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Sujet, fidèle, citoyen

Espace européen (XIe-XXIe siècles)

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Dominique Avon

La recherche de l’objectivation du « sujet » à travers le temps et l’espace emprunte ici un chemin inédit. Tenant compte des travaux de philosophes comme Michel Foucault, Jürgen Habermas ou John Rawls, le travail collectif réalisé dans cet ouvrage vise à saisir la problématique de la dialectique du politique et du religieux, sans la focaliser sur la question du pouvoir ou de l’Etat. La particularité des expériences européennes au cours du millénaire écoulé y est soulignée : il y a eu une manière nouvelle de placer l’être humain au centre d’un corps social en le dotant de droits et de devoirs à titre personnel. Mais elle est doublement relativisée : d’une part parce que ses fondements ne peuvent être détachés de son environnement méditerranéen – les sujets-fidèles de la Chrétienté médiévale n’ont pas vécu dans l’ignorance de l’expérience des sujets-fidèles de l’Islam ou des communautés juives – ; d’autre part parce que la reconnaissance du « citoyen » et la possibilité de ne plus être « fidèle » d’une religion donnée n’a pas obéi à un mouvement linéaire conduisant le « sujet » d’un état d’hétéronomie à un état d’autonomie. C’est en tenant compte de cette complexité du passé qu’il devient possible de mieux négocier les défis du présent.
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L’Europe à la croisée des chemins: Jean-Marc Ferry

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Jean-Marc FERRY

L’Europe à la croisée des chemins

En langage philosophique, on dirait plutôt : « L’Europe à la croisée des principes », en entendant le mot « principe » sous l’acception selon laquelle Hegel pouvait parler de principes tout à la fois spirituels, civilisationnels et nationaux, dont la transmission les uns aux autres, depuis Babylone, l’Egypte, les Grecs, les Romains, les Chrétiens, jusqu’aux Européens modernes, était censée former la logique de confrontation, communicationnelle en son fond, qui tisse la trame de l’histoire universelle.

Une telle vue spéculative, où l’Europe moderne figure en proue d’une histoire du monde, n’est plus guère recevable, de nos jours, et pas seulement en raison de postulations idéalistes trop hautes. C’est aussi que d’autres puissances civilisationnelles, d’autres « principes », à vrai dire, plus continentaux que nationaux, émergent aujourd’hui, qui peuvent nous faire redouter un déclassement, une éclipse de l’Europe, en tant que puissance en phase avec l’Esprit universel.

J’ai à dessein employé le verbe « émerger ». On pense aux dits « émergents » d’Asie du Sud, d’Amérique du Sud, d’Extrême-Orient. Certes, l’Europe a largement réalisé la prédiction de philosophes de la grande époque. L’Europe a, dans une grande mesure, « donné ses lois au monde », ainsi que Kant avait pu l’affirmer tranquillement, au futur de l’indicatif, comme s’il s’agissait d’une évidence, presque un fait virtuellement accompli. Même si l’on est aujourd’hui porté à se gausser du diagnostic-pronostic de Francis Fukuyama : celui d’une histoire des sociétés humaines...

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