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Censure et autorités publiques

De l’époque moderne à nos jours

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François Cadilhon, Philippe Chassaigne and Éric Suire

L’histoire récente consacre le passage de la censure étatique directe à des formes intériorisées d’autocensure. Le sujet n’en reste pas moins d’actualité, y compris dans les démocraties occidentales où on assiste à des demandes émanant de groupes religieux pour faire interdire disques, journaux, livres, films jugés blessants ou blasphématoires. Les possibilités d’expression offertes par les nouveaux médias suscitent l’affolement des ligues de vertu et un strict verrouillage dans les pays où la liberté de parole reste interdite. L’optique de l’ouvrage déborde cependant du cadre contemporain. Le choix d’une chronologie longue l’inscrit dans une réflexion générale sur l’évolution des sensibilités au sein de « l’espace moral », en privilégiant la question des frontières changeantes, car historiquement construites, de ce qui a été perçu comme dicible ou indicible. Les 23 contributions réunies abordent les modèles de conception et les modalités d’application de la censure à travers ses objets (publications licencieuses, presse, œuvres d’art, lectures de l’histoire, opinions hétérodoxes), les moyens de son exercice, et ses enjeux politiques.
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Y a-t-il eu une censure de la presse marocaine de 1995 à 2005 ?

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Boutaïna BENSALEM

Université Bordeaux Montaigne

La presse marocaine a une histoire relativement récente. Elle est apparue vers la fin du XIXe siècle, encouragée par le représentant diplomatique allemand. Il conseilla au sultan Abdelaziz de créer un journal pour défendre les intérêts du royaume contre les critiques constantes des journaux étrangers. Basés à Tanger, ces derniers étaient très virulents à l’égard du gouvernement marocain et servaient de propagande aux ambitions coloniales françaises, voire espagnoles. Le premier journal officiel Lissan al Maghreb sous la direction de deux frères libanais, les Nemour, s’acquitta honorablement de cette tâche. Il dut cependant cesser ses activités, après 84 numéros, par ordre du nouveau sultan, Abdelhafid, pour avoir adopté une ligne critique envers le Makhzen. Lissan al Maghreb avait violemment critiqué les abus du pouvoir et réclamé la souveraineté du peuple en publiant une constitution surprenante dans ses colonnes. À peine née, la presse marocaine eut ainsi une existence éphémère à cause de la censure ! Cette dernière fut de toutes les manières largement pratiquée par les autorités publiques durant le protectorat et après l’indépendance puisque le paysage médiatique marocain évolua toujours sous le contrôle étroit des autorités gouvernementales.

Il fallut attendre les dernières années de r...

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