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Cinématismes- La littérature au prisme du cinéma

La littérature au prisme du cinéma

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Edited By Jacqueline Nacache and Jean-Loup Bourget

Dès sa naissance, parallèlement à son évolution technique, artistique et économique, le cinéma se construit, en tant que concept et instrument d’analyse, dans les discours qui accompagnent son développement. Il constitue un filtre qui permet de poser sur le monde un regard neuf et, dans le domaine des arts notamment, éclaire des formes parfois bien antérieures à son invention. Tel est le principe du cinématisme selon S. M. Eisenstein: « Il semble que tous les arts aient à travers les siècles tendu vers le cinéma. Inversement, le cinéma aide à comprendre leurs méthodes ».
Le présent ouvrage, issu d’un colloque tenu à l’Ecole normale supérieure et à l’Institut national d’histoire de l’art (INHA) en décembre 2010, se donne pour objet l’étude des cinématismes entendus comme l’ensemble des moyens d’interprétation fournis par le 7e art. Centrée sur la littérature, cette réflexion interdisciplinaire envisage d’une part la notion de cinématographicité du texte littéraire et ses enjeux théoriques, d’autre part les discours au fil desquels le cinéma est devenu référent, comparaison ou norme. Elle examine enfin les œuvres dans lesquelles se repèrent, sur le plan de l’inspiration comme du style, les indices d’un cinéma réel ou rêvé.

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1. Théories

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Vincent Amiel Avatars de l’estrangement Dans sa monumentale Théorie du film, dont la première conception date des années quarante, la publication de 1960, et la traduction française de 2010, Siegfried Kracauer cite à de très nombreuses reprises des passages d’À la recherche du temps perdu. Plus précisément, il fait référence à Proust trente-sept fois, et il use de citations à cinq reprises. La première, et la plus importante de ces citations, est extraite du Côté de Guermantes, elle met en scène le narrateur découvrant sa grand-mère de manière impromp- tue, comme le ferait le cliché mécanique d’un photographe. (J’emprunte évidemment cette comparaison à l’un et à l’autre des auteurs). Voici un extrait de cette citation proustienne: De moi, il n’y avait là que le témoin, l’observateur, en chapeau et manteau de voyage, l’étranger qui n’est pas de la maison, le photographe qui vient prendre un cliché des lieux qu’on ne verra plus. Ce qui, mécaniquement, se fit à ce moment dans mes yeux quand j’aperçus ma grand-mère, ce fut bien une photographie.1 La citation est beaucoup plus longue, et se poursuit par une de ces gé- néralisations typiquement proustiennes à propos du regard porté sur les êtres aimés, et à propos du décalage que constitue ce type de «photogra- phie» par rapport au système habituel de vision, tout entier attaché, dit-il, à l’idée, elle-même chargée d’affect, que l’on se fait...

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