L’Organisation de coopération de Shanghai et la construction de la «nouvelle Asie»
Résumé
Ses trente chapitres égrènent le nouveau concert d’Asie, reflétant un souci continental – chinois, kazakh, ouzbèk, russe – et des approches mêlant disciplines et ouvertures : histoire, diplomatie, science politique, conflict studies, etc., avec un point focal : placer la dimension régionale au centre des relations internationales d’après la guerre froide. Les auteurs, universitaires en poste dans les quinze pays affiliés à l’OCS, ‘parlent’ depuis l’Eurasie de l’Ouest (Europe), l’Asie de l’Est (Asean +) et l’Asie du Centre et du Sud.
Nul ne peut dire l’avenir. Surtout pas en sciences sociales. Mais si le XXIe siècle ‘doit être’ régional, comme cela semble bien engagé, alors il sera en grande partie centralasiatique, cumulant le renouveau de la « terre centrale » (H. Mackinder) et le nouveau centrage de « l’économie-monde » (F. Braudel).
Extrait
Table des matières
- Couverture
- Titre
- Copyright
- Sur l’auteur/l’éditeur
- À propos du livre
- Pour référencer cet eBook
- Remerciements
- Sommaire
- Préface. L’Organisation de coopération de Shanghai de la « nouvelle Asie »
- Avant-propos
- Introduction. D’une ambition raisonnée à un projet structurant : Le concept « d’impact » de l’OCS sur la construction régionale de l’Asie
- Premiere partie : analyses essentielles et realistes des quinze pays « affilies » a L’OCS
- I. Role et apports des États-membres de l’OCS : Chine, Kazakhstan, Kirghizstan, Russie, Tadjikistan, Ouzbekistan
- L’Organisation de coopération de Shanghai dans la dynamique de l’histoire
- L’intégration régionale de l’Asie : Influence, limites et perspectives de l’Organisation de coopération de Shanghai
- Maintenir, construire ou renforcer la paix ? L’impact de l’OCS entre héritages multilatéraux et innovations multifonctionnelles après le retrait des forces occidentales d’Afghanistan
- Organisations internationales « contre » organisations régionales en Asie centrale ?
- Sécuriser multilatéralement l’Asie. Le rôle croisé de l’Organisation de coopération de Shanghai et de la Conférence sur les interactions et les mesures de confiance en Asie
- Au-delà de la lutte contre le terrorisme. Le rôle de l’OCS dans la construction de la sécurité régionale
- Les ambitions de l’OCS pour la sécurité régionale dans la restructuration de l’après-guerre froide
- Appréciations et intérêts kirghizs sur et dans l’Organisation de coopération de Shanghai
- Le Tadjikistan : un avant-poste stratégique convoité de l’Organisation de coopération de Shanghai en Asie centrale
- Région, régionalisme et régionalisation. L’impact de l’OCS dans la « mise en relation » des nations et de la région
- La nature juridique de l’Organisation de coopération de Shanghai
- II. Attentes et perspectives des États-observateurs: Mongolie, Inde, Iran, Pakistan, Afghanistan
- Pour une participation active de la Mongolie à l’Organisation de coopération de Shanghai
- Maintenir un statut d’observateur de la Mongolie dans l’Organisation de coopération de Shanghai
- La vision régionale de New Delhi. L’Organisation de coopération de Shanghai et l’évolution de l’ordre multilatéral régional
- L’Iran et l’Organisation de coopération de Shanghai. Capacités, obstacles et perspectives d’avenir
- À la recherche d’un espace où jouer un rôle. Le Pakistan et l’Organisation de coopération de Shanghai
- S’articuler sur le groupement régional le plus approprié. Le Pakistan et l’Organisation de coopération de Shanghai
- L’Afghanistan dans l’Organisation de coopération de Shanghai depuis juin 2012 et « l’asianisation » du pays
- Le rôle de l’Organisation de coopération de Shanghai dans le règlement de la crise d’Afghanistan
- III. Analyses des etats-partenaires de dialogue : Sri Lanka, Bielorussie, Turquie
- Perspectives sri-lankaises sur la construction régionale et regards sur l’Organisation de coopération de Shanghai
- La Biélorussie, l’Organisation de coopération de Shanghai et la coopération économique postsoviétique
- Façonner l’avenir régional de l’Asie. Analyse multidimensionnelle de l’Organisation de coopération de Shanghai comme bâtisseur régional d’une nouvelle Asie
- IV. L’innovation d’un nouvel « invite » : Le Turkmenistan
- Le Turkménistan et l’Organisation de coopération de Shanghai. Des ouvertures nouvelles depuis juin 2012 ?
- Seconde partie : analyses complementaires et syntheses
- L’impact de l’Organisation de coopération de Shanghai. Des bilatéralismes à la multilatéralisation des relations diplomatiques parmi ses pays-membres et ses pays-observateurs
- Les perspectives énergétiques de l’Organisation de coopération de Shanghai. Vers un « club de l’énergie » ?
- Coopérer entre souverains. L’institutionnalisation de « l’esprit de Shanghai » aspects politiques et juridiques
- Dépasser les « perceptions ». La nécessaire coopération entre l’Occident et l’Organisation de coopération de Shanghai
- Conclusion
- De la force d’attraction d’un « trou noir » au statut attractif « d’observateur » de l’Organisation de coopération de Shanghai. : Quelle stabilité en Afghanistan après le retrait des forces occidentales de stabilisation ?
