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De la guerre à l’union de l’Europe

Itinéraires luxembourgeois

Mauve Carbonell

Au Luxembourg, la génération adulte dans les années 1940 porte en elle la fracture de la guerre, de l’occupation-annexion et de ses lourdes conséquences. Arrivant au pouvoir après 1945, les hommes du « renouveau » sont animés d’une vision du monde transformée, ouverte sur l’international, fondée sur le droit et la justice, rejetant les extrêmes du passé.
Dans cette étude, la mise en perspective biographique prend appui sur la reconstitution des parcours de responsables communautaires des années 1950 à 1970, à la Haute Autorité de la CECA, à la Commission de la CEE ou à la Cour de justice européenne. Il s’agit de Jean Fohrmann, Albert Wehrer, Michel Rasquin, Lambert Schaus, Victor Bodson, Albert Borschette, Charles-Léon Hammes et Pierre Pescatore. L’analyse est centrée sur la Seconde Guerre mondiale – cet « événement inaugural » – sur la perception que ces hommes en ont, sur le rôle qu’elle a joué dans leurs idées, leur carrière, leur implication dans le projet européen mais également dans leur évolution personnelle, spirituelle ou encore littéraire.
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Chapitre 5: Une vision du monde transformée

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Chapitre 5

Une vision du monde transformée

Après cinq années d’une guerre mondiale féroce, au cours de laquelle les violences, exactions et crimes ont atteint un paroxysme inenvisageable auparavant, le monde a changé. La vision du monde des élites (et des peuples) a changé. Et dans ce monde bipolaire naissant, partagé entre deux puissances et face au déclin de l’Europe détruite, le chemin est cahoteux entre idées nouvelles, volonté d’engagement (et de changement) d’une part et la permanence des croyances et des convictions d’autre part. Les hommes changent-ils ? Leur vision du monde est-elle réellement renouvelée ? Ne serait-elle, malgré les apparences, que continuité avec le monde d’avant 1945 ? « L’échelle des valeurs est renversée. Car le monde de demain ne sera plus celui d’hier. […] La Libération n’est pas le retour vers le passé, et elle ne trouve pas sa fin en elle-même, elle n’est que la condition d’une vie nouvelle ».1

5.1  Des idées renouvelées dans un monde en mutation

La guerre est un tournant et la fin de la guerre ouvre de nouvelles perspectives pour toute une génération. L’expérience de la guerre, du totalitarisme, de ses conséquences les plus extrêmes est à l’origine d’un fort rejet de toute forme de dérive du pouvoir chez cette génération arrivant elle-même au pouvoir après 1945. Le « plus jamais ça » est alors sur...

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