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Etre russe, écrire à l’étranger

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Anna Louyest and Graham Roberts

Quel que soit son pays d’adoption, l’écrivain « russe de l’étranger » constitue un concept unique dans l’histoire de la littérature « russe ». Toutefois, on observe un changement considérable dans la nature de ce phénomène au cours de ces deux derniers siècles : si les premières générations s’inspiraient avant tout de la vie russe et s’adressaient au public de Russie, l’exode forcé des Russes blancs en Europe après la révolution d’Octobre 1917 fait apparaître un type d’écrivain qui s’adresse cette fois-ci au cercle plus restreint de la communauté russophone à l’étranger, sans nourrir l’espoir de voir ses œuvres publiées en URSS. Quoi qu’il en soit, la situation particulière de l’écrivain russe à l’étranger fait surgir de nombreux questionnements dans les domaines de l’histoire de la littérature, de la traduction, de la narratologie, et de la philosophie, entre autres. Ces questionnements étaient au cœur de la Journée d’Etudes intitulée « Etre russe, écrire à l’étranger », organisée le 27 mai 2011 par le CRPM (EA 4418) à l’Université Paris Ouest Nanterre La Défense. Cet ouvrage contient non seulement une sélection des communications présentées lors de cette journée, mais aussi des entretiens avec des écrivains russes résidant à l’étranger. Ces derniers parlent sans ambages des répercussions de leur écriture tant sur eux-mêmes que sur le public avec lequel ils interagissent.

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PARTIE II: LITTÉRATURE CONTEMPORAINE

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Partie II Littérature contemporaine «Le cheveu de Vénus» de Mikhaïl Chichkine: un regard de l’étranger sur l’histoire russe Tatiana SOKOLNIKOVA Le roman de Mikhaïl Chichkine, Le cheveu de Vénus (ȼɟɧɟɪɢɧ ɜɨɥɨɫ1) a été publié en 2005 et a reçu le prix «Le bestseller national» la même année. Cette remise de prix à Chichkine qui avait déjà reçu le prix du Booker russe pour La prise d’Ismaïl («ȼɡɹɬɢɟ ɂɡɦɚɢɥɚ») a suscité une polémique chez certains critiques: non seulement sa prose réputée complexe («ɢɧɬɟɥɥɟɤɬɭɚɥɶɧɚɹ ɩɪɨɡɚ») ne correspondait pas à l’idée répandue sur ce qu’est un bestseller (meilleure vente), mais surtout ce prix qui contient dans sa nomination même l’adjectif «na- tional» a été attribué à un auteur qui habite à l’étranger et ne fait pas partie du mainstream littéraire russe. Maïa Koutcherskaïa, dans son article publié dans la revue Kriticheskaïa massa2 résume très bien les reproches adressés par les critiques de tous genres à Mikhaïl Chich- kine dont le plus «grave» est de «jouir des horreurs russes tout en se trouvant en Suisse bien nourri» (ce commentaire appartient à Nikita Eliseïev). Chichkine est donc bel et bien perçu comme un émigré russe, un auteur qui vit à l’étranger. Pour sa part, l’écrivain ne cesse de souligner qu’il n’a pas émigré pour des raisons politiques quel- conques, il est parti vivre en Suisse pour des raisons familiales (son ex-femme est une slaviste suisse et...

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