Show Less
Open access

Le Nigeria et la Suisse, des affaires d’indépendance

Commerce, diplomatie et coopération 1930–1980

Steve Page

Analyser les rapports économiques et diplomatiques entre le Nigeria et la Suisse revient à se pencher sur des mécanismes peu connus de la globalisation: ceux d’une relation Nord-Sud entre deux puissances moyennes et non coloniales. Pays le plus peuplé d’Afrique, le Nigeria semblait en passe de devenir, à l’aube de son indépendance, une puissance économique continentale. La Suisse, comme d’autres pays, espérait profiter de ce vaste marché promis à une expansion rapide. Entreprises multinationales, diplomates et coopérants au développement sont au centre de cet ouvrage, qui s’interroge sur les motivations, les moyens mis en œuvre et les impacts des activités de chacun. S’y ajoutent des citoyens suisses de tous âges et de tous milieux qui, bouleversés par les images télévisées d’enfants squelettiques durant la « Guerre du Biafra » en 1968, entreprirent des collectes de fonds et firent pression sur leur gouvernement pour qu’il intervienne. Ce livre donne une profondeur éclairante aux relations Suisse–Nigeria, récemment médiatisées sur leurs aspects migratoires, ou sur les pratiques opaques de négociants en pétrole établis en Suisse.
Show Summary Details
Open access

Chapitre VIII: Dégel diplomatique

Chapitre VIII

Dégel diplomatique

Au cours de la décennie 1970, l’évolution de la relation dépend, dans une certaine mesure, de la conception que les diplomates se font de leur mission et de la façon dont ils se représentent leur pays de résidence. La presse offre quelques reflets de l’opinion publique, dont l’influence potentielle a été observée dans les deux chapitres précédents. Parmi les signes d’apaisement, l’invitation de représentants suisses à la conférence internationale sur le fédéralisme à Lagos marque une intention d’échanger sur d’autres plans que le commerce, pilier central des rapports bilatéraux. Comment le système politique suisse y est-il présenté et à quel point inspire-t-il la constitution de la Seconde République ? En revanche, les visites ministérielles, si nombreuses au lendemain de l’indépendance, se raréfient. Un des trois séjours réalisés sur cette période est celui du conseiller fédéral Pierre Aubert à Lagos, dans le cadre d’une tournée en Afrique de l’Ouest, en 1979. Si les voyages de conseillers fédéraux sont systématiquement controversés, aucun n’a encore autant agité la presse et le parlement suisses que celui-ci.1 A cette occasion, la signature avec le gouvernement nigérian d’un communiqué conjoint condamnant l’apartheid rencontre un écho en demi-teinte dans les milieux économiques suisses.

1.   Perspectives des ambassades

Malgré l’exclusion d’August Lindt en juillet 1969 et les mesures de rétorsion exercées sur la colonie suisse en mai 1970, la relation bilatérale, en décembre de cette même année, est qualifiée par l’ambassadeur de Suisse à Lagos Fritz Real de « bonne et amicale ». Il rapporte que les différends ← 269 | 270 s’étant succédés au fil de la Guerre civile n’ont pas donné lieu a des tensions profondes et que l’ambassade n’a jamais subi d’animosité du gouvernement fédéral nigérian. Le groupe de médecins suisses stationné à l’Est a pu y rester, alors que des contingents d’autres pays ont dû plier bagages. En raison d’une attitude peu appréciée par Lagos, la Croix-Rouge française, l’Irlande, Israël et les pays scandinaves de Joint Church Aid ont été inscrits sur une « liste noire » dressée au lendemain de la Guerre. Le Gouvernement fédéral aurait désormais « pris de la distance » et serait venu à mieux considérer l’intervention humanitaire, ainsi que la « stricte et constante neutralité » de la Suisse.2

Blessing A. Clark, Deputy Permanent Secretary aux Affaires étrangères à Lagos, remarque particulièrement l’aide apportée par certains Suisses pour le rapatriement d’enfants qui avaient été évacués de l’ex Biafra.3 En mai 1971, son collègue de ministère le secrétaire général A. A. Baba Gana accompagne le général Gowon à Nairobi et y dîne aux côtés de l’ambassadeur de Suisse Hans-Karl Frey, convié au banquet en tant que doyen du corps diplomatique. Avec celui-ci, Gowon se montre très cordial en ne laissant rien transparaître de négatif, et Baba Gana vient à évoquer la mission d’August Lindt, dont il dit louer le fort caractère, mais qui a créé des tensions en agissant quelquefois sans préavis. Autre point sensible relevé, l’absence de démarche de la Suisse à l’encontre de l’agence Markpress, basée à Genève.4

En août 1969, à la demande de l’ambassade du Nigeria à Berne, le Département politique a enquêté sur les activités de Markpress et conclu, d’entente avec la Police fédérale, que tant que l’agence se limite à transmettre des bulletins, aucune intervention judiciaire ne se justifie.5 Toute ← 270 | 271 fois conscient du poids que cette situation fait peser sur la relation bilatérale, le DPF reprend contact et le directeur Bernhardt fait savoir qu’il n’entend pas interrompre son travail d’information à un moment où la vengeance de Lagos et la famine menace toujours des milliers d’Igbos. Auprès de l’ambassadeur Real, en avril 1970, Baba Gana fait connaître son mécontentement quant à la poursuite de ces activités. Une année plus tard, si les propos de H. K. Frey sur l’absence de base légal pour agir ne le convainquent pas, il n’insiste pas pour autant.6 Le sujet est évoqué au fil de la conversation, tout comme ça a été le cas avec Real ; pour reprendre les termes de ce dernier, il s’agit d’un différend pas assez profond pour causer des tensions à long terme.

Lorsque B. A. Clark est nommé ambassadeur à Berne, en 1973, il considère que les « malentendus » issus de l’action du CICR ne portent plus du tout atteinte à l’image de la Suisse au Nigeria. En recevant ses lettres de créance, le président de la Confédération Roger Bonvin lui souhaite la bienvenue de manière surprenante : « J’espère que vous apprécierez votre séjour ici. Nous sommes un pays très stable et n’avons pas de problèmes de gouvernement, contrairement à chez vous ». Tout en admettant ne pas être en mesure de le contredire, Clark trouve ses propos peu diplomatiques et peu adéquats pour une cérémonie de remise des lettres.7

Blessing A. Clark et Oluyemi Adeniji ambassadeurs à Berne

Suite au départ de l’ambassadeur Sule Kolo en 1969, le poste reste vacant jusqu’à l’arrivée de Clark. Le premier secrétaire Rufus O. Omotoye devient chef de mission jusqu’en 1970, quand sa fonction est transmise au premier secrétaire Sabo Sarki Mohammed et au chargé d’affaires I. P. J. Obebe. Celui-ci, en avril 1973, lance une revue trimestrielle en anglais, intitulée Nigeria Today & Tomorrow. Editée à l’ambassade, sa diffusion n’est pas connue, mais elle s’adresse à la communauté nigériane, aux « hommes ← 271 | 272 d’affaires et touristes suisses en espérant […] qu’elle trouve une place honorable dans les bibliothèques scolaires et privées, ainsi que dans les foyers de nos millions d’amis suisses ». Cette publication vise à faire connaître en Suisse « les efforts quotidiens du gouvernement nigérian pour construire une société égalitaire basée sur le respect des lois et les contributions du Nigeria à la paix et à la sécurité internationales ».8

Le premier numéro de Nigeria Today & Tomorrow traite surtout de l’histoire du récent boom pétrolier et de la politique d’indigénisation. Puis, en l’absence d’Obebe, mais toujours éditée par S.S. Mohammed, en tout cas jusqu’à sa huitième et probablement dernière parution en mai 1975, la revue ne consacre à la Suisse plus que quelques photos, illustrant les rencontres officielles de Clark. Le gros du contenu se limite désormais à un survol des actualités politiques et économiques du Nigeria. La première parution nous apprend aussi l’arrivée à l’ambassade en tant que quatrième secrétaire de Mandu S. Ekpo, titulaire d’un bachelor en anglais et en français de l’Université d’Ibadan et qui représente la seule femme du corps diplomatique africain « physiquement accréditée à Berne ». Une double page amplement illustrée revient sur la célébration du nouvel-an 1973, à Berne, organisé conjointement par l’ambassade et l’Union des étudiants nigérians en Suisse. Avant d’ouvrir la danse avec son épouse, Obebe prononce un discours où il « implore les étudiants ayant terminé leur programme de retourner au Nigeria et d’apporter leur contribution au développement de leur patrie ». Une image montre « une fille suisse apparemment transportée par les rythmes mélodieux de highlife, […] prouvant que le highlife et d’autres sons africains peuvent être internationalisés ».9 Par des clichés similaires, la parution d’octobre 1973 illustre la récente fête nationale du Nigeria, organisée à Berne par Mme Clark. Avec son mari, elle y commémore l’indépendance aux côtés d’étudiants nigérians et de leurs amis suisses.

