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Etre russe, écrire à l’étranger

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Edited By Anna Louyest and Graham Roberts

Quel que soit son pays d’adoption, l’écrivain « russe de l’étranger » constitue un concept unique dans l’histoire de la littérature « russe ». Toutefois, on observe un changement considérable dans la nature de ce phénomène au cours de ces deux derniers siècles : si les premières générations s’inspiraient avant tout de la vie russe et s’adressaient au public de Russie, l’exode forcé des Russes blancs en Europe après la révolution d’Octobre 1917 fait apparaître un type d’écrivain qui s’adresse cette fois-ci au cercle plus restreint de la communauté russophone à l’étranger, sans nourrir l’espoir de voir ses œuvres publiées en URSS. Quoi qu’il en soit, la situation particulière de l’écrivain russe à l’étranger fait surgir de nombreux questionnements dans les domaines de l’histoire de la littérature, de la traduction, de la narratologie, et de la philosophie, entre autres. Ces questionnements étaient au cœur de la Journée d’Etudes intitulée « Etre russe, écrire à l’étranger », organisée le 27 mai 2011 par le CRPM (EA 4418) à l’Université Paris Ouest Nanterre La Défense. Cet ouvrage contient non seulement une sélection des communications présentées lors de cette journée, mais aussi des entretiens avec des écrivains russes résidant à l’étranger. Ces derniers parlent sans ambages des répercussions de leur écriture tant sur eux-mêmes que sur le public avec lequel ils interagissent.

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PARTIE I: ANNÉES 1900-1950

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Partie I Années 1900-1950 Dreyfus et le Petchenègue FRANÇOISE DARNAL-LESNÉ, Docteur en Etudes Slaves, Université Paris IV-Sorbonne En 1897, Anton Pavlovitch Tchekhov est à Nice où il passe l’hiver pour raisons de santé. Il loge à La Pension Russe où il savoure des plats russes, entouré de Russes venus soigner leur phtisie, il reçoit la visite d’amis exclusivement russes qui créent un semblant de patrie hors les murs. Il s’enchante devant la magnificence du paysage, la splendeur de la flore, la richesse des vitrines de magasins, la beauté de la ville, les habitudes nonchalantes et sereines des autochtones et s’abîme dans la lecture des journaux français relatant à longueur de colonnes l’Affaire Dreyfus. Alors qu’il semble «se dissoudre» parfai- tement dans cette ville d’après ses dires «faite pour lire, en aucun cas pour écrire», il se plonge dans l’écriture de Retour au pays natal1 et Le Petchenègue2, deux textes qui ont pour toile de fond la Russie pro- fonde et donnent l’impression qu’à Nice, Tchekhov est en Russie. «Etre russe et écrire en France», thème du présent colloque, a-t-il alors une influence sur son écriture? En d’autres termes, le fait de se trouver sur la Riviera au moment de l’Affaire Dreyfus donne-t-il à l’écrivain une nouvelle perception du monde présente dans ces deux récits et que l’on devine déjà refrain lancinant, non dans une imitation du fameux «J’accuse»3 de Zola, mais en un credo dont il a...

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