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Paradoxes du plurilinguisme littéraire 1900

Réflexions théoriques et études de cas

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Edited By Britta Benert

L’ouvrage s’inscrit dans un champ de recherches en pleine expansion depuis le nouveau millénaire, le plurilinguisme littéraire, et qui a pour originalité d’historiciser le propos en explorant une période charnière, la fin du XIX e siècle.
Aucun ouvrage existant n’est vraiment centré sur ce tournant du siècle, moment où la doxa de pureté de la langue et les esprits nationalistes tendent à promouvoir, voire à imposer l’idéal du monolinguisme et où, parallèlement, persiste à travers l’Europe et le monde un nombre important de situations et d’expérimentations diverses à contre-courant du monolinguisme puriste.
Fruit d’un colloque qui s’est tenu dans le cadre du XX e Congrès de l’Association Internationale de Littérature Comparée à l’Université de la Sorbonne, à l’été 2013, les 14 contributeurs du présent volume interrogent cette situation paradoxale à partir de textes littéraires et de leurs auteurs, et contribuent à éclairer les différentes strates du plurilinguisme littéraire 1900 en leur complexe et souvent ambivalent enchevêtrement politique, éthique et esthétique – dont les problématiques ne sont pas sans rappeler les paradoxes du monde actuel dans un contexte où mondialisation et repli identitaire coexistent souvent.
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Le moment biculturel de la littérature française

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Rainier GRUTMAN

Université d’Ottawa

1.Systoles et diastoles

Dans le vocabulaire technique des études littéraires, on désigne l’exploitation du plurilinguisme à des fins esthétiques à l’aide de mots comme Sprachmischung (si l’on est germanophone) ou mistilinguismo (comme disent plutôt les italophones). Ces termes descriptifs n’ont pas d’équivalent en français, où l’on parle de textes « métissés » ou « hybrides », souvent d’ailleurs sans tenir compte des connotations fort péjoratives (et donc difficilement récupérables) que véhicule une terminologie créée dans le cadre de nomenclatures raciales (les deux mots stigmatisant à l’origine des animaux ou des personnes « de sang mêlé »). Par une étrange coïncidence, la critique dite post-coloniale affiche une préférence assez marquée pour ces termes problématiques, alors même que son discours, c’est le moins qu’on puisse dire, ne se résume certainement pas à un plaidoyer pour le purisme (linguistique ou autre)… Coïncidence ou ironie, car le recours aux langues « autres » (c’est-à-dire « des autres », heterōn), du fait qu’il vient rompre l’unité linguistique du texte, a de tout temps été critiqué par les puristes. Les rhéteurs du tardoantico, de Quintilien à Isidore de Séville, employaient déjà le terme peu flatteur de barbarolexis pour baliser et endiguer un phénomène qui ne trouvait guère grâce à leurs yeux.

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