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Récit national et imaginaires identitaires au double prisme du « bilinguisme » et de la « migration »

Une autre lecture des dynamiques de cohabitation dans deux petites communes suisses

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Josianne Veillette

Renversant les perspectives d’analyses habituelles sur le bilinguisme et la migration, souvent dissociées, l’auteure de cet ouvrage propose une lecture des rapports entre groupes germanophones et francophones, en l’articulant avec « l’intégration des étrangers », notamment par la langue, dans deux collectivités. Pour mener à bien son enquête qualitative, elle étudie les modes de cohabitation dans des communes, ni rurales, ni urbaines, mais rurbaines, postulant que leur petite taille engendre des contacts plus fréquents entre les « locaux » mais rendent également les « étrangers » plus visibles, même ceux installés depuis longtemps. Elle compare ces processus dans deux communes « bilingues » du Canton de Fribourg où le rapport minorité / majorité est inversé. Elle tente de voir si ces contacts entre groupes linguistiques majoritaires et minoritaires engendrent des dynamiques relationnelles particulières et si les représentations mutuelles sur l’autre groupe national et sa langue ont un impact – et lequel – sur le rapport non seulement à « l’autre étranger du dedans » mais aussi sur les processus d’insertion sociolangagiers de « l’autre étranger du dehors ». C’est à travers ce double prisme que l’auteure a pu appréhender l’articulation entre récit national et langues, participant à la cohésion sociale et politique, identifier les imaginaires identitaires en circulation, alimentant des tensions entre « autochtones », entre « autochtones » et « étrangers », ces derniers dont les langues sont enfouies, voire absentes, dans ce plurilinguisme officiel.
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Chapitre 6: Identification des références identitaires et des dynamiques relationnelles des acteurs germanophones de la Commune F

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Chapitre 6

Identification des références identitaires et des dynamiques relationnelles des acteurs germanophones de la Commune F

6.1    Des Suisses unis par le Sonderfall, la démocratie et le plurilinguisme

La comparaison avec d’autres entités nationales, voire le bloc homogène formé par le concept « reste du monde », permet en premier lieu d’offrir une image homogène et positive du pays. Puisant dans le stock commun de références, cette fierté est ici liée à l’idée de « l’exception Suisse » (ou le Sonderfall), caractéristique mythique supposée décrire la Suisse et expliquer son originalité. Bien que ce positionnement « inter-national » permette dans un premier temps de désigner symboliquement le pays (les frontières géographiques nationales étant implicitement invoquées), il fait référence dans un deuxième temps à l’univers symbolique justifiant le rassemblement des différents groupes linguistiques à l’intérieur des frontières du pays, groupes linguistiques qui, par ailleurs, ont chacun une « origine » différente mais partagent le même sentiment d’indépendance. Plus précisément, les commentaires de ces germanophones trouvent leur origine dans le grand récit fondateur suisse, l’idée étant que la Suisse est un collectif historique réunissant des groupes d’individus linguistiquement différents, qui partagent un passé commun construit autour de la volonté d’indépendance, situant ainsi tous les événements collectifs dans une unité cohérente, soit la « défense » de la Suisse face aux grands pays...

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