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La réciprocité et l’alternance

Pierre-André Stucki

La réciprocité est habituellement conçue comme une structure d'échange où ce que l'on rend est de valeur à peu près équivalente à ce que l'on reçoit. Il en est ainsi de la traditionnelle règle d'or, «Ne fais pas à autrui ce que tu ne voudrais pas qu'il te fasse», et de la loi du Talion, «Œil pour œil, dent pour dent». L'idée très répandue de la juste rétribution exprime cette manière de penser. Dès l'origine, le christianisme fait valoir une autre optique : le don ne récompense pas forcément le mérite, il arrive qu'il soit gratuit, et le pardon répond à la faute. C'est donc une interaction asymétrique qui est ainsi impliquée par cette tradition et notre logique habituelle s'en trouve déroutée. Pour pallier cette carence, le présent ouvrage propose de recourir au calcul matriciel élémentaire. Il y puise une petite série de modèles assez simples et il examine s'il est plausible de les appliquer à des manifestations typiques de la pensée chrétienne. Il en résulte l'idée de l' alternance : à tel moment, la conscience est focalisée sur le monde, à tel autre, sur l'écoute de l'Evangile. Un tableau métaphysique intégral est hors de portée.
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Chapitre VI : De la réciprocité à la Providence

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Chapitre VI De la réciprocité à la Providence

On adopte un point de vue à grande échelle quand on considère l’homme comme destinataire de l’influence religieuse, d’une part, de l’influence du monde, d’autre part. La réflexion sur la réciprocité interpersonnelle, à l’opposé, est à petite échelle, mais elle est provoquée à s’interroger au-delà, jusqu’à prendre position dans la problématique traditionnelle de la Providence. Elle examine en effet ce qui se passe si on se trouve dans tel système ou dans tel autre, et si on s’y donne telle condition initiale plutôt que telle autre. Elle explicite la nécessité conditionnelle, mais sur la base de la contingence des données initiales et de la présence d’un système d’interaction. Si donc elle repose sur la contingence, s’ensuit-il qu’elle impose la considération du hasard comme horizon ultime, et si elle l’impose, s’ensuit-il qu’elle exclue l’idée de la Providence de Dieu ? Une tradition insistante a posé que la Providence est à l’oeuvre partout, dans tous les cas, quelque difficulté que l’on ait à s’en persuader. Du point de vue formel, pareille doctrine se modélise adéquatement dans le système 11, qui ne détermine pas un mouvement typique de la pensée, mais l’arrivée à un point fixe, constamment soutenu par les effets sous-jacents de la matrice. Quand on se range au paradigme d’une telle fixité doctrinale, on n’échappe pas à ces « conflits sans fin de la métaphysique », auxquels Kant...

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