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L’arme biologique japonaise, 1880–2010

Réalités historiques et anatomie de la mémoire

Arnaud Doglia

L’arme biologique est développée et utilisée par le Japon entre les années 1920 et 1945. Figure de proue de ce programme, l’Unité 731 sera jusqu’à la fin de la guerre le noyau d’un réseau d’unités de guerre bactériologique et chimique responsable d’innombrables atrocités et d’expériences médicales. Les origines de cet armement remontent pourtant aux années 1880. Quels présupposés scientifiques et idéologiques ont pu décider de l’institutionnalisation d’un tel projet ? Que sont ensuite devenus les maîtres d’œuvre de ces recherches ? Cet ouvrage montre comment la majorité des participants se murent dans le silence après 1945, et pourquoi les principaux scientifiques responsables se réinventent comme des pionniers à la fin de la guerre, totalement dénués de remords. Pourtant, dans le Japon de l’après-guerre qui tourne le dos au militarisme, certaines voix s’élèvent pour relater la mise en place bureaucratique d’institutions et la pratique expérimentale et militaire faite sur certaines populations. Ces discours certes diffus mais continus amèneront les Japonais à découvrir les véritables activités de l’Unité 731.
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Chapitre 4 : Le développement de l’arme chimique au Japon

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L’arme bactériologique est jusqu’ici l’objet central de cet ouvrage, mais il est nécessaire de présenter les projets de guerre chimique qui y sont liés. Il sera question dans ce chapitre du système qui conduit à la constitution d’un tel arsenal, au lendemain de la Première Guerre mondiale. Il convient d’opérer une distinction entre l’arme chimique et l’arme bactériologique, car si l’existence de l’une conditionne la création de l’autre, elles émergent dans des contextes différents pour finalement se confondre dans les dernières années du conflit. De plus, comment expliquer qu’il existe, hors de l’Asie, une historiographie naissante sur l’arme bactériologique japonaise, alors que son corollaire chimique semble avoir été ignoré par les historiens occidentaux ? Faut-il y voir une banalisation de la question, cette arme ayant été employée par les grandes puissances durant la Première Guerre mondiale ? Trois éléments de réponse peuvent être proposés :

Premiers usages de l’arme chimique japonaise

Le même homme est à l’origine du programme de gaz de guerre et de la nomination d’Ishii : il s’agit de l’ancien ministre de la Santé, Koizumi Chikahiko. Pourtant, son rôle est peu discuté. Là où les noms d’officiers, de scientifiques ou de responsables abondent dans la littérature sur ← 117 | 118 →l’arme bactériologique, les ouvrages secondaires sur les gaz ne donnent que quelques patronymes d’exécutants difficilement identifiables1. Lorsque des noms sont avancés c’est qu’ils ont...

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