Show Less
Restricted access

Des personnages et des hommes dans la ville

Géographies littéraires et sociales

Sylvie Freyermuth and Jean-François Bonnot

Les diverses facettes de la ville se donnent à voir non seulement à travers les travaux des sociologues, des historiens, des géographes, mais également à travers la littérature. En croisant ces approches, les auteurs renouvellent l’éclairage critique des notions de lieu et de non-lieu, d’habitable et d’inhabitable, d’entre-soi, de désaffiliation, ou encore d’errance. Cette approche de l’urbain fait appel aux données de la mémoire orale et s’ancre dans une histoire des traces, dans l’infra-historique et dans les représentations de la spatialité intime. La première partie du livre réévalue la place de l’individu dans les conurbations industrielles et postindustrielles. La deuxième est consacrée à l’examen des réseaux urbains et à la mise en perspective littéraire de quartiers emblématiques, alors que la troisième traite des processus « d’infection » et de « contamination » à l’œuvre dans les centres urbains et analyse les mécanismes d’innovation et de blocage sociaux et linguistiques. Dans la quatrième partie, sont examinées les frontières symboliques et la déconstruction du tissu social traditionnel dans le Montbéliard des années soixante, de même que les destinées d’un groupe d’ouvriers dans la vallée du Doubs en voie d’industrialisation ; enfin, un fait-divers criminel exemplaire éclaire les modalités de la cohabitation houleuse entre sédentaires et gens du voyage dans la seconde moitié du siècle industriel.
Show Summary Details
Restricted access

Chapitre 13: Figures du nomadisme romanesque et social – Le crime du canal À Blussans

Extract

Ah ! mon cher, physiquement parlant, l’inconnue est la personne la plus adorablement femme que j’aie jamais rencontrée. Elle appartient à cette variété féminine que les Romains nommaient fulva, flava, la femme de feu. Et d’abord, ce qui m’a le plus frappé, ce dont je suis encore épris, ce sont deux yeux jaunes comme ceux des tigres ; un jaune d’or qui brille, de l’or vivant, de l’or qui pense, de l’or qui aime et veut absolument venir dans votre gousset !

Balzac, La Fille aux yeux d’or, op. cit., p. 1064

On a largement montré que la perte de visibilité des institutions nationales, de même que le délitement d’un grand nombre des facteurs de cohésion qui, autrefois, fondaient la vie en commun, devaient inciter à remettre sur le métier des notions telles que l’habitable et l’inhabitable, le lieu et le non-lieu, l’entre-soi, etc., et à s’interroger sur les métamorphoses de la ville, lieu où se concentrent et s’interpénètrent pouvoirs politique, économique, intellectuel, et naturellement mafieux (commerces parallèles de la drogue, du sexe, autrefois de l’alcool, etc.). Ces réseaux, loin d’être étanches, sont interconnectés à certains nœuds stratégiques, permettant la circulation des personnes et des biens, en fonction de liens forts ou faibles (Granovetter, 1973) et se contaminent mutuellement. On a vu que la ville et ses extensions périphériques, connues chronologiquement sous les noms de « faubourgs » (proche), de « banlieue » (plus éloignée), puis de « banlieues...

You are not authenticated to view the full text of this chapter or article.

This site requires a subscription or purchase to access the full text of books or journals.

Do you have any questions? Contact us.

Or login to access all content.