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Le sens du plaisir

Des synesthésies proustiennes

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Marisa Verna

Ce livre vise à identifier le rôle esthétique de la synesthésie dans l’œuvre de Marcel Proust. Souvent méconnue à l’avantage de la métaphore, la synesthésie est en effet une donnée cruciale de l’écriture proustienne, qui se veut une reconstitution du sens à travers les sens, un accès corporel à la connaissance. Tout en tenant compte de l’apport des sciences médicales et anthropologiques, la synesthésie est considérée dans cet ouvrage selon sa définition linguistique et rhétorique. Dans l’analyse du texte proustien, le fil rouge du parcours du héros vers la vocation artistique a été privilégié en raison de l’importance du croisement sensoriel dans cet aspect de l’œuvre. L’apport de la philosophie contemporaine, notamment des réflexions de Merleau-Ponty sur la Recherche est considéré comme particulièrement important pour comprendre la dimension ontologique des données sensorielles dans l’écriture proustienne. Deux appendices clôturent le volume et rendent compte de l’ensemble des occurrences synesthésiques dans la Recherche.

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Chapitre II La synesthésie. Une nécessité esthétique 39

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39 Chapitre II La Synesthésie. Une nécessité esthétique 2.1 Sens et vérité. Le plaisir nécessaire L’idée que les sens constituent un accès privilégié à la vérité de l’art est développée précocement par Proust, et précède sans aucun doute la rédaction de la Recherche. Elle est même consubstantielle à ce que l’on pourrait appeler son approche du réel. Les témoignages de ses amis de jeunesse sont à cet égard précieux. Lucien Daudet rapporte, par exemple, les commentaires de Marcel devant les tableaux du Louvre, et com- mente leur extraordinaire perspicacité critique : […] Il était un grand critique d’art. Personne alors n’en savait rien. Tout ce qu’il découvrait dans un tableau, à la fois picturalement et intellectuellement, était merveilleux et transmissible ; ce n’était pas une impression personnelle, arbi- traire, c’était l’inoubliable vérité du tableau. Je me rappelle ainsi de longues stations devant les deux « Philosophes » de Rembrandt, les différences ingénieuses et captivantes que Marcel Proust découvrait et m’expliquait entre l’un et l’autre ; et, de même que dans son œuvre, rien de pédant, rien d’abstrait non plus, mais l’opération mystérieuse qui change la valeur du mot le plus courant, et en fait une formule magique ; ou bien, dans la salle des Primitifs […], son admiration pour Fra Angelico, dont il appelait les roses et les jaunes des ‹ couleurs crémeuses et comestibles ›57. Nous verrons la même synesth...

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