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Camus et l’antiquité

Martin Rodan

Camus écrit dans ses Carnets : « Nous devons à l’antiquité le peu que nous valons. » En se référant aux vastes lectures et aux nombreux commentaires d’Albert Camus sur les œuvres philosophiques et littéraires gréco-latines et sur la Bible, ce livre entend montrer que l’antiquité constitue pour Camus le sol fertile dans lequel ses forces créatrices s’enracinent, le terreau où son œuvre prend corps : plus il s’inspire de l’antiquité, plus son œuvre devient originale. Une analyse détaillée de ses œuvres philosophiques ( Noces, Le Mythe de Sisyphe, L’Homme Révolté) et littéraires ( L’Etranger, L’Exil et le Royaume, La Chute), permet à l’auteur de cet ouvrage de reconsidérer les thèmes majeurs de la pensée de Camus comme le bonheur, l’absurde et la révolte, et d’appréhender sous un jour nouveau ses grands personnages littéraires, tels Meursault, Caligula, Janine ou Clamence.
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Chapitre quatorzième : Le mythe de l’exil et du royaume

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« Le monde n’est rien et le monde est tout, voilà le double et inlassable cri de chaque artiste vrai, le cri qui le tient debout, les yeux toujours ouverts, et qui, de loin en loin, réveille pour tous au sein du monde endormi l’image fugitive et insistante d’une réalité que nous reconnaissons sans l’avoir jamais rencontrée. » Albert Camus (IV, 260)

Le mythe de l’exil et du royaume est particulièrement clair dans la première nouvelle du recueil : « La Femme adultère ». C’est la raison pour laquelle nous allons l’exposer en premier avant d’évoquer plus largement le mythe. La nouvelle, dont le titre est tiré des Evangiles, servira de transition avec les chapitres précédents. Les leçons que nous tirerons de cette analyse nous aideront à dissiper quelques équivoques qui entourent les notions d’ « exil » et de « royaume » dans l’œuvre de Camus.

Indubitablement, en donnant à la nouvelle un tel titre, Camus a voulu mettre en parallèle l’exaltation nocturne de Janine avec l’histoire de la femme adultère dans l’Evangile de Jean. (Jean 8, 1-11) Cependant, il ne confond pas ces deux figures. Dans les Evangiles, la femme adultère est condamnée pour avoir commis un acte contraire aux lois humaines ; chez Camus, Janine enfreint celles-ci en obéissant à l’impératif secret de la nature. Tandis que l’amour sexuel fait oublier à la pécheresse des Evangiles, au moins pour une nuit, les interdits sociaux, il acquiert une dimension cosmique...

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