- La déclaration finale du sommet de l’Organisation de coopération de Shanghai de juillet 2015 et le chemin afghan. La place de l’Afghanistan dans l’Asie
- Postface
- Liste des auteurs
- « Enjeux internationaux »
IV. L’INNOVATION D’UN NOUVEL « INVITÉ »
Le Turkménistan et l’Organisation de coopération de Shanghai
Des ouvertures nouvelles depuis juin 2012 ?
Institut d’Études Politiques Université de Bordeaux 3
Le Turkménistan, deuxième plus grand pays de l’Asie centrale après le Kazakhstan, indépendant depuis 1991 suite à l’effondrement de l’Union soviétique, est un producteur de ressources énergétiques.
Héritant de l’époque soviétique, notamment des méthodes de gouvernance, son premier président, Saparmurat Niyazov, a renforcé son pouvoir tout au long des années 1990 pour établir un autoritarisme qui amena le pays à l’isolement politique et diplomatique.
Depuis son décès en décembre 2006, une relative ouverture au monde extérieur semble possible, bien qu’il faille s’interroger sur la réalité et le degré de celle-ci. Dans ce but, la présente contribution traitera d’abord des relations extérieures du Turkménistan sous le prisme de sa neutralité pendant plus de quinze ans après l’indépendance (I), puis des tentatives de rapprochement – et un jour peut-être d’intégration ? – par rapport à l’Organisation de coopération de Shanghai (II), c’est-à-dire, au fond, de la relative ouverture du pays sous la présidence de Gurbanguly Berdymukhammedov, alias Arkadag1 (III), enfin des perspectives et intérêts de la coopération entre le Turkménistan et l’OCS (IV).
I. La « neutralité » du Turkménistan et ses relations avec le monde extérieur
Bien que le pays ait intégré, peu après la déclaration de son indépendance, des organisations internationales, comme l’ONU ou la ← 395 | 396 → Communauté des États indépendants (CEI), on n’a pas observé de sa part une participation active dans ces organisations. Le régime autoritaire installé par Saparmurat Niyazov, le « turkmenbaşy » (littéralement, le « Père des Turkmènes »2) a en effet refermé et enfermé le pays. Le statut de « neutralité perpétuelle » (« baky bytaraplyk »), adopté en 1995, a freiné l’activité du pays envers le travail des organismes économiques, politiques ou autres existant en Asie centrale et dans le monde. Les tentatives de ses voisins centrasiatiques et de la Russie pour son intégration n’ont pas abouti. Le gouvernement turkmène préfère avoir des relations bilatérales plutôt que multilatérales.
Ce choix de la neutralité perpétuelle ne doit rien au hasard. Les premières années d’indépendance avaient en effet montré l’instabilité de la situation politique du Turkménistan et l’ouverture aurait sans doute facilité l’impact d’influences extérieures contraires. D’une part, les problèmes sont apparus dans la démarcation des frontières avec deux pays : l’Ouzbékistan contesta les territoires de Dashoghuz et de Turkmenabat peuplés par les Ouzbèks, tandis que l’Azerbaïdjan revendiqua certaines îles de la mer Caspienne. D’autre part, l’instabilité de l’Afghanistan, déchiré par la guerre civile, hypothéquait lourdement toutes chances de développement économique et social dans la région et représentait une source d’instabilité aux portes mêmes du Turkménistan.
Ce statut de « neutralité » adopté en 1995 fut reconnu par l’ONU en décembre de la même année. Il a limité, depuis, la participation du Turkménistan à toute alliance militaire et à tout conflit armé. Achgabat ne pouvait pas non plus soutenir les sanctions économiques contre les autres pays3, point plutôt favorable pour le pays dans ses relations avec un autre État de la région dont la politique étrangère est singulière : l’Iran.
Au sein de la Communauté des États indépendants, les relations avec ses voisins directs et avec la Russie sont mauvaises. Le Turkménistan ne participe pas aux réunions de cette organisation, ayant adopté une neutralité justifiant à ses yeux une « politique de la chaise vide ». Le pays a fini par refuser même sa collaboration avec cet organisme, en en devenant un simple membre associé à partir de 20054. De surcroit, S. Niyazov durcit l’entrée au Turkménistan des ressortissants des pays-membres de la CEI en établissant une demande de visa obligatoire à leur encontre.
Résumé des informations
- Pages
- 488
- Année de publication
- 2016
- ISBN (Broché)
- 9782875742971
- ISBN (PDF)
- 9783035265705
- ISBN (MOBI)
- 9783035297904
- ISBN (ePUB)
- 9783035297911
- DOI
- 10.3726/978-3-0352-6570-5
- Langue
- français
- Date de parution
- 2015 (Décembre)
- Mots Clés (Keywords)
- OCS Shanghai afghanistan multilatéralisation
- Publié
- Bruxelles, Bern, Berlin, Frankfurt am Main, New York, Oxford, Wien, 2016. 488 p., 2 graph.
- Sécurité des produits
- Peter Lang Group AG