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Le cinéma de Marguerite Duras : l'autre scène du littéraire ?

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Caroline Proulx and Sylvano Santini

Si l’œuvre littéraire de Marguerite Duras jouit d’une renommée incontestable, ses réalisations cinématographiques, elles, représentent une part beaucoup moins commentée de sa création, part qui procède pourtant du même imaginaire de l’écrivaine qui est ici interrogé. Les articles réunis dans ce collectif partent donc tous de l’hypothèse que son cinéma réputé difficile, exigeant, abscons, dérangeant, révèle certains de ses secrets si l’on comprend qu’il agit comme autre scène du littéraire, entendue à la fois comme complément et négatif du texte. Permettant d’explorer un champ n’appartenant ni à la littérature, ni tout à fait au cinéma, il n’est plus question d’affirmer simplement la suprématie du texte sur l’image, de l’écriture sur le film, mais bien de voir comment c’est le principe même de la représentation qui fait l’objet de la démarche esthétique de Duras.
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L’interdit que je me pose, le film

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1

Anne Élaine CLICHE

Université du Québec à Montréal

Un certain interdit frappe l’image cinématographique, chez Duras, la voue à l’arbitraire, à l’indifférence, à la ruine jusqu’au noir. L’image devient, dans ce cinéma, la condition d’émergence d’autre chose : autre chose que le visible. On connait bien ce qu’elle affirmait en 1980 dans les Cahiers du cinéma : « Quand je fais du cinéma, j’écris, j’écris sur l’image2. » Et parlant du tournage du Navire Night, en juillet 1978, elle raconte en ces termes l’événement que fut l’évidence soudain découverte d’un ratage complet : « J’ai écrit pour la presse, à la sortie du film, le récit de cet échec. […] [Dans ce récit, je] vois déjà mais masqué, l’interdit que je me pose, le film » (NN, p. 11).

D’où vient cet interdit d’abord « masqué » par le récit du ratage, puis reconnu, avéré ; d’où vient cet interdit qui oriente la création ? et sur quoi porte-t-il ? Il s’agit apparemment d’un interdit logique qui s’impose dans la nécessité de rejoindre quelque chose qui n’est pas représentable : « L’impossibilité de faire du cinéma, je l’ai toujours, à tous les films, mais là [avec le Navire Night] elle était particulière […]. Parce que je ne pouvais pas représenter les gens qui étaient en cause dans le film […] ce couple-là, il était dans le noir du téléphone, dans le gouffre téléphonique donc : il...

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