Le nombre officiel de Nigérians résidant en Suisse n’est connu qu’à partir de 1981, alors qu’on en compte 303.10 Une certitude : cette commu ← 272 | 273 nauté est essentiellement formée d’étudiants. Des personnes issues « du côté biafrais » sont arrivées durant la Guerre civile, parmi elles des enfants adoptés par des familles suisses, tandis qu’à Genève réside une petite colonie nigériane active auprès des Nations Unies. L’ambassade « essaie de suivre » et encourage tous ces résidents à venir s’enregistrer. Quand des mariages unissent des étudiants nigérians à des Suisses, Clark est appelé à enquêter sur leur « légalité », afin de savoir s’ils ne cachent pas un motif migratoire.11

En soumettant ses lettres de créance, Clark résume les intérêts de son gouvernement pour la Suisse :

Vos accomplissements dans les arts et la science, la technologie et l’industrie et pour la cause de la paix internationale et de l’humanitarisme sont à ce point remarquables qu’ils ont été bénéfiques à tout le genre humain. […] En tant que pays non-aligné en paix avec lui-même, sensiblement orgueilleux de son intégrité, de son indépendance et pronfondément engagé pour la cause de la liberté, du progrès et de la stabilité en Afrique, le Nigeria voit d’énormes possibilités de promouvoir une entente mutuelle et une coopération entre lui-même et votre grand pays, qui a à juste titre été décrit comme occupant une position de carrefour en Europe au sens culturel, économique et géographique.12

Interrogé postérieurement, il précise, dans des formules plus ramassées : « La Suisse est un pays très riche, capitaliste. Donc, les instructions normales que vous recevez de votre gouvernement quand vous êtes envoyé en Suisse, c’est de voir comment vous pouvez en obtenir des investissements ». Évoquant la « longue relation » de son pays avec UTC, il mentionne aussi l’implantation de Ciba-Geigy.13 En 1974, séjournant une semaine à Bâle pour y visiter les directions de ces deux compagnies, ainsi que de Sandoz et Panalpina, il y approche aussi le gouvernement cantonal et offre au président du Conseil d’Etat Eugen Keller un moulage en bronze représentant la tête de l’Oba de Benin.14 Les résultats de ce séjour ne sont pas connus. A propos des échanges commerciaux, Clark accorde la première importance ← 273 | 274 au cacao, de même que son successeur Oluyemi Adeniji certifiant qu’à ce moment – 1977-1981 – les achats de pétrole « ne sont pas très importants ».15 A la lumière des statistiques, cette vision surprend et ne se laisse pas expliquer.16 En tout cas, Clark se rend auprès de la direction Nestlé, à Vevey, et devient très jaloux de l’ambassadeur de Côte d’Ivoire, qui parviendrait mieux que tout le monde à susciter des investissements suisses, notamment en obtenant que Nestlé ouvre une unité de production pour l’Afrique de l’Ouest dans son pays.

L’ambassadeur assume aussi des responsabilités liées à la campagne anti-apartheid de son gouvernement et pour cela, il se réjouit de la bonne coopération avec le chef du DPF Pierre Graber. Quand celui-ci dirige la Conférence sur le droit humanitaire de 197617, Clark est à la tête d’une « très forte » délégation du Nigeria, qui doit sa taille à son expérience dans ce domaine, à l’instar, par exemple, du Vietnam. Malgré cette bonne entente, un obstacle se dresse lorsque Lagos lui demande son assistance pour récupérer les fonds qu’un ancien ministre – qu’il refuse de nommer, bien qu’il puisse s’agir de Joseph Tarka18 – a laissé en Suisse. Graber se montre « très poli » et lui recommande quelques avocats. L’expérience se révèle « informative et impressionnante » d’apprendre que la Suisse considère le secret bancaire comme « faisant partie des droits humains », car au Nigeria, si un gouvernement étranger formule la même requête, il suffirait d’invoquer l’article 419 pour ouvrir une enquête.19

Clark est nommé ambassadeur à Addis Abeba en 1977, et Adeniji lui succède à Berne. Passant également le plus clair de son temps à Genève auprès des Nations Unies, où il est amené à négocier le Fonds commun pour les produits de base20, Adeniji ne se souviendra pas de quelque dossier ← 274 | 275 important ayant pu le retenir à Berne. Jugeant les relations commerciales satisfaisantes, il voit la Suisse comme un endroit tranquille où « tous les ambassadeurs européens y sont pour leur dernière mission, avant leur retraite », qu’ils ont ainsi l’occasion de préparer. Il qualifie de « plutôt bonne » l’image du Nigeria en Suisse, car pas encore entachée des escroqueries par courrier électronique.21 Clark le rejoint sur ce point, en précisant que l’attitude de Gowon au lendemain de la Guerre civile y a contribué. En 1973, dans le Journal de Genève, on remarque que « grâce à la stature et à l’intelligence politiques de son chef, le général Gowon, le Nigeria a réintégré les ex-Biafrais dans la vie nationale. Le général a même tenu à prendre dans leurs rangs les hommes de sa garde personnelle ».22

Image de la Suisse dans la presse nigériane

D’un sondage de la presse nigériane, l’image de la Suisse apparaît tout en contraste. A l’occasion du 1er août 1970, le Daily Times publie sur une page ce qui se présente comme une fiche technique de la démocratie suisse, traitant notamment du fédéralisme et de la Landsgemeinde23. Le 13 mars 1972, le Nigerian Tribune titre : « La Suisse, une terre inconnue ». Au goût de Peter Erni du DPF, cet article anonyme de deux pages véhicule une « regrettable image biaisée » et selon le directeur de l’Office national du tourisme Werner Kämpfen, il « donne à penser ».24 Désigné comme « un correspondant », l’auteur débute avec des clichés qu’il attribue « à la légende, aux livres de tourisme et d’école primaire » :

Tout le monde a entendu parler de la Suisse. Ce petit pays quelque part au Nord de l’Italie, qui ne va jamais en guerre, qui fabrique des pendules à coucou, du chocolat, et où il y a de grands hommes avec de petits shorts en cuir qui se yodelent les uns ← 275 | 276 les autres pendant qu’ils roulent des fromages en-bas de la montagne. Il y a aussi les banques, où des personnes malhonnêtes peuvent placer honnêtement leur argent et des gnomes qui manipulent sinistrement les finances du Monde. Et, bien sûr, il y a Guillaume Tell qui tire dans une pomme perchée sur la tête de son jeune fils.

Pour aller au-delà de ces préjugés, sans pour autant revenir sur le secret bancaire, il maintient que les Suisses forment un peuple de la montagne, sachant « que la vie est dure et qu’il faut travailler dur pour obtenir souvent que de maigres résultats ». Après être passé sur le fédéralisme et le plurilinguisme, il évoque cette « étrange armée » de milice, dont les soldats gardent leur arme à domicile, puis enchaine sur l’importance de la vie associative, impliquant que « le plus individualiste appartient au moins à des associations de contemporains, qui regroupent tous ceux de la localité nés la même année ». L’article traite enfin de l’économie, des « travailleurs, employés et hommes d’affaires suisses [qui] sont lents mais consciencieux, recherchant la perfection », et qui soutiennent ainsi l’industrie, « plus grande richesse de la Suisse ». L’auteur précise qu’en vue d’assurer l’auto-suffisance en cas de crise, les paysans reçoivent de généreux subsides et vivent mieux que leurs voisins français. D’où un manque de main d’œuvre dans l’industrie, qui a mené à faire appel aux travailleurs italiens, ensuite victimes d’une xénophobie ayant culminé avec l’initiative Schwarzenbach.

En dépit du lien discutable entre la paysannerie et la pénurie de personnel, aucun autre article de la presse nigériane ne présente la Suisse avec autant d’exactitude, de concision et d’équilibre. Pour Peter Erni, il s’agit toutefois de la goutte qui fait déborder le vase, après que l’ambassade à Addis Abeba eût déjà fait état d’une « connaissance insuffisante des réalités suisses dans la presse d’Afrique noire ». D’entente avec l’Office du tourisme et l’OSEC, Erni prévoit d’adresser des invitations ciblées à un ou deux journalistes des pays concernés, ainsi que de rassembler « une documentation standard appropriée en anglais, en français et dans une importante langue africaine ». Seule Pro Helvetia met en garde contre une réaction hystérique face à ce qui ne renverrait pas une image biaisée, mais tout au plus un ou l’autre cliché et en tout cas une réjouissante reconnaissance des qualités du travailleur suisse.25 A propos du Nigeria, les projets ← 276 | 277 d’Erni ne se réalisent pas. Ce qui le trouble autant, à la lumière de l’ambassade à Lagos qui introduit le Tribune comme une feuille à sympathie de gauche,26 ce peut être cette liberté que prend l’auteur de s’écarter des mythes, de qualifier d’« étrange » certains traits spécifiques, voire d’adopter un ton trop familier :

Les hommes suisses se sentent plus à l’aise entre eux. Peu importe leur classe sociale, ils aiment se rassembler sans leurs femmes autour d’un pot de bière ou d’un litre de vin. Et ils racontent et re-racontent des histoires de leur service militaire.

En juillet 1972, S. A. Akinsanya présente la Suisse dans les colonnes de The People, un mensuel à l’édition soignée, mais au modeste tirage de 10’000 exemplaires.27 Son article de quatre pages commence par rappeler l’absence d’accès à la mer et qu’une grande partie du territoire est couverte de lacs et montagnes. Il précise que malgré cela, les autorités mènent une politique agricole ambitieuse, ce qui devrait faire réfléchir le Nigeria, disposant de vastes terres arables et pourtant étroitement dépendant des importations. Le multilinguisme est aussi exposé comme un exemple à méditer et la neutralité est approchée sous diverses facettes. Une d’elle est jugée quelquefois troublante, vue de l’étranger, soit le fait que les citoyens restent libres de sympathiser avec une ou l’autre partie d’un conflit, comme le soutien de la cause biafraise l’a prouvé. Aucune dyatribe sur le secret bancaire, tout juste la mention d’une blague nigériane, racontant que lorsque les ministres de la Première République voyageaient en Europe, ils faisaient des pauses « obligatoires » en Suisse, sans donner de raison. Enfin, il ajoute que « même maintenant, selon des rumeurs, fondées ou non, des Nigérians importants auraient des comptes bancaires secrets en Suisse. Abondamment illustrée par des firmes suisses – UTC, Nestlé, Steiner, Panalpina, Sandoz, on peut penser que cette parution a été documentée par elles, mais Akinsanya garde une pointe d’esprit critique et ne se prête pas à la révérence.

