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Ville infectée, ville déshumanisée

Reconstructions littéraires françaises et francophones des espaces sociopolitiques, historiques et scientifiques de l’extrême contemporain

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Edited By Sylvie Freyermuth, Jean-François Bonnot and Timo Obergöker

Le programme de recherche Reconstructions littéraires françaises et francophones des espaces sociopolitiques, historiques et scientifiques de l’extrême contemporain a réuni des chercheurs européens dont les travaux, présentés ici, sont entrés en dialogue au sujet de la catégorie de l’espace, en étroite relation avec la géographie, l’histoire, les sciences sociales et politiques, et enfin les sciences cognitives et la cybernétique.
L’espace est soumis aux tensions des difficiles premières années du XXI e siècle (guerres, peurs et fantasmes « terroristes », etc.), de surcroît marquées par une crise économico-financière sans précédent depuis 1929, de telle sorte que les groupes sociaux et les individus s’inscrivent dans des situations très nouvelles dans lesquelles se trouvent réactivés soupçons et défiances à l’égard des institutions politiques et de leurs administrations. Aucun domaine n’est épargné, qu’il s’agisse de l’éducation, de la recherche scientifique ou des activités de diffusion de l’information.
Ce volume explore et analyse la création, essentiellement romanesque, de l’extrême contemporain, où l’espace s’impose avec force, comme en témoigne le rôle rempli par les lieux archétypiques de la « surmodernité » – prisons, usines, périphéries urbaines, voire centrales nucléaires, ensemble de lieux « sans qualités apparentes ». C’est parce que la littérature est à la fois une caisse de résonance des fantasmes et des terreurs et une conscience critique, que ces contributions veulent rendre compte de ce rapport avec l’espace, dont l’humain a lui-même organisé la planétarisation et – paradoxalement – la déshumanisation.
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Les non-lieux littéraires comme lieux rhétoriques.Quelques remarques sur l’imaginaire spatial de la littérature française contemporaine

(Espèces d’)espaces littéraires

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Les non-lieux littéraires comme lieux rhétoriques

Quelques remarques sur l’imaginaire spatial de la littérature française contemporaine

Christelle REGGIANI

Université Charles de Gaulle-Lille III

À prendre une vue cavalière de l’histoire de la littérature française au cours des deux derniers siècles écoulés, il semble qu’à l’écriture du temps – temps du sujet, temps de l’Histoire – qui définit manifestement, jusqu’à Proust, l’art et la fin du roman (« Un roman a le temps », disait Thibaudet1), se substitue, dans la seconde moitié du XXe siècle, le primat de l’espace. Prenant volontiers la forme d’une suspension temporelle explicite – ainsi dans La Vie mode d’emploi de Georges Perec (1978) – cette émergence a d’ailleurs une signification historique, dans la mesure où la mise entre parenthèses de l’écoulement du temps constitue, en elle-même, un certain type de rapport à l’histoire. S’agissant de la littérature française contemporaine, l’imaginaire spatial qui la caractérise massivement procède à l’évidence – même si c’est de façon plus ou moins directe – de l’événement singulier de la Shoah, l’expérience radicale des camps conduisant in fine, à partir de la mémoire de ce comble de l’inhabitable, à reposer, dans sa simplicité, la question de l’être ensemble : comment habiter le monde ?

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