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L’opéra expressionniste

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Eric Lecler

Cet ouvrage entend montrer que l’opéra expressionniste, inventé par Schönberg avec Die glückliche Hand et Erwartung, s’inscrit dans l’histoire littéraire et musicale de l’héritage wagnérien, ou plutôt dans la critique contre Wagner. La critique de l’idéal wagnérien du drame total a déjà eu lieu dans le symbolisme de Mallarmé et Maeterlinck, et il s’agira d’y débusquer l’origine de la refondation de la dramaturgie opératique et, plus généralement, de l’esthétique moderne.
L’objectif est de lire les opéras de Schönberg, Berg, Schreker, Bartók, Hindemith, comme autant de manifestes, de les réinscrire dans une esthétique commune dont les enjeux sont philosophiques et politiques. Le postulat est qu’il existe une continuité entre les œuvres d’une première période néo-symboliste et celles de l’expressionnisme réaliste.
La lecture proposée est fidèle aux intuitions fondamentales d’Adorno, mais s’appuie aussi sur Freud, Rosenzweig ou Benjamin, pour comprendre comment cette histoire de l’opéra s’achève sur le silence éloquent de Schönberg, « inachevant » le dernier opéra, Moses und Aron.

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Introduction 7

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7 Introduction L’expressionnisme évoque à chacun une esthétique du contraste, un univers visuel ou sonore violent, une ancienne pellicule en noir et blanc montrant des assassins, des fous, dans un décor urbain. Il lui reste de son origine ce caractère daté et restreint géographiquement. Effectivement, le mouvement naît au début du XXe siècle, se cristallise en 1910 dans la revue berlinoise Der Sturm, et fleurit dans les années vingt. En 1934 quand Lukàcs et Bloch en font le procès contradictoire, c’est déjà une avant-garde du passé. Il est doublement enterré, d’une part par le réalisme socialiste qui y voit un mouvement décadent (menant au nazisme d’après Lukàcs), d’autre part par le nazisme montant – qui y voit l’expression même de la décadence. Si le public a oublié quelque peu les poèmes de Georg Heym, et davantage la poésie et prose d’Albert Ehrenstein, il garde la mémoire en revanche de Georg Trakl, Max Brod, des fauvistes, de Kandinsky, en musique de l’Ecole de Vienne bien sûr, sans parler du cinéma de Murnau ou du premier Fritz Lang. Car cet art daté (comme l’est vite toute avant- garde) est aussi le premier art moderne : un art des temps présents. Les traits de la modernité, que Walter Benjamin décèle déjà chez Baudelaire, sont : la perte des liens de continuité et la vie dans l’instant, la violence des chocs sensoriels...

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