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L’héroïne goncourtienne

Entre hystérie et dissidence

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Barbara Giraud

Grace à une approche socio-historique et littéraire, cette étude interdisciplinaire située à l’intersection des champs littéraire et médical, ouvre de nouvelles perspectives sur le discours tenu par la médecine du 19 e siècle à propos de la sexualité féminine, éclairant ainsi d’une lumière nouvelle le travail de deux auteurs majeurs de cette époque, les frères Goncourt. A travers une lecture foucaldienne de l’histoire de la sexualité et notamment de la sexualité féminine en tant que produit de constructions discursives, il a été possible d’étudier la manière dont les Goncourt ont utilisé leurs connaissances médicales pour exprimer, dans leurs romans, leur opinion sur la façon dont la société bourgeoise traite les problèmes d’« anormalité » et de rapport à autrui dans la deuxième moitié du 19 e siècle.
Par l’élaboration symptomatique de l’hystérie et de la névrose qui constitue la vie de leurs personnages féminins, ces auteurs conservateurs et misogynes semblent à première vue adhérer au discours de pouvoir mis en place par la médecine moderne.
Le résultat inattendu de l’étude approfondie de leurs textes met cependant en avant un paradoxe goncourtien non abordé jusqu’à présent : celui d’une fracture dans la représentation du discours médical logée au cœur même de leur écriture artiste, faisant ainsi de ce style l’outil de leur dissidence.

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Chapitre 5 - L’élévation aristocratique 153

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Chapitre 5 L’élévation aristocratique « Le manque d’intrigue ne me suffit plus. Je voudrais que la contexture, la forme fût différente, que ce livre eût le caractère de Mémoires d’une personne, écrit par une autre… le mot ‘roman’ ne nomme plus les livres que nous faisons ».1 1870 est une année charnière pour Edmond de Goncourt, elle marque la fin d’une écriture « duelle » mais c’est aussi la période de l’ « enclenchement » d’un nouveau style, singulier celui-là. Il poursuit cependant la tâche qu’ils s’étaient fixée tous les deux dès 1851 qui était d’étudier les classes sociales de la société contemporaine. Cette partie est donc consacrée à la classe sociale à laquelle ils appartenaient et à laquelle ils étaient profondément attachés ; leur travail d’écrivains n’avait-il pas en effet commencé par l’étude historique de la société du 18e siècle, siècle aristocratique par excellence ? Il est néces- saire, dans cette dernière partie, d’aborder les analyses faites par Edmond vers la fin de sa vie. Selon lui la position de l’artiste dans la société bourgeoise est en quelque sorte similaire à celle de la femme parce qu’ils font tous les deux l’objet de la même incompréhension, du même rejet et sont voués à la destruction physique et surtout mentale (on pense à la neurasthénie de l’écrivain Démailly et au « dérèglement ophtalmique » du peintre Coriolis). L’artiste et...

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