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De l’Informe, du Difforme, du Conforme au théâtre

Sur la scène européenne, en Italie et en France

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Edited By Yannick Butel

En 2005, dans le tumulte du festival d’Avignon, croisant des créations malmenées par la presse et une partie des spectateurs, l’informe, le difforme et le conforme s’imposaient comme des ouvertures propres à répondre aux interrogations comme aux jugements des détracteurs du festival et de ses artistes (notamment Anatoli Vassiliev, Jan Fabre et Pascal Rambert, entre autres). S’il faut avouer, comme l’écrivit Jean-François Lyotard, que devant l’étrangeté de ces productions nous étions face à des « intrigues plastiques moins monnayables, racontables, signifiables », le rejet, la condamnation, le procès étaient-ils de mise ?
L’idée de parler de ces réactions vives, d’y consacrer un colloque et un temps de réflexion, s’est alors imposée. L’intention de revenir sur une pratique théâtrale qui rompt avec l’horizon d’attente du spectateur d’un « art bonasse » (comme l’écrit Alain Badiou) devait nous conduire à ce recueil de commentaires. Les chercheurs qui ont contribué à ce nouvel essai tentent d’analyser, de livrer des clés, de donner à réfléchir sur la réception de formes poétiques et esthétiques qui hantent la scène.

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Erica Magris De l’exhibition du difforme à un étatde difformité permanente 81

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De l’exhibition du difforme à un état de difformité permanente Les scènes italiennes entre la fin des années 90 et le début du nouveau millénaire Erica MAGRIS En 1997, la Socìetas Raffaello Sanzio monte Giulio Cesare1, un spec- tacle inspiré de Jules César de Shakespeare, relu par le biais des histo- riens et des intellectuels latins. Romeo Castellucci, qui signe la mise en scène, y développe une réflexion sur la parole et sur son pouvoir, qu’il s’acharne à décomposer en montrant ses limites, ses apories, ses leurres. Sur la scène, ce travail de décortication et de mise en crise radicale du langage est déployé par plusieurs niveaux du difforme. Comme dans d’autres créations de la Socìetas, il s’agit d’abord de déformation du corps: le plateau montre impitoyablement des corps souffrants, qui, dans ce cas spécifique, tiennent leur difformité à leur condition d’excès, de trop ou de trop peu. Cicéron est un obèse, dont la tête est couverte par un masque de caoutchouc: un homme sans visage, emprisonné par son propre corps, qui devient ainsi une mon- tagne de chair immobile. Brutus et Cassius au contraire, sont interpré- tés par deux jeunes femmes anorexiques: subtiles et fragiles, elles sont 1 Giulo Cesare de Romeo Castellucci d’après William Shakespeare et autres auteurs; diction Chiara Guidi; direction du jeu Claudia Castellucci; avec Cristiana Bertini, Maurizio Carrà, Dalmazio Masini, Giancarlo Paludi, Fabio Saijz,...

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