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Figures de l’infini

Du panthéisme de Schelling à Mallarmé

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Morgan Gaulin

Héritier d’une longue tradition pour laquelle la nature est un être vivant en devenir (natura naturans), Stéphane Mallarmé est l’auteur d’une physiologie des lettres qui le mène à concevoir la littérature comme un organisme. Nous inscrivons le poète dans une histoire des idées qui remonte par-delà Poe et Baudelaire à Mme de Staël et au philosophe de la nature Friedrich Schelling, qui voyait dans le concept d’organisme un infini immanent au fini, un infini actuel. S’exprime, dès lors, de Schelling à Mallarmé, un panthéisme organique qui prend tour-à-tour la forme d’un panthéisme de la nature puis d’un panthéisme littéraire qui s’affranchit de la substance fixe du spinozisme. La première partie de cet ouvrage examine les fondements philosophiques et théologiques de ce panthéisme ainsi que son transfert en France chez des auteurs tels que Cousin, Renan, Vacherot, Séailles et Littré. La seconde partie présente cet organicisme en tant qu’il est, chez Mallarmé, le produit d’une doctrine du mot comme dépositaire de la vie (Les Mots anglais).

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Conclusion

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Nous avons tenté d’éclairer l’hypothèse schellingienne-mallarméenne d’une matière vivante, qui présuppose que l’infini existe en tant que phénomène observable à l’œuvre dans le monde et donc que cet infini peut être localisé dans l’immanence sous diverses figures. Nous avons identifié ce phénomène comme étant la vie et, plus précisément, la vie des lettres. Pour Schelling, la figure de cette vie est l’organisme alors que pour Mallarmé l’organisme c’est le mot et les lettres qui le composent. Cette configuration philosophique a pour nom panthéisme et selon ce panthéisme les figures sont des corps spirituels, c’est-à-dire des idées incarnées, matérialisées, ce que les théologiens nomment des hypostases. Les figures sont donc des lieux habitées par l’infini1. Cependant, alors que Schelling pense la relation et la coexistence du fini et de l’infini à partir d’un absolu qui les englobe, Mallarmé, lui, n’a plus besoin d’un tel absolu pour entrevoir les liens qu’entretiennent le fini et l’infini. C’est de cette manière que le poète arrive à réfléchir à un infini complètement immanent au fini, sans aucune référence à un absolu qui embrasse la totalité des choses. L’infini auquel Mallarmé est arrivé est un infini pleinement actuel ; ce sont les vingt-quatre lettres de l’alphabet formant une totalité achevée et circonscrite et qui, pourtant, sont capables d’engendrer une infinité de significations. L’hylozoïsme qui fonde ce panthéisme désigne...

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