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Population en danger !

La lutte contre les fléaux sociaux sous la Troisième République

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Virginie De Luca Barrusse

Qu’y a-t-il de commun entre l’alcoolisme, les maladies vénériennes, la tuberculose? A priori peu de choses, en dehors de leur étiquette commune de « fléau social ». Mais, si chacun présente des spécificités propres, force est de contacter la convergence des dangers qu’ils présentent. Ces fléaux sociaux menacent la population. Ils sont la cause d’un surcroît de mortalité dans une France qui se singularise déjà par de hauts niveaux comparativement à ses voisins. Mais ils compromettent aussi « la qualité » de la population en vertu de l’idée selon laquelle ils se transmettent de génération en génération. Aussi, face à un tel danger, les fléaux sociaux font-ils l’objet d’une intense mobilisation qui conduira à la mise en place d’une véritable politique de population que l’expression « hygiène sociale » subsume. Un ensemble de mesures est portée par des associations réunies au sein d’institutions qui lui sont dédiées et ce, en dépit de concurrences fortes entre elles. Leur objectif : protéger voire encourager le renouvellement démographique.
Le livre s’intéresse à l’intense mobilisation qu’ont suscité ces fléaux sociaux et aux actions – le plus souvent convergentes qu’ils ont menés sous le label d’« hygiène sociale ». La lutte contre les fléaux est passée en particulier par l’éducation des populations. L’analyse de ses contenus, si elle témoigne des balbutiements de l’éducation à la santé dévoile aussi les représentations de ce que doit être la démographie française et de ce qui la menace.

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Conclusion générale 295

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Conclusion générale Les espaces sociaux créés autour des fléaux ont assuré le succès social, culturel et politique de la pensée démographique. Porteuse de savoirs, de représentations, d’idées, de valeurs, de normes et d’intérêts, elle offre un point de vue sur le monde social qu’elle prétend décrypter. Alain Corbin évoquait l’« anxiété biologique »1 à propos de la lutte antisyphilitique. On peut évoquer à notre tour l’anxiété reproductive de la pensée démo- graphique des années 1880 aux années 1930. La pensée démographique est une vision du monde qui construit une représentation de la population comme une succession de générations. Cette pensée démographique n’est pas partagée exclusivement par une communauté scientifique clai- rement délimitée ; bien au contraire, elle est diffuse. Aussi la ligne de fracture entre une communauté scientifique de démographes et la société civile dans son ensemble n’est pas nette. Ce processus d’élaboration d’un consensus autour de ce qui conduit au renouvellement de la popula- tion est le résultat d’un contexte social, politique et intellectuel qui met la famille au cœur de la société. A partir du seul mouvement eugéniste, Pierre André Tagueiff montre que le modèle de la famille, de la lignée, de la descendance est dominant et qu’il est traduit en représentation de la généalogie, de la filiation et de...

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