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L’égarement comme signe d’une communauté

La Génération Perdue d’Aragon, Dos Passos, Fitzgerald et Hemingway

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Amaury Dehoux

Dans le monde de l’après-guerre, Aragon, Dos Passos, Fitzgerald et Hemingway participent d’un mal-être commun : l’égarement d’une jeune génération, privée de tout repère au sortir du premier conflit mondial. Mais, contrairement à nombre de leurs contemporains, ces quatre auteurs, loin de seulement subir un tel malaise, décident d’en faire un objet et un moteur de leur écriture. Ce geste donnera lieu à la publication de Trois Soldats pour Dos Passos, de Gatsby le Magnifique pour Fitzgerald, du Soleil se lève aussi pour Hemingway, et, plus tardivement, d’ Aurélien pour Aragon. Quatre romans qui accordent une place centrale au personnage de l’ancien combattant, en tant que figuration par excellence du désœuvrement et du déracinement. Quatre romans qui dessinent la constance et la prégnance d’une même expérience. Interroger les formes littéraires et humaines de l’égarement et saisir par là une communauté internationale d’écrivains, ce sont les deux grands défis que relève le présent ouvrage, lequel repart des théories disponibles sur la Génération Perdue, pour redéfinir, sur la base de leurs limites, une telle Génération, en y incluant pour la première fois la référence française, à travers Aragon et, plus brièvement, Henri Thomas.

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PROLÉGOMÈNESLa Génération Perdue, essai de définition

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27 PROLÉGOMÈNES La Génération Perdue, essai de définition La Génération Perdue est comprise comme étant celle des écrivains nord-américains qui ont assisté, participé à la Grande Guerre en Europe, ou qui, bien que n’ayant pas été envoyés au front, ont saisi les effets du conflit sur le monde américain1. Plus précisément, parce qu’il est ques- tion d’une génération, il faut entendre une spécification temporelle particulière qui ne prend en compte que les auteurs nés à la fin du XIXe siècle et au début du XXe siècle. Tous ces écrivains avaient ainsi aux environs de vingt ans au moment de la guerre. Loin d’être anodin, ce constat indique que le conflit est survenu dans les dernières années de formation de ces écrivains. Dès lors, la guerre, puis l’exil en Europe, ont constitué le prolongement de leur éducation. Toutefois, alors que, traditionnellement, l’éducation doit aboutir à la diffusion de modèles communs de comportement à partir desquels chacun affirme son indivi- dualité, l’expérience du front et de l’exil se vit au contraire sur un mode singulier et ne permet dès lors pas de rejoindre la certitude de modèles comportementaux partagés. En ce sens, l’éducation consiste en une non- éducation et le défaut de formation devient un trait caractéristique de cette génération. Il n’existe pas chez les différents écrivains dits de la...

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