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Vers une Europe latine

Acteurs et enjeux des échanges culturels entre la France et l’Italie fasciste

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Catherine Fraixe, Lucia Piccioni and Christophe Poupault

L’intensité des échanges culturels entre la France et l’Italie fasciste a longtemps été occultée par les oppositions idéologiques qui ont mené à la Seconde Guerre mondiale. Cet ouvrage collectif, qui retrace les efforts déployés des deux côtés des Alpes pour encourager entre ces deux « nations sœurs » un rapprochement fondé sur une « latinité » partagée, interroge le rôle donné à la culture dans la construction de cette communauté. Il examine comment, dans un contexte de tensions internationales extrêmes, se créèrent de véritables réseaux, aux multiples ramifications, qui, en multipliant les rencontres, les comités, les revues, les expositions et autres manifestations d’une supposée « culture latine », permirent de dessiner un axe Paris-Rome. S’appuyant sur des recherches récentes, il montre que la littérature, les arts visuels, le cinéma se trouvèrent non seulement au cœur des stratégies d’alliance entre la République française et l’Italie de Mussolini, mais aussi, côté français, au centre d’une propagande qui célébra les vertus d’un régime d’ordre à travers l’exemple italien. L’analyse de ces échanges conduit dès lors à réévaluer à la fois l’action des organisations fascistes italiennes en direction des milieux culturels français et celle que développèrent les partisans français de la latinité à des fins de politique intérieure.
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L’École romaine à la galerie Jacques Bonjean en 1933

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Marie FRÉTIGNY

L’École de Rome est née, paradoxalement, à Paris, sous les auspices du critique d’art français Waldemar-George. L’expression apparaît pour la première fois dans le catalogue de l’Exposition des peintres romains – Corrado Cagli, Emanuele Cavalli, Giuseppe Capogrossi et Ezio Sclavi – qui se tient en décembre 1933 à la galerie parisienne Jacques Bonjean1. En Italie, l’événement est largement cité comme la date de naissance de l’École romaine, ou Scuola romana, dans le cadre d’une histoire des mouvements modernes qui se sont succédé dans la Péninsule. Pourtant, Waldemar-George n’a fait que reprendre, en la traduisant, une formule utilisée par Cagli dans un article, « Anticipi sulla Scuola Romana », paru dans Quadrante en septembre 19332. Les conditions de la tenue de cette exposition comportent en outre des zones d’ombre3. Sa dimension binationale en particulier, qui se perçoit aussi bien chez les acteurs qui participent à son organisation que dans le choix des œuvres présentées, n’a jamais été sérieusement prise en compte.

Moment-clé dans les relations artistiques entre Paris et Rome, cette tentative pour définir un mouvement italien susceptible de concurrencer l’École de Paris et de montrer des directions artistiques neuves à l’Europe entière s’inscrit dans le cadre de la propagande culturelle du régime fasciste à l’étranger. Les acteurs des deux pays engagés dans la préparation de l’exposition n’en travaillent pas moins selon des logiques convergentes : Français et...

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