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«Quand les vers sont bien composés»

Variation et finesse, l’art des «Contes et nouvelles en vers« de La Fontaine

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Jole Morgante

Pourquoi La Fontaine a-t-il refusé de renoncer aux Contes ainsi qu’on le lui imposait ? Leur composition explique le changement de fortune et l’entêtement du poète à détourner les obstacles. Mais pour en saisir la valeur et la cohérence il fallait comprendre aussi quel est le sens à donner aux deux termes employés : conte et nouvelle.
La recherche menée dans cet ouvrage s’étend aussi à d’autres œuvres de La Fontaine et à la tradition du récit plaisant, tout en prenant en compte la question philosophique des passions. Car par le tissage de ces discours, les variations formelles des Contes assurent la subtile compénétration des niveaux expressif et cognitif et diffractent leurs propositions dans un miroitement amusant et parfois même déroutant. Leur analyse permet alors de mieux percevoir les jeux d’allusion ainsi que le geste final du poète insérant des contes dans le dernier livre des Fables (1694). Au-delà de l’adéquation aux changements extérieurs, cette insertion soude les ressources des genres narratifs brefs longuement pratiqués : conte, nouvelle et fable. Distincts mais issus d’une même matrice, ils sont le moyen par lequel La Fontaine atteint la plus grande cohérence esthétique et éthique.

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QUATRIÈME PARTIE - INTERDISCURSIVITÉ ET FINALITÉ COMMUNICATIVE

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QUATRIÈME PARTIE INTERDISCURSIVITÉ ET FINALITÉ COMMUNICATIVE Interdiscursivité: agencement et détournement sémantique On peut signaler au moins trois niveaux de réorganisation expressive sous-tendus à la réécriture poétique des Contes et Nouvelles en vers et faisant dépasser à ces textes leur wnalité originaire. Premièrement, ainsi que le dit l’auteur lui-même, le renouvellement se fait par une sorte de nécessité intrinsèque au genre qui fait que tout conteur ne peut se priver du plaisir de la manipulation narrative. Venons à la liberté que l’auteur se donne de tailler dans le bien d’autrui, ainsi que dans le sien propre, sans qu’il en excepte les nouvelles mêmes les plus connues, ne s’en trouvant point d’inviolables pour lui. Il retranche; il ampliwe; il change les in- cidents et les circonstances, quelquefois le principal événement et la suite: enwn ce n’est plus la même chose; c’est proprement une nouvelle nouvelle; et celui qui l’a inventé aurait bien de la peine à reconnaître son propre ouvrage […] Jamais ce qu’on appelle un bon conte ne passe d’une main à l’autre sans recevoir quelque nouvel embellissement. (Préface, II, pp.604-605) Si donc, à un premier niveau, La Fontaine se plaît à se donner comme un épigone se bornant à trier et à renouveler le fonds traditionnel, c’est en effet par des mécanismes de déplacements plus profonds et par une dou- ble technique de construction que se réalise la réorganisation de la wnalité communicative des récits proposés, plus...

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