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Confiance réflexive et institutionnalisme

Des théories libérales du choix rationnel à la gouvernance du fait social monétaire

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Benjamin Six

Les sorties de crise économique se font sans réelle remise en question de l’efficacité du système néo-libéral. Ce dernier bénéficie en effet d’une puissante « confiance du marché », dont l’aspect routinier opère une incapacité institutionnelle de redéfinition démocratique de son programme. Mais la confiance, loin de n’être qu’un instrument de coordination et de stabilisation monétaire, est avant tout la preuve de l’indéfectibilité du lien social et de la primauté de son enjeu non économique. C’est toute la tension entre capitalisation et socialisation qui se donne à voir à travers l’étude de ce phénomène.
Cet ouvrage d’épistémologie politique présente une lecture critique, au travers du prisme de la confiance, du mouvement expansionniste de l’économie politique contemporaine, ainsi que des visions réductrices de l’acteur social et de son rapport aux institutions qu’elle véhicule. Par le biais d’une analyse du paradigme du « capital social », l’auteur décrit, en un premier temps, la façon dont est conçu le geste confiant par les théories de l’action collective établies sur les fondements individualistes du choix rationnel. En mobilisant des réflexions issues de la phénoménologie sociale, du mouvement anti-utilitariste et de l’économie des conventions, le second temps traite du potentiel réflexif offert par le dépassement d’une telle perspective institutionnaliste.

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Introduction

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En octobre 1996, Pierre Bourdieu donne une conférence à Fribourg durant laquelle il présente une petite analyse herméneutique d’une inter- view du président de la Bundesbank de l’époque, Hans Tietmeyer, per- sonnage hautement impliqué dans le passage à la monnaie européenne. La phrase clef de l’entretien journalistique de Tietmeyer, à partir de laquelle Bourdieu s’attelle à faire ressortir le sens du discours et les sous-entendus idéologiques, est la suivante : L’enjeu aujourd’hui, c’est de créer les conditions favorables à une crois- sance durable et à la confiance des investisseurs. Il faut donc contrôler les budgets publics, baisser le niveau des taxes et impôts jusqu’à leur donner un niveau supportable à long terme, réformer le système de protection sociale, démanteler les rigidités sur le marché du travail, de sorte qu’une nouvelle phase de croissance ne sera atteinte à nouveau que si nous faisons un effort de flexibilité sur le marché du travail1. La raison pour laquelle ce discours attira l’attention de Bourdieu est claire : il constitue un exemple archétypal de la pensée néo-libérale, et présente de façon limpide les principes politiques sous-jacents à sa for- mulation. Il s’agit en fait pour ces derniers d’évacuer le registre socio- politique de la sphère économique afin de laisser libre cours aux « forces vives » d’un marché autorégulé et à la rencontre des intérêts individuels. Mais dans ce mouvement, c’est toute capacité de saisir la question du collectif en tant que tel...

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