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Censure et autorités publiques

De l’époque moderne à nos jours

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François Cadilhon, Philippe Chassaigne and Éric Suire

L’histoire récente consacre le passage de la censure étatique directe à des formes intériorisées d’autocensure. Le sujet n’en reste pas moins d’actualité, y compris dans les démocraties occidentales où on assiste à des demandes émanant de groupes religieux pour faire interdire disques, journaux, livres, films jugés blessants ou blasphématoires. Les possibilités d’expression offertes par les nouveaux médias suscitent l’affolement des ligues de vertu et un strict verrouillage dans les pays où la liberté de parole reste interdite. L’optique de l’ouvrage déborde cependant du cadre contemporain. Le choix d’une chronologie longue l’inscrit dans une réflexion générale sur l’évolution des sensibilités au sein de « l’espace moral », en privilégiant la question des frontières changeantes, car historiquement construites, de ce qui a été perçu comme dicible ou indicible. Les 23 contributions réunies abordent les modèles de conception et les modalités d’application de la censure à travers ses objets (publications licencieuses, presse, œuvres d’art, lectures de l’histoire, opinions hétérodoxes), les moyens de son exercice, et ses enjeux politiques.
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Introduction

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Philippe CHASSAIGNE

Université Bordeaux Montaigne

L’affaire agita le landernau politico-médiatique français fin 2013: le 3 septembre, les agences AFP et Reuters diffusaient une photographie « peu avantageuse »1 du chef de l’État français, souriant d’un air un peu niais et affichant un léger strabisme, prise lors d’un déplacement à Denain dans le cadre de la rentrée des classes. Devant la vague de réactions moqueuses qu’elle suscitait sur les réseaux sociaux, l’AFP retirait, quelques heures après sa diffusion, cette image de sa banque de données et envoyait une note à ses clients leur demandant de la supprimer également. Elle la remplaçait par d’autres photos du président, flanqué de son ministre de l’Éducation nationale, dans des attitudes beaucoup plus conformes à la gravité que l’on attribue à sa fonction. Bien évidemment, le cliché en question se retrouva repris à l’infini sur le World Wide Web. L’agence expliqua son geste comme résultant « d’un débat interne au service photo, suite aux commentaires que ce cliché a suscités », et non d’une quelconque intervention de l’Élysée : « [i]l y a un gros fantasme sur l’interventionnisme supposé du gouvernement sur les agences de presse. Ce n’est pas du tout le cas. Cette photo n’apportait aucune information supplémentaire par rapport au reste de la série, nous l’avons donc supprimée », expliquait le directeur de l’information de l’AFP, qui ajoutait que ces suppressions de photos déjà mises...

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