L’ambassade à Lagos juge l’ensemble de cet article « correctement rédigé » et transmet au DPF une requête de la rédaction pour faciliter un ← 277 | 278 séjour en Suisse de l’auteur, afin qu’il s’en fasse une image plus réaliste. Sollicitées dans ce but, Swissair s’engage à céder un billet d’avion à demi-prix, Pro Helvetia à participer à l’organisation du séjour mais refuse de contribuer au financement, l’Office national du tourisme à offrir un billet de train, voire un week-end d’excursion, tandis que l’OSEC se défile en invoquant des ressources financières limitées et le fait que The People soit un organe à faible diffusion. Ce dernier argument l’emporte sur celui du DPF, relevant que « le Nigéria compte parmi nos partenaires les plus importants en Afrique Noire, que ce pays dispose de bases et de perspectives économiques excellentes ».28

Bien qu’Eddy Omotosho réside à Genève, son article dans le Sunday Times du 26 août 1973 peine à dépasser les clichés et va jusqu’à affirmer qu’en vertu de sa neutralité, la Suisse n’a pas d’armée. Sur le secret bancaire, il se montre plus abrasif qu’Akinsanya :

les Suisses […] ne révèlent jamais les numéros de compte de ces sommes, qui sont souvent acquises par fraude, vol, jeu d’argent ou détournement par des sheikhs, gouverneurs, présidents, premiers ministres, chefs militaires, rois et autres potentats corrompus, ou juste par de purs escrocs en tout genre.

L’article, dans son ensemble, ne peut être perçu comme agressif ; cherchant à expliquer le titre de « pays le mieux gouverné du monde » décerné à la Suisse par une « prestigieuse organisation internationale de recherche », Omotosho établit par exemple un parallèle avec les Etats-Unis, soit « la même richesse sans les extrêmes aux plus haute et plus basse couches du système socio-économique ».

Dans le sillage de l’affaire Tarka, Omo Oye, par le biais du Daily Times du 5 août 1974, aborde la question de « L’argent du Nigeria en Suisse », sans pour autant s’en prendre aux banques. Ce qui l’indigne plus que tout, c’est que des Nigérians investissent dans une nation aussi prospère, quand leur propre pays manque de fonds pour son développement. Il juge que « s’il peut être prouvé qu’une telle richesse a été acquise au dépens du public, les Nigérians concernés devraient être traités comme des cambrioleurs armés et être exécutés ». Friedrich Andres, ambassadeur à Lagos, transmet ← 278 | 279 l’article au DPF car il mentionne une accusation portée contre Tarka, qui posséderait un compte à Genève auprès de la Banque populaire suisse. Le DPF ne donne pas suite à cette affaire, car il estime – avec raison – qu’en dépit de la pression exercée par la presse, le gouvernement nigérian n’est pas prêt à ouvrir une enquête.29

Le Nigeria vu de l’ambassade de Suisse

Clark juge « très bonne » l’image de la Suisse au Nigeria30 et la colonie ne semble pas souffrir de la réputation de son pays d’origine. Au terme de son mandat à Lagos en 1976, l’ambassadeur Andres résume :

La Suisse apparaît comme le pays du bien-être, de la minutie et du travail, qui prospère grâce à l’ordre et la stabilité intérieure. Notre politique de neutralité est évoquée avec reconnaissance et Genève toujours prisé comme lieu de conférence neutre.31

La colonie suisse passe de 450 membres en 1971 à 800 en 1977, dont près de la moitié dans la région de Lagos, alors que le Swiss Club, fondé en 196732 et faisant partie de la Nouvelle société helvétique, porte son effectif de 130 à 150 entre 1970 et 1976. En 1970, entre l’ambassade et les Suisses d’Ibadan, Enugu, Jos, Kaduna et Port Harcourt, des agents UTC assurent la liaison, alors que pour Kano, c’est un collaborateur de la SCOA. Il n’existe pas d’école suisse au Nigeria, des enfants de la colonie fréquentent l’école allemande de Lagos, une solution que Real juge satisfaisante.33

A partir de l’armistice, l’ambassade de Suisse à Lagos observe son pays hôte à travers la politique de réconciliation annoncée par Gowon. Real, moins d’un mois après l’armistice, confirme auprès de Berne la persistance de la famine, mais aussi l’absence de génocide. Lagos montrerait de l’ex-Biafra une image « beaucoup trop rose », que viennent de nuancer l’UNICEF et plusieurs collaborateurs de la Croix-Rouge. Ceux-ci excluent ← 279 | 280 tout massacre systématique, mais font état d’une situation de chaos avec des actes de vengeance isolés, des pillages et des viols commis par des troupes pas encore démobilisées, avant que les faits émergent dans la presse internationale et Lagos décide de confier l’occupation à des divisions plus disciplinées.34 En juillet 1971, une visite du premier collaborateur de l’ambassade « au cœur du pays des Igbos » dénonce la vision d’une région « bombardée, affamée et sous la botte de l’armée fédérale », récemment exposée par un quotidien suisse.35 Des entretiens avec « des cercles dirigeants » révéleraient une tendance à la retenue sur la scène politique nationale et une volonté de développement économique. La région bénéficierait pour cela d’une main d’œuvre formée et bon-marché, ainsi que d’une classe bourgeoise « pas du tout ruinée par la Guerre », désireuse d’investir. Le diplomate prévoit donc que le pays igbo exerce à nouveau, d’ici trois à cinq ans, « un poids sensible » au sein du Nigeria.36

Si Real perçoit chez Gowon de la sincérité, du patriotisme et une nature conciliante qui lui valent une large popularité, il pense que des qualités nécessaires de leader lui font défaut, telle que la force de décision. Issu du peuple minoritaire Angas, Gowon apparaîtrait comme un arbitre des groupes principaux. Real juge le gouvernement militaire de faible, estimant la situation de 1970 peu différente de celle de 1965 : l’interdiction des partis politiques n’étouffe pas les discordes, mais implique qu’elles se développent en sous-terrain.37 En mai 1972, le successeur de Real, Friedrich Andres, informé par un compatriote et l’ambassadeur yougoslave, reconnaît la faiblesse du sentiment national nigérian, tout en considérant que grâce à la politique de réconciliation poursuivie par Gowon, la Guerre civile fait désormais partie de l’histoire. Cela n’empêche pas que les Igbos pansent toujours leurs plaies ; quant au Nord, il s’emploierait à rattraper son retard dans la scolarisation.38

« Une agitation croissante dans les milieux politiques nigérians ainsi que de l’opinion publique » est observée par le chargé d’affaires à l’ambassade Pierre Barraz, en septembre 1974. Il note que Gowon a maintenant ← 280 | 281 recours à une protection militaire « inhabituelle » ; suite à des accusations par la presse de hauts responsables du régime, le général ne se sentirait plus à l’abri de toute attaque.39 Contre toute attente de libéralisation, son discours à l’occasion des quatorze ans de l’indépendance annonce un prolongement indéterminé du régime militaire. Selon Barraz, la presse, qui était devenue plus critique, comprend alors que sa liberté d’expression garde des limites, dont le dépassement peut l’exposer à des « vexations policières ». Ce tour de vis pourrait ainsi « entraîner les politiciens déçus et les notables civils vers l’opposition voire l’action clandestine ».40

Au lendemain de la prise de pouvoir par le général Murtala Mohammed, en août 1975, Andres s’informe auprès des ambassadeurs de Belgique, d’Autriche et de Côte d’Ivoire. La politique de réconciliation, sur fond de boom pétrolier, semble hisser le Nigeria à une position de leader parmi les nations africaines. Le prestige de Gowon aurait néanmoins souffert de l’impression répandue que son régime, en neuf ans, n’a pas su affronter les problèmes socio-économiques quand une grande partie des Nigérians « n’a pas pu profiter » du boom.41 Andres craint que Mohammed soit moins consensuel que son prédécesseur et ne gouverne « en tant que représentant du puissant Nord, avec ses émirs en arrière-plan ».42 Son assassinat l’année suivante, toujours selon Andres, ne correspond pas à « la suite logique des événements, car les apports du régime Murtala Muhammed étaient largement reconnus. Il faut toujours se rappeler que la façon de penser africaine est différente de la nôtre et amène des développements inattendus ».43 En octobre 1976, alors que le général Olusegun Obasanjo remplace Mohammed à la présidence, l’ambassadeur de Suisse Alfred Rappard partage la perception d’un « contraste entre la progression économique et la fragilité politique du pays ».44

Concernant les régimes de Gowon et Mohammed, les diplomates suisses n’évitent pas le thème du contrôle de la presse. Andres estime que la « liberté critique avec laquelle certains correspondants s’exprimaient ← 281 | 282 sous le gouvernement du général Gowon était notoire, bien qu’elle mena quelques journalistes au cachot ». Suite à leur amnistie par Mohammed, ils auraient fait preuve de modération. Ce gouvernement en vient toutefois à « tanc[er] vertement les représentants de la presse [pour cause] d’indiscipline et d’écarts de langage dans leurs critiques à son égard », puis à acquérir 60 % des actions du Daily Times et une majorité du capital du New Nigerian.45 En fait, le contrôle s’exerce également à travers la menace : un décret rend illégal toute fausse accusation de corruption ou de mauvaise gestion à l’encontre du gouvernement.46

Sous Gowon, l’ambassade perçoit une politique étrangère équilibrée entre un engagement contre l’apartheid et le colonialisme et une considération pragmatique des intérêts nationaux ; ceci expliquerait, en 1973, la vente de vin portugais à Lagos et le relâchement d’un bateau en provenance d’Angola.47 La prétention que la visite officielle de Gowon en URSS cherche un équilibre des relations, car son séjour suit des visites en Grande-Bretagne et au Canada, n’est pas remise en cause par Andres. Cette rencontre a permis au général de promettre le soutien de son pays à l’URSS dans son combat contre l’apartheid, l’impérialisme et le colonialisme, en particulier en Angola, au Mozambique, au Zimbabwe et en Guinée-Bissau. Pour un haut fonctionnaire des Affaires étrangères à Lagos, le plus remarquable tient à ce que l’Union soviétique ait traité d’égal à égal un pays en développement comme le Nigeria. Cependant, cette impression confirme à Andres le sentiment que « les pays de l’Est, avec leurs représentants si adroits et prévenants, peuvent beaucoup impressionner les pays en développement, du moins au premier contact ».48

