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Parcours transnationaux de la démocratie

Transition, consolidation, déstabilisation

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Renée Fregosi

Les formes nouvelles de mondialisation à l’œuvre depuis une trentaine d’années ont accéléré la diffusion internationale de concepts et de visions du monde, de projets de société et de paradigmes de développement. Elles ont également favorisé la concomitance de changements de référentiels et la reproduction de processus politiques dans des situations locales diverses. De l’Europe méridionale à l’Afrique et l’Asie en passant par l’Amérique latine et l’Europe de l’Est, les transitions à la démocratie des années 1970-1990 ont ainsi ouvert de nouveaux chantiers intellectuels. La science politique, invitée à réactiver ses théories de la démocratie, a considérablement élargi le champ du comparatisme interrégional en proposant de nouveaux universaux.
Les élections justes et libres d’une part, la justice transitionnelle d’autre part, ont constitué les fondements à plus ou moins court terme des démocraties restaurées, légitimant les nouveaux régimes nés sur les décombres de l’autoritarisme et ouvrant la voie à la consolidation démocratique. Toutefois, les exigences de la « bonne gouvernance » ont rapidement standardisé ces pratiques en leur conférant de nouvelles significations politiques, parfois très éloignées de leurs objectifs originels. C’est dans ce contexte que le populisme est (re)devenu une figure importante du jeu politique contemporain pour s’imposer, durant les années 2000, comme une forme d’exercice du pouvoir dominante dans le monde. On observe alors une série de glissements ou de renversements parfois inattendus entre démocratie et autoritarisme, tant dans l’ordre des discours que dans celui des pratiques, qui témoignent de la perpétuelle imbrication de modes de gouvernement souvent pensés comme antinomiques et de la polymorphie démocratique au seuil du XX e siècle.

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CHAPITRE 3. Dictature et démocratie : ambivalences et paradoxes croisés 75

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75 CHAPITRE 3 Dictature et démocratie : ambivalences et paradoxes croisés Comme le signale Giovanni Sartori, « en général, les définitions a contrario sont les plus simples »1. Pour cerner ce qu’est la démocratie, il évoque donc « ce que la démocratie n’est pas »2, à savoir l’autocratie. S’attaquant à l’autre face de la question, Juan Linz procède de la même façon en se référant explicitement à Sartori : il considère la démocratie comme l’opposé de l’autoritarisme, du totalitarisme, du sultanisme et du césarisme ou de toute autre forme de régime apparaissant comme « des systèmes non démocratiques »3. C’est donc toujours conjointement que l’on définit la démocratie et son contraire ; et l’élection libre apparaît alors comme un point de clivage assez incontestable : tyrannie, despo- tisme, absolutisme, système aristocratique, autocratie et dictature sont antithétiques avec le concept d’élection libre. Dans son opposition à l’autocratie, la démocratie se présente d’abord comme un régime politique ou un mode de gouvernement des sociétés sollicitant le concours de tous. Historiquement, la démocratie politique s’est instaurée à Athènes avec une certaine pratique de l’élection : certes restreinte à un corps électoral d’hommes libres, adultes et athéniens, l’élection, à travers des procédures de tirage au sort ou de votes indivi- duels – contrairement aux pratiques de la République romaine...

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