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Éthique de l’imitation dans la littérature et le cinéma de l’immigration en France (1986–2005)

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Hélène Sicard-Cowan

Cette étude est consacrée aux pratiques imitatives qui continuent de caractériser un grand nombre d’œuvres littéraires et de films issus de l’immigration dans la France postcoloniale. L’imitation de la culture française dans la production artistique des immigrants et de leurs descendants a généralement été interprétée de deux manières par les critiques : soit comme le signe d’un manque de talent et parfois aussi d’intégrité, soit comme un acte politique à travers lequel les artistes en question exprimeraient leur mécontentement par rapport à la société et à la politique françaises passées et présentes. L’intervention de ce livre consiste à mettre en relief un aspect souvent ignoré des pratiques imitatives, y compris le plagiat, à savoir leur dimension éthique. Les artistes dont l’œuvre est analysée dans ce livre ont des liens avec le Vietnam, le Cameroun, l’Algérie, le Liban et la Tunisie.
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Chapitre I: De la « cruauté du témoignage » à l’éthique de la mise en relation : Le Gone du Chaâba d’Azouz Begag

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CHAPITRE I

De la « cruauté du témoignage » à l’éthique de la mise en relation : Le Gone du Chaâba d’Azouz Begag

L’un des premiers romans écrits par un écrivain beur, Le Gone du Chaâba fut reçu par certains critiques comme un acte de trahison commis à l’égard du milieu maghrébin à cause de son esthétique réaliste et de sa dimension autobiographique. Pour ces critiques, ce roman se réduirait à une autobiographie collective qui exposerait les immigrants maghrébins au regard voyeuriste du public français. Azouz Begag, écrivain, docteur en économie, enseignant, chercheur et ancien ministre délégué à la Promotion de l’égalité des chances et Abdellatif Chaouite, docteur en psychologie, formateur et chercheur, résument cette vision dans la phrase suivante : « [Les écrivains français d’origine maghrébine] ont écrit des témoignages, dit-on, et non des textes littéraires »1 peut-on lire dans Écarts d’identité. La dévalorisation des œuvres littéraires issues de l’immigration qui est évoquée ici par Begag et Chaouite n’est pas une paranoïa d’écrivains, mais un fait bien réel comme l’illustre l’« affaire Chimo ». Le chercheur en études postcoloniales Michel Laronde résume celle-ci comme suit :

[…] lors de la sortie du premier roman signé Chimo [,] sous prétexte que l’auteur du manuscrit est inconnu, la maison d’édition […] construit […] une lecture critique du texte qui cristallise des stéréotypes socio-ethniques et, pour la...

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