« Pour la première fois depuis des années, un ministre des Affaires étrangères a reçu le corps diplomatique », dans un hôtel et de façon informelle, en août 1975 ; une rencontre jugée par Andres de « positive et promettant une meilleure collaboration qu’auparavant ». L’ambassadeur peut se réjouir des assurances données par son hôte Joe Garba : maintien ← 282 | 283 de relations amicales avec tous les pays, protection des étrangers et des investissements, appel à un échange de vues régulier avec le corps diplomatique.49 Et quand Obasanjo déclare vouloir mener une politique en continuité avec celle de son prédécesseur, Andres n’en doute pas.50 Un bémol est tout de même apporté par l’ambassadeur Rappard en 1977 :

[…] les personnalités nigérianes sont, d’une manière générale, difficiles d’accès. Le régime militaire actuel, qui devrait durer jusqu’en octobre 1979, en est une cause : les militaires, par inexpérience des relations internationales, craignent le contact avec les missions étrangères. A l’échelon de l’administration, la purge, depuis 2 ans, de 10’000 fonctionnaires (fédéraux et étatiques), soupçonnés de corruption, crée un climat d’incertitude qui n’encourage guère les survivants à s’engager.51

La plupart des rapports de l’ambassade de Suisse se montrent nuancés, précis, et avancent des analyses pertinentes. Cela dit, une pointe d’anti-communisme amène Andres à voir un effet de propagande soviétique dans les propos de son interlocuteur sur la visite de Gowon en URSS. De même, présenter Mohammed comme une marionnette potentielle des émirs repose sur des présupposés qui ne seront pas vérifiés. Quant à l’explication de son assassinat par la mentalité africaine, elle révèle combien le concept de race peut continuer à imprégner l’imaginaire d’un ambassadeur en 1976. De tels stéréotypes n’apparaissent cependant ni sous la plume du chargé d’affaires Pierre Barraz, ni sous celle des ambassadeurs ultérieurs.

2.   Le fédéralisme comme point commun

A quelques occasions, des dirigeants nigérians expriment de l’intérêt pour les institutions et le système politique suisses. En vue de la révision de la constitution en 1965, le voyage d’observation du ministre de la Justice de la région Est Mojekwu, effectué pour le compte du Gouvernement fédéral, inclut la Suisse, au même titre que les Etats-Unis, le Canada, l’Australie, la ← 283 | 284 Nouvelle-Zélande et l’Inde. Le critère du fédéralisme ne peut être étranger à cet itinéraire. Les quatre jours en Suisse sont surtout consacrés à des entretiens avec le Département de justice et police et le DPF se déclare « favorablement impressionné par le sérieux et la compétence » de la petite délégation.52 La même année, Igwe John Nwodo, ministre des Local Government Affairs de la région Est, agende en août une visite en Suisse, où il désire s’informer des problèmes financiers entre la Confédération et les cantons, de la juridiction et du système fiscal et des revenus propres des cantons, du taux de taxation et des élections cantonales. Des rencontres avec des autorités fédérales, cantonales et municipales sont ainsi prévues. Repoussée dans un premier temps, cette visite n’aura pas lieu.53

Inversément, jamais le gouvernement suisse ne s’engage pour davantage de dialogue ou d’échanges sur les thèmes politiques, si ce n’est à travers des dons de livres assurés par Pro Helvetia.54 L’unique initiative suisse, non réalisée, vient de UTC, dont l’agent Muazu participe à l’Assemblée constituante mise à l’œuvre par Obasanjo pour le retour à un gouvernement civil. Constatant que Muazu possède de faibles connaissances du « système suisse de démocratie de référendum », le directeur A. Wachter souhaite qu’une délégation de la Constituante effectue un voyage d’étude en Suisse. Il partage d’abord son idée avec le conseiller national Paul Eisenring, invité au Nigeria par UTC en 1976, puis se tourne directement vers Pierre Graber. Le projet intéresse le DPF, qui lance un sondage sur la faisabilité et le financement, mais sa réalisation n’est pas certaine.55

La constitution de la Seconde République

Nommé par Mohammed en octobre 1975, le Constitution Drafting Committee [CDC] élabore un projet voté en 1978 par l’Assemblée constituante, ce qui mène aux élections de 1979. Si la question du référendum sur le mo ← 284 | 285 dèle suisse émerge des débats à un moment ou à un autre, elle ne compte pas parmi les préoccupations majeures.

Ce chantier de démocratie, mis en branle par le gouvernement militaire, ne s’éloigne pas trop des réformes initiées sous Gowon. En 1967, la création de douze Etats a occasionné le tranfert au Gouvernement fédéral de dossiers tels que l’éducation, les transports, la communication et l’agriculture. Autre forme de centralisation : en l’absence d’élections, la nomination des gouverneurs d’Etats s’opère à partir du sommet hiérarchique de l’armée. Suite à la Guerre civile, les projets de réconciliation renforcent cette tendance, mais la nature fédéraliste de la consitution n’est jamais remise en cause. Mohammed inaugure le CDC en annonçant la création de sept Etats pour 1976, portant leur nombre à dix-neuf, dans le but d’éliminer « la crainte de domination d’une région par une autre ».56 Pour l’auteur Oyovbaire, ceci traduit un idéal de « dispersion du pouvoir au niveau des Etats pour encourager un esprit de justice commune, en répartissant l’accès des Etats et des groupes ethniques aux postes importants du gouvernement ».57

Tandis que la Première République s’efforce de tisser une cohésion nationale entre trois régions qui n’ont pas été colonisées de la même façon, la constitution de la Seconde s’inscrit dans un processus intégratif autour d’un centre fort. Des travaux de la Constituante résulte un unique document réglant vingt gouvernements, soient ceux des dix-neuf Etats et de la fédération, ce qui sous-entend : « vous devez lire tout le document et être nigérian ». Dans le même esprit, seuls les partis organisés sur une base nationale, autant dans leurs buts que l’origine de leurs membres, sont autorisés à présenter des candidats aux élections de 1979.58

Une structure à trois niveaux – fédération, Etats, gouvernements locaux – est retenue pour la Seconde République et marque le passage du modèle de Westminster, retenu lors de l’indépendance, à celui des Etats-Unis.59 Cela dit, on ne doit exagérer l’inspiration extérieure de cette constitution, largement préparée selon l’expérience des crises de la ← 285 | 286 Première République et de la Guerre civile, et aussi en fonction des appétits générés par les rentes pétrolières. Dans la phase initiale du chantier, toutefois, une conférence internationale sur le fédéralisme se tient à Lagos.

La conférence internationale sur le fédéralisme

Un régime militaire qui prépare le pays à un retour au gouvernement civil pour le 1er octobre 1979 fera largement confiance à une conférence qui sera dédiée à trouver des solutions aux fonctionnements internes d’une structure de gouvernement fédéral.

Dans cette intention, à la lumière de l’histoire nigériane, les organisateurs entendent examiner les rapports entre le centre et les Etats aux niveaux exécutif, législatif, judiciaire, et s’intéresser aux expériences fédérales d’autres pays.60

L’événement se déroule en mai 1976 au Nigerian Institute of International Affairs, organisme de recherche financé par le gouvernement61 et dont le directeur Bolaji Akinyemi a été nommé par Mohammed. Docteur en Lettres de l’Université d’Oxford, celui-là publie en 1974 Foreign Policy and Federalism – the Nigerian experience62, à propos de l’influence du fédéralisme sur l’exercice de la politique étrangère. En tant que directeur, il bénéficie d’un accès direct au ministre Garba, qui lui communique des thèmes de recherche.63

La cinquantaine de participants est issue des milieux gouvernementaux et académiques, en premier lieu du Nigeria mais aussi d’Allemagne, du Canada, d’Australie, de Belgique, d’Angleterre, des Etats-Unis, de Yougoslavie et de Suisse. Après une visite d’Akinyemi en décembre 1975, Jacques Freymond, directeur de l’IUHEI64 à Genève, se rend à Lagos en avril 1976 pour y donner trois conférences publiques sur la politique inter ← 286 | 287 nationale.65 L’année suivante, Akinyemi obtiendra une charge de professeur invité à l’IUHEI, où il publiera Nigeria and Angola. Pour représenter la Suisse à la conférence, Freymond suggère l’intellectuel Denis de Rougemont et l’ancien conseiller fédéral Nello Celio. Tous deux déclinent et c’est finalement le docteur en droit Max Frenkel, directeur de la Fondation ch pour la collaboration confédérale66, qui accepte.67

Sa présentation traite de la viabilité de la formule fédérale pour de nouvelles nations. Partant d’un constat d’échec pour beaucoup d’entre elles, puis exposant les raisons du « succès » suisse, il conclut :

Tout constitutionnalisme nécessite une culture civique basée sur un haut niveau d’éducation populaire et une croyance généralement partagée que les lois, plutôt que le pouvoir, sont à même de résoudre les conflits. Mais le fédéralisme est le plus exigeant de tous les contitutionnalismes, car il présuppose une mesure supplémentaire de tolérance politique et le sens de la responsabilité.68

Les nouvelles nations qui choisissent malgré tout le fédéralisme, selon Frenkel, se voient contraintes à ne l’appliquer qu’en surface et gouverner à partir d’un centre fort. En revanche, la Suisse et les autres « fédérations occidentales classiques » se seraient construites lentement et « par en-bas », ce qui aurait laissé au système le temps de mûrir. Sur ce point, aucune référence à l’histoire, si ce n’est la mention qu’à peu de choses près, le gouvernement suisse n’a jamais changé depuis 1848. Ce pays devrait aussi sa stabilité au fait de ne pas avoir été « structuré selon des lignes ethniques » ; pour l’illustrer, le bilinguisme de plusieurs cantons. Il en résulterait que les

[…] alliances entre les cantons changent continuellement. Maintenant ce pourrait être les germanophones contre les francophones et/ou les italophones, ensuite la ← 287 | 288 montagne contre la plaine, ou l’industrie contre l’agriculture, la frontière contre l’intérieur, etc, etc. Ainsi, le conflit est diffus et largement neutralisé.69

