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L’écriture de l’espace dans l’œuvre de Thomas Bernhard et de Paul Nizon

Essai de poétique comparée

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Anne-Sophie Gomez

Ce travail propose de s’interroger sur l’articulation de l’espace à la langue et à l’écriture dans les œuvres de Thomas Bernhard et Paul Nizon. L’objectif d’une telle étude est triple : permettre d’une part d’accroître la visibilité scientifique de Paul Nizon, réévaluer d’autre part le paradigme descriptif afin d’en relativiser l’influence souveraine, et contribuer, en troisième lieu, à la mise au jour d’une esthétique déceptive fondée sur les notions de décalage et de non-congruence (Fehlentsprechen). Cette étude vise à démontrer les vertus d’un rapprochement littéraire qui contribue à l’élaboration d’une poétique voire d’une esthétique comparée de Thomas Bernhard et de Paul Nizon.
A travers une analyse détaillée et microtextuelle des deux œuvres, l’auteure entend montrer que le travail de ces deux écrivains doit être considéré comme une auscultation vigilante de la langue allemande et comme une entreprise de réfection verbale passant notamment par un dépoussiérage lexical d’envergure. Progressivement, l’interrogation littéraire sur l’espace se mue en un questionnement des plus contemporains sur la subversion générique et l’espace littéraire.

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Contester le narratif, subvertir le descriptif

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123 Chapitre I Un commun refus des histoires L’art des mots n’a pas besoin de matière, il en a toujours en suffisance.1 Tenter de comprendre ce qui a pu mener à une appréhension non uniquement représentative de l’espace présuppose de se pencher sur l’environnement littéraire et le contexte théorique des années 1960. L’un des traits poétologiques communs à Thomas Bernhard et à Paul Nizon réside dans leur réticence face à la forme tradi- tionnelle du récit, notamment fondée sur la narration d’une his- toire í réticence d’ailleurs partagée par bon nombre de leurs contemporains, à l’instar de Peter Handke. Ces trois écrivains se sont en effet clairement exprimés sur ce point, que ce soit sur le mode de la boutade provocatrice (Thomas Bernhard dans Der Italiener), de la profession de foi (Peter Handke dans Aber ich lebe nur von den Zwischenräumen), du manifeste (Paul Nizon dans Canto) ou de l’aphorisme, comme dans Hund, où le narra- teur déclare: „Keine Geschichte. Ich habe keine Geschichte. […] Jede Geschichte ist ein Polizist, der dich verhaftet und einsperrt – strafgefangen, las ich einmal“.2 Cette formule peut être interprétée à la fois de manière existentielle, ainsi que le suggère son contexte immédiat, et de manière poétologique, ainsi que le laisse entendre l’article de Bojarek Garlinski, intitu- 1 Ludwig Hohl: Notes ou De la réconciliation non-prématurée. Traduc- tion française d’Etienne Barilier (1989), p. 188. 2...

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