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Le portrait individuel

Réflexions autour d’une forme de représentation XIII e -XV e siècles

Edited By Dominic Olariu

Les portraits de la fin du Moyen Âge diffèrent aussi bien des réalisations antérieures que de celles de la Renaissance. À la fois inscrits dans la tradition religieuse et reflétant une nouvelle vision du monde plus profane, ils se présentent comme des représentations novatrices de l’homme préfigurant les périodes ultérieures.
Par-delà les expressions (dévotion, réalisme, art de cour) qui évoquent habituellement ces portraits les actes du colloque réunissant les contributions de spécialistes internationaux en une approche moins convenue montrent comment le portrait fut au cœur de la pensée et de la production d’une époque charnière.

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235 PAUL WERNER KATHERINA L'APRICAINE OU LES RUSES DU DESSINS

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235 pauL WeRneR KatheRina L’afRicaine Ou LeS RuSeS Du DeSSin I. Je voudrais commencer par un conte, peut-être plus proche de Rabelais que de Rousseau. Celui-ci concerne le Farceur, personnage mythique de nombreuses tribus amérindiennes. Dans la version winnebago, le Farceur a tué des canards et avant de s’endormir il recommande à son trou-du-cul de veiller sur la proie. Malheureusement Trou-du-cul est mal doté pour ça, et une bande de renards décide bientôt que ses pets sont inoffensifs : beau- coup de bruit pour rien. Le Farceur se réveille et commence à crier : « Trou- duc ! Je t’avais pourtant dit de veiller sur mes canards !... »1 L’anthropologue Mary Douglas, qui cite ce conte, y voit un symptôme universel de l’individuation progressive : le Farceur, au premier abord, est à la fois male et femelle, animal et humain ; il/elle/ça doit progressivement séparer puis réconcilier sa sexualité, ses membres, ses fonctions corpo- relles. Pour Douglas c’est la différence entre les sauvages et les civilisés : les sauvages n’ont pas, comme nous autres, de dispositions à concevoir l’indi- vidu comme une essence inaltérable, a fortiori la possibilité de représenter cette essence. « The depiction of an individual in his own character » leur est impossible.2 Pour nous, au contraire, l’existence d’une individualité va de soi, d’où la tentation de mesurer les autres (comme le fait Douglas) à cette barre. C’est pourquoi les hommes et les femmes du Moyen Âge européen nous remercient sûrement du fond de leur purgatoire de...

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