Omo Omoruyi de l’Université de Benin s’appuie sur les exemples des Etats-Unis et de la Suisse pour traiter la question de la représentation des Etats au sein d’un gouvernement fédéral. Partageant avec Frenkel l’image d’une Suisse construite « par en-bas », il précise plusieurs jalons du processus, dont les années 1291, 1798 et 1848, afin de démontrer une pré-éminence des cantons sur le centre. Ici, à l’instar des Etats-Unis, la stabilité tiendrait à un règlement adroit de la représentation des Etats. Ce problème se poserait désormais au Nigeria qui, malgré sa construction « par en-haut », pourrait désamorcer les conflits ethniques en considérant les Etats comme unités de représentation et bases de mobilisation. Les découpages de 1967 et 1976 offriraient cette opportunité, car ils reflètent moins le facteur ethnique que sous la Première République.70

Dans un commentaire à trois mains, Akinyemi, P. Dele Cole du Daily Times et Walter I. Ofonagoro du Département d’histoire de l’Université de Lagos expriment plus de sympathie pour la perspective de Frenkel, qualifiant la comparaison Suisse-Nigeria avancée par Omoruyi de peu pertinente, vue la différence de taille entre la première qui rassemblerait « trois groupes ethniques basiques » et le second « une myriade de cultures ethniques ». Même si le découpage de l’indépendance met en évidence trois groupes, chacun serait traversé de fractures si profondes, comme entre un Igbo d’Onitsha et un Igbo d’Enugu, que même la crainte commune d’une domination du Nord ne permettrait pas de les combler. Et pour une meilleure représentation des Etats, un quelconque principe de rotation leur parait trop difficile à concevoir. D’où la préférence de la Constituante pour un centre fort et des partis à caractère national, qui transcenderaient toutes les frontières internes.71

Néanmoins, Frenkel se voit reprocher une simplification exagérée, due à une négligence de l’histoire ; soit l’oubli du conflit jurassien issu de tensions linguistiques dans l’ancien Evéché de Bâle en 1815 et toujours pas réglé, et l’affirmation que les « fédérations classiques » se sont développées « par ← 288 | 289 en-bas ». L’image est jugée crédible pour le cas suisse, même si la formation de certains cantons aurait occasionné des réunions forcées de populations. Par contre, cette perception ne se révélerait que partiellement juste pour les Etats-Unis et carrément erronnée pour le Canada, l’Inde, l’Afrique du Sud et l’Allemagne de l’Ouest, « certainement construites du dessus, tout autant que le Nigeria ». Les contributions d’Omoruyi et Frenkel sont les plus commentées, car elles privilégient davantage la perspective comparatiste.72

Les commentateurs, en conclusion, se félicitent de l’atmosphère de cette conférence ayant permis de discuter « les mérites, problèmes, difficultés et forces » de différents systèmes et appellent les nouvelles fédérations à apprendre des fautes et de l’expérience « des vieux pionniers ». Mais à propos du Nigeria en particulier, les décisions récentes ne sont pas remises en cause : si le dernier découpage nécessite un ou l’autre ajustement, chacun des nouveaux Etats « a déjà et va continuer à acquérir une conscience de sa propre identité, dans un sens territorial et non-ethnique ».73

3.   Le séjour lagosien du conseiller fédéral Pierre Aubert

A partir de la Guerre civile, les visites officielles ou voyages d’études de ministres nigérians en Suisse se font plus rares. Cette retenue va de pair avec une réorientation de la politique extérieure vers les affaires africaines. Par contre, du côté suisse, le conseiller fédéral Pierre Aubert effectue une visite officielle en Afrique de l’Ouest, qui fait escale au Nigeria.

Rareté des voyages d’études nigérians

Le colonel Wali, en février 1971, approche l’ambassade à Lagos pour se renseigner sur l’organisation, les buts, les moyens, l’histoire de l’armée suisse et les possibilités pour une délégation d’officiers nigérians de visiter des ← 289 | 290 installations et assister à des exercices militaires. A en croire le chargé d’affaires suisse, les militaires nigérians, même ceux issus du Nord musulman, ne cachent pas leur admiration pour la force de frappe de l’armée d’Israël, organisée sur le modèle suisse. De plus, l’attitude de la Suisse durant les deux guerres mondiales amènerait « beaucoup de Nigérians » à faire un « rapprochement inquiétant » avec la politique de non-alignement.74

A Berne, le Département militaire se réjouit de l’intérêt porté à l’armée suisse, mais pour le directeur Arnold Kaech, c’est au Département politique, qui a commencé à traiter l’affaire, de couvrir les frais de logement et de repas. Quant au déplacement, il serait assuré gratuitement par Nigeria Airways. Le DPF souligne qu’il ne dispose pas de crédits pour des délégations militaires et invite l’ambassadeur Andres à faire savoir qu’une délégation serait la bienvenue, à la condition de son auto-financement.75 Le projet est laissé sans suite.

En février 1975, l’ambassade du Nigeria à Berne annonce la prochaine arrivée d’une délégation du Ministère du commerce pour étudier les infrastructures touristiques. L’Office national suisse du tourisme n’entre pas en matière sur le financement, si ce n’est le transport à l’intérieur de la Suisse, mais avance des suggestions pour le programme.76 Même si les ← 290 | 291 coûts ne posent pas de problème aux Nigérians, ils repoussent une première fois leur visite de juin à fin juillet, une seconde fois au mois d’août et enfin à mi-septembre, pour cause de changement de régime politique. Le voyage n’a vraisemblablement pas lieu.77

Autre abandon : la visite du ministre de l’Energie, prévue en juin 1976. Parmi ses objectifs, le recrutement de géologues et spécialistes de métallurgie pourrait s’opérer, selon le DPF, par annonces dans le bulletin Stellen im Ausland. Le but principal consiste à trouver une firme suisse de taille moyenne pour superviser les travaux sur le réseau d’électricité nigérian. Cette intention est jugée trop vague par le DPF ; puis, le projet de séjour semble rester lettre morte. Il n’est pas clair non plus si le désir, exprimé en juin, de visiter un institut de géologie en Suisse se réalise.78

Ce sont des projets d’écoles qui motivent les deux seules délégations nigérianes séjournant en Suisse au cours de la décennie. En août 1970, deux fonctionnaires du Ministère de l’éducation de l’Etat de l’Ouest, soit le secrétaire permanent Adebayo et le chef de l’éducation technique O. A. Ajayi, s’entretiennent avec la Coopération technique à propos du Polytechnique d’Ibadan, ouvrant ses portes la même année.79 Mandu Ekpo, qui a gradé au rang de première secrétaire de l’ambassade à Berne, accompagne Frank J. Oduah et James Efekodo, deux représentants du Ministère fédéral de l’éducation, dans leur visite à Berne en août 1976. Ici, la coopération recherchée porte sur la construction de colleges of technology.80 Aucune de ces deux requêtes n’est satisfaite, pour des raisons expliquées au prochain chapitre. ← 291 | 292

La politique étrangère nigériane concentrée sur l’Afrique

Le flot de visites officielles en Suisse connu sous la Première République se tarit éventuellement à cause de l’ambassade à Berne, qui rendrait certains déplacements superflus. Peut-être que l’augmentation des représentations nigérianes à l’étranger de 47 en janvier 1970 à 78 en décembre 1973 s’inscrit dans cette logique.

En politique étrangère, le gouvernement Gowon esquisse des priorités. Afin d’isoler le continent de pressions externes ressenties comme trop intrusives durant la Guerre civile, il s’emploie à renforcer l’OUA.81 En 1975, face aux accords de Lomé marquant une poussée du marché étendu de la Communauté économique européenne en Afrique, Gowon supervise la conclusion de la charte de Lagos, instituant la Communauté économique des Etats d’Afrique de l’Ouest [CEDEAO].

L’engagement du Nigeria pour la décolonisation de l’Afrique et contre l’apartheid forme une pierre angulaire de sa politique internationale ; Mohammed et Obasanjo inscrivent les luttes de libération en Angola et au Zimbabwe en première ligne de leurs agendas. En 1978, la nationalisation des avoirs nigérians de Shell-BP, ayant exporté du pétrole au Zimbabwe malgré les sanctions, est l’épisode le plus souvent évoqué pour illustrer la prise de poids du Nigeria dans les affaires africaines.82 Cette action exerce une influence certaine sur l’attitude britannique quant au conflit du Zimbabwe, mais l’impact à moyen terme ne doit pas être exagéré : des indemnités seront versées et la compagnie autorisée à reprendre ses activités au Nigeria en 1981. Bien qu’un peu amoindrie, la dépendance économique vis-à-vis de l’ex-colonisateur reste importante. Il s’agit d’un facteur parmi d’autres, dont l’instabilité politique chronique, qu’E. Nwokedi utilise pour déconstruire ce qu’il nomme « le mythe d’un leadership nigérian dans les relations inter-africaines ».83 ← 292 | 293

Certes, le leadership continental du Nigeria, mesuré au niveau concret, accuse un décalage sur les intentions ou les prétentions de son gouvernement. Il est malgré tout certain que l’Afrique devient le centre de gravité de sa politique étrangère, en témoigne la place que le ministre Joe Garba (1975-1979) y accorde dans ses mémoires. Selon lui, les relations avec les pays de la CEE – il développe brièvement le cas de la France et de la RFA – se résument à leur dimension économique et l’aspect politique ne fait pas partie de l’équation.84 Le conseiller fédéral Pierre Aubert, de son côté, souhaite que les relations de son pays avec les nations africaines se développent dans un champ plus large.

