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Camus et l’antiquité

Martin Rodan

Camus écrit dans ses Carnets : « Nous devons à l’antiquité le peu que nous valons. » En se référant aux vastes lectures et aux nombreux commentaires d’Albert Camus sur les œuvres philosophiques et littéraires gréco-latines et sur la Bible, ce livre entend montrer que l’antiquité constitue pour Camus le sol fertile dans lequel ses forces créatrices s’enracinent, le terreau où son œuvre prend corps : plus il s’inspire de l’antiquité, plus son œuvre devient originale. Une analyse détaillée de ses œuvres philosophiques (Noces, Le Mythe de Sisyphe, L’Homme Révolté) et littéraires (L’Etranger, L’Exil et le Royaume, La Chute), permet à l’auteur de cet ouvrage de reconsidérer les thèmes majeurs de la pensée de Camus comme le bonheur, l’absurde et la révolte, et d’appréhender sous un jour nouveau ses grands personnages littéraires, tels Meursault, Caligula, Janine ou Clamence.
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Chapitre treizième : Caligula ou le Christ au cœur romain

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Et les pas de César avaient marché pour lui…Il allait hériter des lourds légionnairesIl allait hériter de l’empire latin.Charles Péguy, « Eve »

Si Meursault est un Christ au cœur païen, Caligula est un Christ au cœur romain (III 126)85. Qu’est-ce à dire ? Caligula ressemble à Meursault et pourtant il est tout-à-fait autre. Cette différence vient précisément du fait qu’ils ont quelque chose en commun. L’écart entre Meursault et Caligula est proche de celui qui existe entre le révolté authentique et le révolté nihiliste. Meursault, au moins pendant le procès, incarne la révolte authentique. Caligula, lui, représente l’attitude nihiliste et c’est dans cette perspective que nous allons analyser la signification de ce personnage.

En quoi consiste la ressemblance entre Meursault et Caligula ? Selon Hiroki Toura « Meursault et Caligula, tourmentés par la dualité où ils vivent, visent tous deux à l’impossible union, l’un avec le minéral, l’autre avec le divin, et l’un et l’autre meurent au terme de leur quête d’identification » (1992, 30). La même soif d’absolu est à l’origine de leurs actions et de leurs vies exemplaires. Caligula lui aussi « voulait être un homme juste » (I, 334). Comme chez Meursault, son exigence de pureté et de justice n’est pas déterminée par des raisons psychologiques ou morales ; elle est en quelque sorte d’ordre métaphysique. Pour cette raison, Camus fait entrer en scène Caligula à un moment...

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