran

Œuvres méconnues, activités novatrices et scandales au tournant des années 1940

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Alice Bombardier

« Nous avons vécu une période particulièrement difficile. Il n’y avait aucune direction connue dans notre travail. Pas à pas, nous avons dépassé l’effroi de l’égarement et découvert le plaisir de domaines nouveaux... Mais les critiques n’étaient pas de notre côté, aucune valeur sociale n’était attachée à nos travaux. » C’est en ces termes que le peintre Ahmad Esfandiari (1922-2012) décrit l’effervescence des années 1940 durant lesquelles un style pictural novateur – la Nouvelle peinture – apparaît en Iran.
A l’appui d’archives et d’entretiens, cet ouvrage tente de restituer la flamme qui a animé ces artistes-pionniers : leur esprit d'innovation face à une tradition artistique multiséculaire ; les risques pris, les transgressions osées et soutenues contre vents et marées. Ils furent les premiers à explorer des terres inconnues, annonciatrices de la modernité. Nombreuses furent les résistances : procès en justice, vandalisme, censure, interdiction de publier leurs revues. Aujourd’hui encore, leur héritage demeure paradoxalement occulté. Leur détermination et leur force de conviction ont pourtant suscité des mutations artistiques majeures, sources de changements sociaux non moins importants.

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Les pionniers de la Nouvelle peinture en formation : la Faculté de l’imagination

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Parallèlement à sa progressive installation dans des locaux définitifs, la Faculté des Beaux-Arts de l’Université de Téhéran expérimente son nouveau système d’enseignement. La dimension hautement créative, voire utopique, de la vie dans cet établissement qui s’invente, et invente simultanément les contenus et les modes de ses enseignements, est perceptible dans l’atmosphère qui y règne à ses débuts.

La Faculté des Beaux-Arts a été fondée par l’entremise du Ministre de l’Instruction Publique qu’était alors Esmail Marat, ancien représentant des étudiants iraniens à l’étranger et grand admirateur de l’Ecole des Beaux-Arts de Paris.1 André Godard, directeur de la faculté à son ouverture, avait lui-même étudié à l’Ecole des Beaux-Arts de Paris. L’une des premières réformes qu’il effectue, a consisté à établir un partenariat et des équivalences entre la Faculté des Beaux-Arts de l’Université de Téhéran et l’Ecole des Beaux-Arts de Paris. Le programme de la faculté a été dans cette perspective en partie calqué sur celui de l’Ecole des Beaux-Arts française.2

Les contenus et les méthodes d’enseignement artistique ont dès lors évolué et se sont situés à contre-courant des préceptes des peintres du réel. Au début, la Faculté des Beaux-Arts regroupe des cours théoriques et pratiques lors desquels il faut accumuler un nombre suffisant de récompenses (mentions ou médailles) pour accéder au niveau supérieur.3 La durée des←85 | 86→ études...

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