La mission de Pierre Aubert

Originaire du canton de Neuchâtel et membre du Parti socialiste, Pierre Aubert est élu au Conseil fédéral en 1977 et placé à la tête du DPF en 1979, qui devient alors le Département des affaires étrangères [DFAE]. Sa position en matière de relations extérieures se révèle plutôt ouverte et rejoint en quelque sorte le slogan « neutralité et solidarité », mis en avant plus tôt par un de ses prédécesseurs, Max Petitpierre. Invité à prononcer une conférence à l’Université de Zurich sur le thème : « Problèmes du petit Etat dans un monde de superpuissances », Aubert présente « la neutralité permanente et armée, la solidarité, la disponibilité, l’universalité » comme bases d’une politique visant « l’indépendance du pays, sa sécurité et celle de ses habitants, la prospérité des citoyens et la défense de leurs droits ».85

Soulignant à quel point l’économie suisse dépend des exportations et du tourisme, il rappelle que les deux guerres mondiales

[…] nous ont montré que l’image d’une Suisse isolée, à l’abri des événements, est illusoire. […] Par les temps troublés où nous vivons, nous avons fait l’expérience ← 293 | 294 que [les] conflits lointains affectent sinon directement notre existence, du moins se répercutent sur notre situation économique et souvent sur le dialogue intérieur entre Suisses.86

Considérant le déséquilibre entre pays industrialisés et pays en développement comme «un des principaux problèmes du monde actuel », il affirme :

Dans les négociations du dialogue Nord-Sud, comme on appelle l’effort global de coopération en vue du rééquilibrage du système, nous nous trouvons dans le rôle, avec lequel notre public n’est pas familier, de puissance économique moyenne. Il n’est donc pas question pour nous de prendre prétexte de notre petite taille pour esquiver nos responsabilités.87

Aubert s’engage à étendre les contacts bilatéraux, afin de renforcer un dialogue qui ouvre à d’autres « sons de cloche » et permet de faire connaître la « position de pays neutre » :

L’année prochaine, je rencontrerai en Afrique d’éminents représentants de ce continent. Bien évidemment, le dialogue avec nos interlocuteurs traditionnels, tant en Europe qu’en Amérique du Nord, sera maintenu. Pour protéger son indépendance, défendre ses intérêts et apporter la contribution qu’on est en droit d’attendre d’elle à la coopération internationale, la Suisse aura besoin d’user de tous les canaux, de toutes les ouvertures vers le monde extérieur.88

De tous temps, l’image d’une Suisse dépendante de l’étranger, concernée et responsable de ce qui s’y passe, se heurte à des mythes populaires tenaces, liés à la neutralité et dont découle un idéal abstentionniste. En 1979, le déplacement à l’étranger d’un conseiller fédéral peine encore à se faire accepter de l’opinion.89 Deux mois avant son séjour, Aubert accorde un interview à un correspondant du mensuel nigérian Afriscope :

[…] la visite est essentiellement un geste de solidarité. C’est une manifestation de notre intérêt, et concrètement, de la nature mondiale de nos relations diplomatiques ← 294 | 295 et de notre volonté d’être accomodants avec le monde. […] [Mon voyage] est purement et simplement politique. Il ne vise en aucun cas à étendre ou créer de nouveaux débouchés commerciaux pour la Suisse.90

Dans une formulation qu’il avoue exagérée, l’historien Urs Altermatt précise que d’habitude, on attend d’un diplomate suisse en déplacement qu’il ramène cinq kilos d’or au pays.91 Suite à la reproduction de l’interview par l’Appenzeller Zeitung et un résumé de celui-ci dans la Neue Zürcher Zeitung, le DFAE résume les objectifs de la mission, qui cherche désormais à manifester l’intérêt de la Suisse pour les problèmes de l’Afrique, exposer les grandes lignes de la politique étrangère suisse, soutenir des intérêts communs, tels l’économie et le commerce, et enfin parler de coopération au développement.92

Mises à part les crispations de la presse provoquées par les premières intentions d’Aubert93, les intérêts économiques sont rappelés par la Division du commerce. Le Nigeria souhaite alors faire contrôler la marchandise suisse qu’il importe par la Société générale de surveillance [SGS], établie à Genève. Ces contrôles porteraient essentiellement sur la qualité et les prix. Après consultation, début décembre 1978, du Ministère public, du Vorort et des « fédérations intéressées au commerce avec le Nigeria », le vice-directeur de la Division du commerce Emilio Moser estime que ce pays ne devrait pas recourir aux services de la SGS. Car selon une décision prise une année auparavant, seuls « les pays en développement les plus pauvres qui ne disposent pas de l’infrastructure et de l’administration nécessaires » devraient recevoir une licence de la Confédération pour procéder à des contrôles en Suisse et d’après Moser, le Nigeria ne remplit pas ces critères. L’ambassadeur Riesen dément ce dernier point et manifeste son étonnement face à l’insistance de la Division, qui veut surtout éviter un précédent pouvant encourager une expansion de la SGS, alors que « la Suisse est particulièrement intéressée à un commerce international des ← 295 | 296 marchandises avec le moins d’entraves possible et sur la base de la libre concurrence ».94

Riesen juge le moment peu propice à des négociations économiques autant ciblées et en décalage avec les objectifs avoués de la visite d’Aubert. Voyant ses homologues italien et français à Lagos « pas du tout inquiets » de l’introduction des contrôles et soulignant qu’aucune firme suisse présente au Nigeria ne s’en est plainte, il s’interroge sur la pertinence-même d’une intervention. Toutefois qualifiée par la Division de « problème délicat mais en ce moment très important pour les exportations suisses », la question du contrôle des prix sera traitée à Lagos par Emilio Moser, Alexandre Jetzer du Vorort et le conseiller économique de l’ambassade Nicolas von der Weid.95 Ces personnes manifesteront aussi leurs inquiétudes quant aux restrictions des importations de montres et textiles, et tenteront de relancer les négociations pour un accord de commerce, débutées deux ans plus tôt.

Malgré le réajustement des objectifs du voyage, Aubert, même sur le thème économique, persiste à ne pas se limiter aux questions du commerce bilatéral. Telles qu’elles se présentent à la fin décembre, ses notes de discours abordent des problèmes liés au boom pétrolier, comme le déclin de l’agriculture, et prévoit des questions précises sur « les mesures envisagées pour [le] freiner », ou « dans quelle mesure le Nigéria désire-t-il ou prévoit-il de développer ses ressources énergétiques non pétrolières ? ».96

Accompagnés de Moser, Jetzer et deux autres collaborateurs, Pierre Aubert et son épouse, dont le séjour est financé par une collecte de la Radio suisse romande, s’envolent pour l’Afrique de l’Ouest le 14 janvier. Ils sont suivis par une douzaine de journalistes de la presse écrite, radio et télévision. L’itinéraire comporte le Nigeria, le Cameroun, le Burkina-Faso, la Côte d’Ivoire et le Sénégal. Pour le choix de ces étapes, Aubert évoque les liens humains, culturels et économiques entre ces pays et la Suisse ; commencer par Lagos lui a été inspiré par « l’influence étendue du Nigeria ← 296 | 297 dans le monde et le rôle considérable qu’il assume en apportant une stabilité politique à l’Afrique ».97

Une partie de la presse suisse98 dépeint l’étape lagosienne comme un succès politique, mais un échec économique, bien que Moser fasse part de sa satisfaction à l’ATS.99 Ceci l’amène à se justifier auprès de la Division, en précisant que si la plupart des dossiers restent en suspens – comme l’accord commercial jusqu’aux proches élections, ou la proposition de remplacer le travail de la SGS par des certificats d’origine délivrés par les chambres de commerce suisses100, ces négociations avec le pays devenu le plus grand client africain de la Suisse n’assombrissent en rien les perspectives commerciales.101

Sur le plan politique, Aubert donne notamment des explications sur la neutralité, alors que son homologue Henry Adefope souligne l’importance de l’Afrique dans la politique étrangère nigériane102, et de là émerge le point fort de la rencontre : un communiqué conjoint contre l’apartheid. La condamnation du « non-respect des droits de l’homme dans le monde entier et de l’Apartheid en particulier » est bien reçue par la presse nigériane103, mais en Suisse, pas tous les journaux la voient d’un bon œil. En décembre, dans l’Appenzeller Zeitung, une traduction trop éloignée des propos recueillis par Afriscope rapportait qu’Aubert, s’il était placé devant un choix entre l’Afrique du Sud et l’Afrique noire, se prononcerait en faveur de cette dernière : une interprétation fermement démentie par le DFAE, au nom de la neutralité.104 En fait, quand Afriscope lui demande s’il est en faveur d’une réduction du commerce avec l’Afrique du Sud et d’une augmentation compensatoire avec l’Afrique noire, le conseiller fédéral répond que le gouvernement suisse, compte tenu de l’économie libre, ← 297 | 298 ne détient pas le pouvoir de diriger les flux d’exportations. A la suite de quoi il exprime une « forte sympathie personnelle » pour l’Afrique noire. Puis, en réaction au communiqué, le conseiller national de droite et historien Walther Hofer dénonce une entorse à la neutralité et une partialité, soit une complaisance face aux régimes communistes et aux pays où « des dirigeants noirs tourmentent et massacrent leurs propres sujets ».105

Bien que depuis 1978, les exportations suisses à destination du Nigeria en fassent le premier client du continent devant l’Afrique du Sud, celle-ci reste un partenaire de poids et les relations financières, malgré leur opacité, demeurent considérables.106 L’étroitesse de ces liens est rappelée par Georg Sulzer – président de la firme du même nom – lorsque Aubert expose le bilan de son voyage à quelques représentants de l’industrie107. G. Sulzer dit partager le constat de succès général, y compris pour les perspectives commerciales, mais ne manque pas de déplorer le « Communiqué de Lagos », qui aurait suscité beaucoup de commentaires négatifs en Afrique du Sud. S’ajoutant à d’autres condamnations de l’apartheid de la part de la Suisse, ce communiqué inspirerait la plus grande retenue à l’ambassade à Pretoria dans sa défense des intérêts commerciaux. Prétendant que la stabilité politique se fait toujours plus rare dans le monde et qu’on ne puisse bientôt plus que l’observer en Suisse et en Afrique du Sud, G. Sulzer invite Aubert à visiter ce pays, car ce serait l’unique moyen de s’en faire une image objective.108 En tant que président de la Swiss-South African Association [SSAA] depuis 1964, Sulzer participe forcément à une construction idéologique faisant de l’apartheid un mal nécessaire à la survie de la minorité blanche, garante du bastion de la civilisation occidentale que l’Afrique du Sud serait censée constituer.109 ← 298 | 299

