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Le cosmopolitisme, de la ville au politique

Enquête sur les mobilisations urbaines à Bruxelles

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Louise Carlier

Capitale européenne et ville d’immigration, Bruxelles est souvent qualifiée de cosmopolite. Si ce terme caractérise des dimensions visibles et perceptibles de la ville renvoyant à la pluralité des groupes qui y cohabitent, il est aussi aujourd’hui au cœur de projets culturels ou politiques proposés par différents acteurs de la vie associative bruxelloise. Comment ce « cosmopolitisme » est-il devenu un projet pour Bruxelles ? Comment cette caractéristique de la ville, qui renvoie à des dynamiques la travaillant depuis les années 1960, était auparavant perçue et problématisée publiquement ? Comment, plus largement, saisir sociologiquement le cosmopolitisme d’un point de vue urbain autant que politique ? Prenant appui sur les approches du cosmopolitisme proposées par la pensée sociologique et politique, et plus spécifiquement sur l’œuvre de R.E. Park de l’École de Chicago, cet ouvrage vise à étudier l’endroit où les dimensions urbaines et politiques du cosmopolitisme se rencontrent empiriquement. Il propose une enquête sociologique sur les mobilisations urbaines à Bruxelles des années 1960 à aujourd’hui qui retrace différentes approches du cosmopolitisme, tout en suivant les mouvements d’ouverture – et de fermeture – de la communauté politique.
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2. Les luttes urbaines ou l’hospitalité au regard de deux figures d’étrangers

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À Bruxelles comme dans d’autres villes européennes (Castells, 1972), l’urbanisme moderniste suscite des inquiétudes de plus en plus vives. La fin des années 1960 s’impose comme un moment charnière à Bruxelles, marqué par l’émergence des luttes urbaines. Comme il a été dit, la volonté de l’État de développer le caractère moderniste et international de la capitale, combinée à l’arrivée d’agents immobiliers internationaux à Bruxelles, amène à la démolition et à la reconversion massive de quartiers de la ville en centres d’affaires, selon des principes de concentration et de monofonctionnalité. Dès 1968, dans la mouvance des mouvements d’émancipation qui foisonnent alors, des architectes, des syndicalistes, des militants de la nébuleuse « gauchiste »1 ou issus de mouvements chrétiens, et des habitants vont former des comités de quartiers ici et là dans la ville pour s’engager dans des luttes urbaines contre les projets de modernisation, en ciblant les représentants politiques, qui répondent hors de tout débat public aux sollicitations du privé. Expression du fait qu’« une poussée démocratique et régionaliste se dessine à Bruxelles » (Aron, 1978, p. 74), les luttes urbaines peuvent être considérées comme des formes d’action collective qui problématisent publiquement les processus écologiques au fondement du cosmopolitisme de la ville. Ces luttes prennent progressivement en compte les questions relatives à la présence de figures d’étrangers dans la ville, à leur distribution dans l’espace urbain et à son internationalisation. Se dessine au...

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