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La Grande Guerre en musique

Vie et création musicales en France pendant la Première Guerre mondiale

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Edited By Florence Doé de Maindreville and Stéphan Etcharry

Qu’elle permette d’oublier les horreurs vécues, de donner du courage aux soldats et à leur famille, de souder une nation face à l’ennemi, d’accompagner la mémoire des disparus et de réconforter les survivants, la musique a occupé une place importante durant la Grande Guerre. Inscrit dans une dynamique de recherche scientifique, ce livre propose des enquêtes originales sur la vie musicale au front et à l’arrière. Centré sur la création artistique, il apporte des éclairages inédits, notamment sur la façon dont les compositeurs et les interprètes ont vécu leur art dans un moment aussi critique de l’histoire, et soulève de nombreuses questions : quelles sont les motivations des musiciens à poursuivre leur activité dans un contexte aussi dramatique ? La musique est-elle vécue comme engagement offensif ou comme échappatoire ? Comment les musiciens sont-ils perçus au front par les autres soldats ? Comment les compositeurs, à l’avant comme à l’arrière, se positionnent-ils face à la création ? Voici quelques-unes des questions qui traversent ce livre, lequel, au fil des chapitres consacrés tour à tour à des acteurs plus ou moins célèbres du monde artistique, à des œuvres, au problème de l’édition ou encore à la vie culturelle à Paris et en province, trame un panorama musical de cette France en guerre.
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Annette Becker

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Paris-Ouest Nanterre / Institut universitaire de France

« La musique de guerre ne se fait pas en temps de guerre. À proprement parler, il n’y a pas de musique de guerre1 ». Quand il écrit en 1916 au critique Émile Vuillermoz, le très patriote Claude Debussy se veut catégorique : non seulement, on ne compose rien d’intéressant en temps de guerre, mais une vie musicale digne de ce nom a totalement disparu : « Vous pensez bien que musicalement, Paris n’existe plus… si ce n’est de la musique de guerre, hélas ! qui ne vaut pas grand-chose2. » Minna Beckmann-Tube semble répondre comme en écho depuis l’Allemagne : « C’était une époque terrible. Il n’y avait plus de véritables concerts, uniquement des représentations de bienfaisance ; chaque fois que j’allais chanter je recevais la nouvelle d’une mort particulièrement douloureuse3. »

Face à la guerre, la musique ne saurait donc se réduire qu’à un accompagnement du deuil ? À son ami Louis-Pasteur Vallery-Radot qui, médecin militaire, le presse de traduire musicalement « l’étrange beauté des nuits sur le front4 », Debussy précise sa pensée : aucun art – et plus encore la musique – ne rend possible la restitution de la guerre :

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