J. Waldvogel, directeur adjoint de Ciba-Geigy, entreprise également membre de la SSAA, appuie les propos de Sulzer et assure qu’un séjour sur place permettrait de se faire une idée plus équilibrée de l’Afrique du Sud. Du côté de l’Administration, Moser de la Division du commerce semble se limiter aux détails techniques des négociations, tandis que Jürg Iselin et Jean Zwahlen du DFAE s’efforcent de rectifier la vision des industriels. Iselin précise que le gouvernement sud-africain a pris connaissance du communiqué et que d’autre part, en inscrivant la discrimination raciale dans sa constitution, celui-ci veut bien s’exposer à la critique. Zwahlen, au nom de l’objectivité réclamée par Sulzer, rappelle qu’une analyse des facteurs économiques – flux de capitaux, réticence de plusieurs pays à octroyer des crédits – indiquent une Afrique du Sud plus dépendante de la Suisse que ce ne pourrait être le cas en sens inverse.110

De l’ambassade à Lagos, le séjour nigérian d’Aubert apparaît plus clairement dans sa portée politique. S’adressant à ses compatriotes lors de leur fête nationale à Lagos, Riesen revient sur la récente nationalisation de Shell-BP et n’exclut pas que la communauté britannique soit un jour expulsée du Nigeria, en fonction de décisions prises à Londres. La colonie suisse serait elle aussi dépendante de son gouvernement à Berne et de l’adresse dont il fait preuve pour éviter les problèmes.

La visite de notre ministre des Affaires étrangères en janvier avait pour but d’exposer une fois de plus les bases de notre politique extérieure neutre et de susciter de la sympathie pour cela. Cependant, nous ne devons pas seulement compter sur la solidarité de notre patrie. A travers notre comportement et notre travail, nous aussi devons montrer que ça vaut la peine de nous avoir ici et que nous pouvons apporter une précieuse contribution au développement de ce pays. Vous êtes ceux qui, chaque jour, formez l’image que les gens d’ici se font de notre pays. Et je suis convaincu qu’il s’agit uniquement d’améliorer davantage notre bonne réputation, de travailler dur pour rapporter des contrats à notre économie et aux travailleurs en Suisse, et ainsi également se montrer solidaires envers notre patrie.111

S’il appartient à la colonie suisse de consolider la sympathie gagnée par Aubert, celle-ci est en tout cas bien réelle et le communiqué conjoint pas étranger à cela. Commentée par au moins trois grands journaux ← 299 | 300 nigérians112, dont les plus proches du pouvoir – Daily Times et New Nigerian, cette condamnation de l’apartheid exprime un accord avec ce que le Nigeria a placé au centre de sa politique étrangère. Et cette convergence de vues suit de six mois la visite du chancelier de la République fédérale d’Allemagne Helmut Schmidt, face à qui les autorités nigérianes se sont contentées de ne pas perdre la face.113

Aubert, au cours des autres étapes de sa tournée africaine, s’entretient aussi de la coopération au développement, comme en Côte d’Ivoire où la Suisse participe à la fondation d’une école d’ingénieurs et s’engage à mettre des professeurs à disposition. Au Nigeria, les projets de coopération impliquant la Suisse sont peu nombreux. ← 300 | 301 →


1      Voir : Kaufmann, op. cit., p. 84.

2      Rapport final de Real au DPF, 23.12.1970. AFS, E2001(E)-01(-)1991/17/990. Sur la sélection des organisations humanitaires par le Gouvernement fédéral suite à l’armistice, voir : note du DPF, 14.1.1970. AFS, E2003(A)1984/84/338.

3      Entretien B. A. Clark, Lagos, 12.5.2011. Le rapatriement des enfants évacués en Suisse par le CICR est coordonné par le DPF et Département de justice et police. Lettre de Gelzer, DPF, à l’ambassade de Suisse à Lagos, 4.6.1970. AFS, E2003(A)1984/84/338.

4      Lettre de Frey au conseiller fédéral Pierre Graber, 13.5.1971. AFS, E2001(E)1987/78/695.

5      Lettre du DPF au Ministère public, 8.8.1969. Note de la Police fédérale, 27.10.1969. AFS, E2001(E)1980/83/543.

6      Lettre de Gelzer, DPF, au conseiller fédéral Willy Spühler, 19.1.1970. AFS, E2001(E)1980/83/543. Lettre de Real au DPF, 8.4.1970. AFS, E2001(E)1980/83/540. Lettre de Frey à Graber, 13.5.1971. AFS, E2001(E)1987/78/695.

7      Entretien B. A. Clark.

8      Préface de Nigeria Today & Tomorrow, n° 1, avril-mai 1973. Bibliothèque nationale suisse.

9      Ibid.

10    Donnée communiquée par Denise Effionayi-Maeder, du Forum suisse pour l’étude des migrations et de la population, Université de Neuchâtel.

11    Entretien B. A. Clark.

12    Ici, « grand pays » traduit « great country ». Nigeria Today & Tomorrow, n° 3, octobre-novembre 1973. Bibliothèque nationale suisse.

13    Entretien B. A. Clark.

14    Nigeria Today & Tomorrow, n° 7, décembre 1974-janvier 1975. Bibliothèque nationale suisse.

15    Entretien avec Oluyemi Adeniji, ambassadeur du Nigeri a à Berne, 1977-1981. Lagos, 15.10.2010.

16    Voir Chapitre X.

17    D’avril à juin 1976, le gouvernement suisse convie des délégations de près de 150 pays, afin d’établir des protocoles additionnels aux Conventions de Genève de 1949.

18    En 1974, accusé de corruption et d’abus de pouvoir, Tarka est forcé à démissionner du Ministère des communications.

19    Entretien B. A. Clark. L’article 419 de la constitution nigériane traite des fraudes, notamment économiques.

20    Common Funds for Commodities, accord conclu en 1980.

21    Entretien O. Adeniji.

22    Entretien B. A. Clark. Sous le titre « Les militaires ne réussiront pas ainsi », Claude Monnier se penche sur les exécutions politiques qui se multiplient au Chili et cite le gouvernement Gowon comme un exemple à méditer pour la junte d’Augusto Pinochet. Journal de Genève, 13.10.1973.

23    Tradition du vote populaire à main levée dans certains cantons campagnards.

24    Circulaire d’Erni à Pro Helvetia, ONST, OSEC, 24.3.1972. Réponse de l’ONST, 13.3.1972. AFS, E2001(E)1982/58/441.

25    Circulaire d’Erni à Pro Helvetia, ONST, OSEC, 24.3.1972. Réponses, 30.3, 4.4, 4.7.1972. AFS, E2001(E)1982/58/441.

26    Lettre de l’ambassadeur de Suisse Friedrich Andres au DPF, 16.3.1972. AFS, E2001(E)1982/58/441.

27    Parution attachée à la lettre du chargé d’affaires à l’ambassade de Suisse à Lagos au DPF, 25.10.1972. AFS, E2001(E)1987/78/694.

28    Circulaire de P.S. Erni, DPF, à Pro Helvetia, OSEC, ONST, Swissair, 6.11.1972. Réponses, 16.11, 20.11, 1.12, 6.12.1972. AFS, E2001(E)1987/78/694.

29    Lettre d’Andres au DPF, 6.8.1974. AFS, E2001(E)1988/16/915.

30    Entretien B. A. Clark.

31    Rapport final d’Andres au DPF, 31.5.1976. Rapport final de l’ambassadeur de Suisse à Lagos Alfred Rappard au DPF, 3.8.1977. AFS, E2001(E)-01(-)1991/17/990.

32    Voir chapitre VI.1.

33    Rapport final de Real au DPF, 23.12.1970. AFS, E2001(E)-01(-)1991/17/990.

34    Lettre de Real à Graber, 3.2.1970. AFS, E2300-01(-)1977/28/12.

35    Die Tat, 13.7.1971.

36    Lettre d’Andres à Graber, 13.7.1971. AFS, E2300-01(-)1977/29/4.

37    Lettre de Real à Graber, 29.12.1970. AFS, E2300-01(-)1977/28/12.

38    Lettre d’Andres à Graber, 25.5.1972. AFS, E2300-01(-)1977/29/14.

39    Lettre de Barraz à Graber, 20.9.1974. AFS, E2300-01(-)1977/29/14.

40    Lettre de Barraz à Graber, 21.10.1974. AFS, E2300-01(-)1977/29/14.

41    Rapport politique d’Andres [adressé au DPF], 1.8.1975. AFS, E2300-01(-)1977/30/22.

42    Rapport politique d’Andres, 11.8.1975. AFS, E2300-01(-)1977/30/22.

43    Lettre d’Andres au DPF, 8.3.1976. AFS, E2001(E)1988/16/918.

44    Rapport politique d’Andres, 4.10.1976. AFS, E2300-01(-)1988/91/4.

45    Lettre d’Andres au DPF, 2.9.1975. AFS, E2001(E)1988/16/915.

46    Falola, Heaton, op. cit., p. 196.

47    Lettre de Barraz à Graber, 15.10.1973. AFS, E2001(E)1977/30/5.

48    Le « haut fonctionnaire » servant ici d’informateur à Andres est le chef de la division pour l’Europe au Ministère des affaires étrangères, dont le nom n’est pas connu. Lettre d’Andres à Graber, 24.5.1974. AFS, E2300-01(-)1977/30/14.

49    Lettre d’Andres au DPF, 18.8.1975. AFS, E2001(E)1987/78/695.

50    Rapport politique d’Andres, 16.2.1976. AFS, E2001(E)1988/91/4.

51    Rapport final de Rappard, 3.8.1977. AFS, E2001(E)-01(-)1991/17/990.

52    La visite se déroule du 30.6 au 3.7.1965. Lettre de Bucher au DPF, 5.5.1965. Lettre de Probst à l’ambassade de Suisse à Lagos, 6.7.1965. AFS, E2001(E)1978/84/886.

53    Lettres de Zwahlen au DPF, 6.7, 16.7.1965. AFS, E2001(E)1978/84/886.

54    Voir : chapitre III.1.

55    Lettre de A. Wachter, UTC, à Graber, 5.7.1977. Réponse du DPF, 8.7.1977. AFS, E7110(-)1988/12/104.

56    Cité par : Sam Egite Oyovbaire : Federalism in Nigeria : a study in the development of the Nigerian state. St. Martin’s Press, New York 1985, p. 233.

57    Id., p. 235.

58    Id., pp. 233, 246.

59    Falola, Heaton, op. cit., p. 198.

60    Brochure, International Conference on Federalism 7th -14th March 1976. NIIA, Lagos. La conférence est repoussée à mai en raison de l’assassinat de Mohamed.

61    Voir chapitre III.3.

62    Ibadan University Press.

63    Joe Garba : Diplomatic Soldiering. Spectrum, Ibadan 1991 (1987), p. 16.

64    Institut universitaire des hautes études internationales.

65    The changing nature of war, A global humaniatrian Strategy, Europe and the new International Order. Audience moyenne estimée à 100-150 personnes. Lettre d’Andres au DPF, 20.4.1976. AFS, E2001(E)1988/16/918.

66    Cette fondation crée le Joint Centre for Federal and Regional Studies à Riehen, rattaché en 1984 à l’Université de Fribourg sous le nom : Institut du fédéralisme. <maxfrenkel.ch>. Consulté le 31.8.2012.

67    Lettres d’Andres au DPF, 27.1, 20.4.1976. AFS, E2001(E)1988/16/918.

68    Max Frenkel [Frankel dans la publication] : « Viability of the federal formula for new nations ». In : A. Bolaji Akinyemi, P. Dele Cole, Walter I. Ofonagoro (ed.) : Readings on Federalism. NIIA, Lagos 1979, p. 266.

69    Id., p. 264.

70    Omo Omoruyi : « Representation in federal (plural) systems : a comparative view ». In : Akinyemi, Dele Cole, Ofonagoro (ed.), op. cit., pp. 372-380.

71    Id., pp. 1-10, 429-433.

72    Ibid.

73    Id., p. 431.

74    Lettre du chargé d’affaires à l’ambassade de Suisse à Lagos au DPF, 12.2.1971. AFS, E2001(E)1982/58/442.

75    Lettres de A. Kaech, directeur du DMF, au DPF, 23.2.1971, de Michael Gelzer, DPF, à l’ambassade de Suisse à Lagos, 22.3.1971. AFS, E2001(E)1982/58/442.

76    1) Visite de l’office du tourisme local avec étude de ses fonctions (réservation d’hôtels, organisation d’excursions etc.) : Genève, Berne, Zurich ou stations de montagne. 2) Ecole hôtelière à Lausanne ou Institut international de formation supérieure en hôtellerie et tourisme à Glion-sur-Montreux. Ce dernier institut est connu pour le grand nombre d’étudiants des pays de développement de l’Afrique et d’autres continents. 3) Organisation des offices régionaux de tourisme. Exemples : Région du Léman à Lausanne, ou Suisse centrale à Lucerne, avec orientation sur les nouvelles méthodes du Marketing et sur la modernisation de stations de villégiature comme Villars dans les Alpes vaudoises, (Coupe Méditerranée etc.). 4) A Berne : Caisse suisse de voyage (REKA, tourisme social, problèmes de financement), Fédération suisse du tourisme, Institut de recherches touristiques à l’Université de Berne, et Société suisse des hôteliers. 5) Touristconsult SA à Bâle et Séminaire touristique de l’Ecole des hautes études économiques et sociales à St-Gall. (Nous apprenons que Touristconsult SA a effectué une étude sur le développement touristique du Nigéria). 6) A Zurich : Office national suisse du tourisme (projections de films documentaires et publicitaires dans notre salle de cinéma) ou la Société suisse de crédits hôteliers également à Zurich : siège social de la Swissair. Lettres de l’ONST au DPF, 9.4.1975, du DPF à l’ambassade de Suisse à Lagos, 14.4.1975. AFS, E2001(E)1987/78/695.

77    Lettre de l’ambassade du Nigeria à Berne au DPF, 12.2.1975. Réponse, 14.4.1975. Note du DPF, 28.5.1975. Note de Fred Birmann, ONST, 28.8.1975. AFS, E2001(E)1987/78/695.

78    Note de Jürg Iselin, DPF, 10.5.1976. Lettre de Jean-Daniel Biéler, chargé d’affaires de Suisse à Lagos, à la Division du commerce, 22.6.1976. AFS, E7110(A)1987/20/107.

79    Note de la Coopération technique, 24.8.1970. AFS, E2005(A)1983/18/299.

80    Note d’Othmar Hafner, Coopération technique, à la Division du commerce, 1.9.1976. AFS, E7110(A)1987/20/107.

81    Olayiwola Abegunrin : Nigerian Foreign Policy under Military Rule 1966-1999. Praeger, Westport 2003, p. 36.

82    Voir : Stephen Wright : « Nigerian Foreign Policy : a case of Dominance or Dependence ? ». In : Shaw, Timothy M. ; Aluko, Olajide (éd.) : Nigerian foreign policy : alternative perceptions and projections. Macmillan, London 1983, p. 113.

83    Emeka Nwokedi : « Le mythe d’un leadership nigérian dans les relations inter-africaines ». In : Études internationales, vol. 22, n° 2, 1991, pp. 360-362.

84    Garba, op. cit., p. 182.

85    Pierre Aubert : « Problèmes du petit Etat dans un monde de superpuissances ». In : Daniel Frei (Hg.) : Machtpolitik in der heutigen Welt. Schulthess, Zurich 1979, p. 90. Conférence à l’Institut für Auslandforschung. Université de Zurich, semestre d’hiver 1978/79.

86    Pierre Aubert : « Pour une politique étrangère plus active ». In : Amnesty International Schweizer Sektion (Hg.) : Menschenrechte im Spannungsfeld. Eine Herausforderung für die Schweiz. Haupt, Bern 1978, pp. 15-16.

87    Aubert 1979, art. cit., p. 96.

88    Aubert 1978, art. cit., p. 24.

89    Voir chapitre III.2.

90    Afriscope, 11.1978. Reproduction de l’interview attaché à une circulaire interne du DPF, 22.11.1978. AFS, E2001(E)1988/16/919.

91    Urs Altermatt : Die Schweizer Bundesräte. Ein biographisches Lexikon. Artemis & Winkler, Zürich ; München 1992, p. 570.

92    NZZ, 9.1, 12.1.1979.

93    Voir Kaufmann, op. cit., pp. 83-86.

94    Lettre de Moser à l’ambassade de Suisse à Lagos, 13.12.1978. Télégramme de Riesen à la Division du commerce, 22.12.1978, 14h. AFS, E2001(E)1988/16/919.

95    Télégrammes de Paul Jolles, secrétaire d’Etat à l’Économie, à l’ambassade de Suisse à Lagos, 22.12.1978, 11h, de Rieser à la Division du commerce, 28.12.1978, 15h15. AFS, E2001(E)1988/16/919.

96    Notes de discours d’Aubert, 27.12.1978. AFS, E2001(E)1988/16/919.

97    Afriscope, 11.1978.

98    Dont le Tagesanzeiger du 18.1.1979.

99    Communiqué du 17.1, repris le 18 par la Gazette de Lausanne et le Journal de Genève.

100  Gazette de Lausanne, 18.1.1979.

101  Lettre de Moser, postée de l’ambassade à Yaoundé, à la Division du commerce et au DFAE, 20.1.1979. AFS, E2001(E)1991/17/994.

102  Daily Times, 19.1.1979.

103  Ibid. New Nigerian, 19.1.1979. Daily Sketch, 25.1.1979.

104  Journal de Genève, 12.1.1979.

105  NZZ, 26, 29.1.1979.

106  Voir : Bott, Guex, Etemad, op. cit., pp. 237-306.

107  Présents : Georg Sulzer (président, Gebr. Sulzer), Erwin Bielinski (directeur général, Brown Bovery Co), J. Waldvogel (directeur adjoint, Ciba-Geigy), P. Villard (directeur adjoint, Nestlé). Pour l’Administration : E. Moser, J. Iselin, J. Zwahlen et R. Stauch. Notes de conversation, 19.3.1979. AFS, E2001(E)-01(-) 1991/17/994.

108  Ibid.

109  Cf. : David Gygax : La Swiss-South African Association (1956-2000). Un organe du capital helvétique en Afrique du Sud. Aux sources du temps présent, Fribourg 2001, p. 155.

110  Notes de conversation, 19.3.1979. AFS, E2001(E)-01(-)1991/17/994.

111  Notes de discours de Riesen, 1.8.1979. AFS E2200.168(-)1994/229/3.

112  New Nigerian et Daily Times, 19.1.1979. Daily Sketch, 25.1.1979.

113  Rapport politique de Stephan Nellen, ambassade de Suisse à Lagos, 4.7.1978. AFS, E2300-01(-)1988/91/22. Bien que la condamnation de l’apartheid ressorte également du communiqué conjoint Nigeria-RFA, elle concerne précisément le « système politique » et Schmidt insiste sur la dépendance entre l’économie allemande et l’Afrique du Sud pour refuser une condamnation plus ferme. A son tour, le gouvernement nigérian considère les liens de son pays avec les entreprises allemandes et préfère qualifier la rencontre de succès plutôt que de risquer leur retrait. Cf. : Durotoye, op. cit., pp. 149-151.